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SociétéÉpisode 12/7

Maintien de l'ordre : la dérive française — Alain Bauer sonne l'alarme

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-08
Illustration: Maintien de l'ordre : la dérive française — Alain Bauer sonne l'alarme
© YouTube

Le constat est brutal. Alain Bauer — criminologue, ancien conseiller de Michel Rocard — ne mâche pas ses mots. La France a déstructuré ses forces mobiles, formé insuffisamment ses agents, et laissé s'installer une culture du rapport de force. Résultat : chaque manifestation devient un champ de bataille. 52 semaines de Gilets jaunes. Des centaines de blessés. Des éborgnements par LBD. Une question qui fâche : l'État a-t-il encore le contrôle ?

Accroche

Ils étaient des milliers, chaque samedi, à défiler sans déclaration, sans parcours, sans expérience. Des gens « qui travaillent la semaine et manifestent le week-end », raconte Alain Bauer. Face à eux, des forces de l'ordre sous-formées, équipées d'armes dangereuses. Une hiérarchie qui a oublié que la négociation précède la force. Le résultat ? 52 semaines d'affrontements, des blessés graves, une société qui se « violentise ». (Les documents en attestent.)

Les faits

Alain Bauer l'explique dans l'entretien accordé à la chaîne Dossiers Publics : la dégradation du maintien de l'ordre français trouve ses racines dans une « culture d'État ». Elle privilégie le rapport de force avant toute négociation. « Michel Rocard s'en désolait beaucoup », confie-t-il. On pourrait « commencer à négocier avant de se taper dessus ». Mais depuis 1986 et les manifestations étudiantes, l'État montre ses muscles d'abord, discute ensuite.

Le mouvement des Gilets jaunes a agi comme un révélateur. Pour la première fois, des « amateurs de la manifestation » — des citoyens sans formation militante — se sont retrouvés face à des « amateurs du maintien de l'ordre ». Alain Bauer pointe la « déstructuration des services centraux de sécurité spécialisée ». Les gendarmes mobiles et les CRS ont vu leurs effectifs réduits, leurs sections diminuées. Ils sont devenus des forces statiques, cantonnées à la défense des institutions (Sénat, Élysée, ministères). Résultat : on a envoyé au contact des agents non formés, avec des équipements comme le LBD (Lanceur de Balle de Défense). Un outil « pour taper, faut bien le dire », selon Bauer. Il a causé de nombreux blessés, dont des éborgnements.

Les sources web confirment ces faits. Lors du mouvement social contre la réforme des retraites en 2023, un homme a été blessé à Rennes par un tir de LBD aux parties génitales (source : enquête ouverte). En octobre 2023, un policier a été relaxé pour avoir éborgné un lycéen lors d'une manifestation (source : 20 Minutes). Le tribunal administratif de Paris a recensé près de 1 000 tirs de LBD entre novembre 2018 et janvier 2019, dont 33 blessés graves, 28 à la tête.

Le contexte

Pour comprendre l'ampleur du problème, remontons à la loi de 2017 sur la légitime défense des policiers. Alain Bauer, rejoignant l'analyse de Maître Lienard, juge cette loi « inutile, complexe » mais pas dramatique. Le vrai problème ? La circulaire de la Direction Générale de la Police Nationale (DGPN) qui l'accompagne. « L'une est protective des droits et explique la légitime défense et la concomitance. L'autre est un truc où j'ai mis trois fois à la relire pour essayer de comprendre ce qu'elle voulait dire », explique-t-il. Cette circulaire mal rédigée aurait favorisé une interprétation extensive du droit de tirer, en particulier sur les refus d'obtempérer.

À cela s'ajoute la polyvalence imposée aux forces de l'ordre. « La polyvalence a tué le métier », assène Bauer. Les mêmes agents doivent assurer présence, proximité, renseignement, maintien de l'ordre, anticriminalité — avec « 10 % des effectifs la nuit, là où 50 à 60 % de la criminalité se produit ». Le non-paiement des heures supplémentaires atteint des sommes « invraisemblables ». Si le ministère de l'Intérieur était une entreprise privée, il serait en prison pour violation du droit social, ironise-t-il.

La formation est également pointée du doigt. Les agents n'ont ni l'entraînement, ni l'expérience, ni la maîtrise des équipements de maintien de l'ordre. « On a beaucoup de tirs dont les effets involontaires sont liés à la mauvaise maîtrise et à la mauvaise compréhension d'un outil », souligne Bauer. Le résultat ? Une cascade de blessures évitables.

Le traitement judiciaire

Les faits de violence lors des manifestations ont donné lieu à des procédures judiciaires. Mais les résultats sont mitigés. En octobre 2023, un policier jugé pour avoir éborgné un lycéen à Strasbourg a été relaxé (source : 20 Minutes). La défense a invoqué la légitime défense. Plusieurs enquêtes sont en cours, notamment sur les tirs de LBD à Rennes en 2023. Alain Bauer estime que la justice elle-même est victime du système : « La perte de confiance, de respect du monde politique, du monde médiatique » alimente un sentiment d'impunité.

Le traitement judiciaire de ces affaires reste opaque. Les victimes peinent à obtenir des condamnations. Les policiers impliqués bénéficient souvent d'une présomption de légitime défense. Ce que confirme Maître Lienard, cité par Bauer, qui dénonce une loi « inutile » mais pas catastrophique — c'est la circulaire d'application qui pose problème.

Ce que ça dit de la France

Ce n'est pas un accident. C'est une tendance de fond. Alain Bauer parle de « violentisation générale de la société ». L'indicateur le plus frappant ? Les agressions contre les pompiers. « Ils sauvent les gens, ils éteignent les feux. Et pourtant, ils sont de plus en plus agressés en mission », constate-t-il. Quand on fait brûler des officines, des pharmacies, des cabinets médicaux, quand on agresse du personnel soignant aux urgences, le phénomène dépasse le simple incident. C'est une « violence comme élément structurant, alternatif de la société ».

La France paie ici le prix de décennies de désindustrialisation et de réduction des moyens de souveraineté. « Une fois qu'on a déstructuré à peu près tout ce qui fait souveraineté, faut pas s'étonner que ça n'existe plus », résume Bauer. L'État a désorganisé l'industrie, la sécurité, le sanitaire et le militaire. Ce n'est pas un complot — c'est la conséquence de choix budgétaires et politiques, faits « avec une feuille Excel », comme il le dit avec mépris.

Le parallèle avec d'autres politiques publiques est frappant. Pendant ce temps, L'Humanité révélait que le gouvernement enterrait un rapport sur la mortalité infantile en France. Même mépris pour les données, même fuite en avant. Et Sud Ouest relatait le parcours de Néerlandaises victimes de violences qui se font tatouer pour recouvrir les marques de leurs agresseurs — « un pas vers la liberté, la guérison ». Deux exemples qui montrent que la violence, sous toutes ses formes, est un défi que la société peine à relever.

Alain Bauer conclut sur une note d'espoir tempéré : « L'actuel titulaire du métier de premier flic de France en est parfaitement conscient. Je ne suis pas sûr que ça soit allé jusqu'à Bercy, mais il faut jamais désespérer de la vie. » Et maintenant ? Il faudra reconstruire la formation, réécrire les circulaires, et surtout renouer le dialogue. Sans cela, la France continuera de compter ses blessés, ses éborgnés, et ses pompiers agressés. Voilà où ça se complique.

Et maintenant, c'est à vous de juger.

Sources

  • Dossiers Publics (YouTube) : Violences lors des manifestations : Alain Bauer FOUDROIE la classe politique !
  • L'Humanité (YouTube) : Le gouvernement enterre un rapport qui éclaire sur la mortalité infantile
  • Sud Ouest Faits Divers (RSS) : « C’est un pas vers la liberté, la guérison » : tatouées de force, des Néerlandaises victimes de violences font leur mue

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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