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Faits diversÉpisode 9/6

Maire d'Alès exfiltré par le Raid : menace attribuée à la DZ Mafia

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-22
Illustration: Maire d'Alès exfiltré par le Raid : menace attribuée à la DZ Mafia
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L'histoire commence par une enveloppe

Une enveloppe dans la boîte aux lettres de Christophe Rivenq, maire d'Alès, dans les Cévennes. Dedans : deux balles de calibre 9 mm. Une menace explicite. Un prélude, seulement.

Quelques jours passent. La DGSI reçoit une information alarmante : selon les services de renseignement, un projet d'attentat à la voiture piégée viserait le domicile du maire. La menace est jugée crédible et imminente. La décision tombe : évacuer Christophe Rivenq, sa femme et ses enfants, en pleine nuit, avec l'appui du Raid.

D. Delseny, chef du service police justice du Parisien-Aujourd'hui en France, raconte la scène : « On a d'abord eu une lettre de menaces déposée quelques jours auparavant dans sa boîte aux lettres, avec 2 balles de 9 mm. Là, une information est venue jusqu'aux oreilles de la DGSI sur la possibilité d'un attentat devant son domicile à la voiture piégée. D'où cette décision extrêmement rare et urgente de le faire évacuer de son domicile avec sa famille en pleine nuit, avec l'aide du Raid. »

L'opération se déroule discrètement, rapidement. Le maire et ses proches sont conduits dans un lieu sécurisé. Leur protection est renforcée. « Sans doute va-t-il être amené à bouger, explique D. Delseny. Le principe d'une protection efficace, c'est de changer d'endroit, pour éviter d'être vulnérable. »

Les circonstances exactes de la menace — l'identité des auteurs, leur mobile précis — restent inconnues. L'enquête suit son cours. Mais un nom revient avec insistance : la DZ Mafia.

La DZ Mafia : cartel « made in France »

Selon D. Delseny, la DZ Mafia est « la plus grande menace criminelle de ces dernières décennies en France ». Un rapport d'enquête, cité par le journaliste, affirme qu'elle représente un danger sans précédent.

Ce groupe est né à Marseille. Il a essaimé. Il implante des « franchises » dans des villes moyennes : Besançon, Valence, Avignon, et désormais Alès. « Ce qui est nouveau cette année, ce sont les villes moyennes qui sont noyautées par l'implantation de franchises de la DZ Mafia, qui viennent pour reprendre des terrains et imposer une forme de culture de l'ultraviolence, de l'élimination complète des concurrents », précise D. Delseny.

Le modèle s'inspire des cartels mexicains. D. Delseny nuance : « Il ne faut pas trop se comparer au Mexique. On a juste un modèle français qui est en train de naître. » Un modèle qui mêle trafic de cannabis et de cocaïne, recrutement de mineurs — 10 000 selon les chiffres cités dans l'émission — et un chiffre d'affaires estimé à 6,8 milliards d'euros.

En 2024, 367 assassinats ou tentatives d'assassinat liés au narcotrafic ont été recensés en France. 200 000 personnes sont impliquées dans les réseaux.

Un élu dans le viseur : le palier de trop

Prendre pour cible un maire n'est pas inédit. D'autres élus ont déjà été visés, notamment à Échirolles. Mais la méthode employée à Alès marque un tournant. « La menace directe d'attentat, c'est un palier qui est franchi à nouveau », insiste D. Delseny.

Christophe Rivenq n'est pas une figure nationale. Il est le premier magistrat d'une ville de taille moyenne, dans les Cévennes. « C'est juste quelqu'un qui essaie de faire en sorte qu'il y ait moins de points de deal dans sa ville. Juste faire ça, ça l'expose au danger », résume le journaliste.

A. Kessaci, jeune élu marseillais dont le frère a été exécuté par des trafiquants, réagit avec colère sur le plateau. « On ne peut pas constater à chaque fois un acte de bascule. Pour moi, c'était il y a des années, quand Nicolas Sarkozy a décidé le retrait de la police de proximité des quartiers, quand la République a décidé d'abandonner les services publics dans ces endroits et de laisser la place aux narcotrafiquants. »

Diagnostic partagé par D. Delseny, qui y voit une cause parmi d'autres : « L'abandon de la police de proximité en est probablement une, même si elle n'a pas complètement abandonné les quartiers. » Il ajoute un autre facteur : la priorité donnée à la lutte antiterroriste pendant plus de dix ans, qui a détourné des moyens de la lutte contre le narcotrafic.

Un défi existentiel pour l'État

Depuis novembre dernier, Emmanuel Macron multiplie les réunions sur la lutte contre le narcotrafic. La dernière remonte à début juillet. Qu'en est-il sorti ? Des moyens supplémentaires, une loi renforcée, des prisons spécialisées pour isoler les « patrons » des réseaux, et la création d'un parquet national anti-criminalité organisée, opérationnel depuis six mois.

Mais ces outils se heurtent à une réalité : l'économie de la drogue est une multinationale. « Quand on en arrête 10, il y en a 10 autres qui viennent le lendemain », constate D. Delseny. Les leaders de la DZ Mafia sont pour partie emprisonnés, pour partie en fuite — en Algérie, au Maroc, à Dubaï. Mais même derrière les barreaux, ils continuent de gérer leurs affaires, malgré les quartiers spécialisés.

« Les narcotrafiquants se fichent totalement de ce qu'on peut leur mettre en face », résume le journaliste. « Tant qu'il y aura cette loi de l'offre et de la demande qui fonctionne, ces narcotrafiquants qui sont puissants, armés et très nombreux pèseront. »

Ce que ce fait divers révèle de la France

Selon D. Delseny, « aujourd'hui, ils viennent peser sur la vie publique. Les menaces contre les élus, le racket sur les commerçants, mettre des quartiers entiers en coupes réglées, faire quasiment régner dans certains endroits leurs propres lois et leur propre fonctionnement, c'est un grand danger pour la démocratie. »

A. Kessaci parle de « guerre de démocratie ». Son frère a été tué parce qu'on le visait, lui. Aujourd'hui, il vit sous protection policière, dans un lieu inconnu.

Les narcotrafiquants, forts de leur puissance financière, pourraient demain chercher à corrompre des élus, à peser sur la politique locale. « Ils ont envie de peser sur tout ce qui se passe dans la société, toujours pour en récolter du profit et être encore plus puissants », prévient D. Delseny.

Le dossier est loin d'être clos. L'enquête suit son cours. Christophe Rivenq reste sous protection.

📰Source :www.youtube.com

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