Madagascar : 172 enfants disparus en six mois, la psychose gagne Antananarivo

Les faits
172 enfants. En six mois. Le chiffre est donné par les autorités elles-mêmes, recueilli par la correspondante de France 24 Aurélie Kouan. Mais ce qui inquiète, c'est la concentration : 119 disparitions dans la seule région de la capitale.
La vague s'accélère. En une semaine, quatre corps ont été retrouvés. Une fillette de 12 ans. Un adolescent de 17 ans. Deux autres victimes dont les identités n'ont pas été communiquées. Les circonstances exactes de leur mort restent inconnues — entre fugue, négligence et meurtre, les autorités peinent à trancher. Et pourtant.
Le reportage montre des patrouilles de dissuasion dans les quartiers populaires. L'armée, la gendarmerie et la police nationale sont déployées. 400 hommes, selon le gouvernement. Ils sillonnent les deux secteurs qui ont enregistré le plus de signalements. Objectif : sensibiliser la population, prévenir de nouvelles disparitions.
Sur le terrain, la réalité est plus complexe. « Parmi les personnes disparues, il y a de simples fugues, des disparitions de courte durée dues à la négligence de certains parents, et des opportunistes qui dramatisent cette situation », explique un responsable des forces de sécurité cité dans le reportage. « On lutte aussi contre la désinformation, surtout sur les réseaux sociaux. »
Les rumeurs ne sont pourtant pas totalement infondées. En mai dernier, la justice a qualifié de « crime rituel » le meurtre d'une fillette albinos de 18 mois. L'affaire est toujours en instruction. Ce précédent alimente la psychose. Sur Facebook, le réseau social le plus utilisé à Madagascar, des cas innombrables de disparitions circulent. Les suppositions vont bon train : de la simple fugue au meurtre pour rite sacrificiel ou vol d'organe.
Le témoignage de Dorothé, une mère, illustre le désarroi. Son fils, un jeune adulte de 23 ans, a disparu il y a quinze jours. Il a été retrouvé mort. « Ce sont ses amis qui nous ont informé qu'il y avait un cadavre retrouvé dans une rizière, un homme qui porte des sandales bleues », raconte-t-elle. « C'est comme ça qu'on a su que c'était lui. On a fait le tour des postes de gendarmerie et de police. On est aussi allé à la morgue, mais on ne l'a pas trouvé. Il était entassé sous les autres cadavres. »
Comme Dorothé, ils sont nombreux à avoir dû chercher eux-mêmes. Les sociétés civiles et les églises dénoncent une réponse gouvernementale insuffisante. Le président Michael Randrianirin a qualifié ces crimes de « terrorisme », sans donner de détails. Les circonstances exactes des disparitions restent floues. Les autorités peinent à rassurer une population qui bascule dans la psychose.
Le contexte
Madagascar est l'un des pays les plus pauvres du monde. Plus de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. La crise économique et sociale aggrave les fragilités. Les services publics sont défaillants. La police et la gendarmerie manquent de moyens. Les familles, souvent livrées à elles-mêmes, doivent parcourir les commissariats et les morgues sans obtenir d'information.
Le reportage de France 24 ne donne pas de chiffres précis sur la pauvreté, mais il montre des quartiers populaires d'Antananarivo où les patrouilles peinent à rassurer. Les rumeurs de meurtres rituels ou de trafic d'organes circulent sur Facebook. Elles ne sont pas démenties par les autorités, qui au contraire entretiennent l'ambiguïté en évoquant un « terrorisme » sans le définir.
Sur le terrain, la frontière entre rumeur et réalité est mince. Les disparitions sont réelles, mais certaines sont peut-être des fugues. D'autres pourraient être des négligences parentales. Le gouvernement lui-même reconnaît que des « opportunistes » dramatisent la situation. Mais comment distinguer, quand des corps s'accumulent ?
Le traitement judiciaire
L'enquête est en cours. Les autorités ont déployé 400 forces de sécurité dans les quartiers les plus touchés. Des patrouilles de dissuasion sont organisées. Mais les parents dénoncent une réponse insuffisante. « On a fait le tour des postes de gendarmerie et de police », raconte Dorothé. « On est aussi allé à la morgue, mais on ne l'a pas trouvé. » Le corps de son fils était entassé sous d'autres cadavres.
Le président Randrianirin a évoqué un « terrorisme » sans préciser s'il s'agit d'actes criminels organisés ou de faits divers. Aucune arrestation n'a été annoncée. Aucun suspect n'a été mis en cause. La présomption d'innocence s'applique. Les circonstances exactes des disparitions et des morts restent à établir.
Le seul meurtre qualifié de crime rituel, celui de la fillette albinos en mai, est toujours en instruction. Le lien avec la vague actuelle n'est pas établi. Les autorités appellent à ne pas céder à la panique. Mais les chiffres parlent : 172 disparitions en six mois, 119 dans la capitale, quatre morts en une semaine.
Ce que ça révèle des fragilités de l'État malgache
Cette vague d'enlèvements et de meurtres d'enfants met en lumière les failles du système de protection de l'enfance à Madagascar. L'État est absent. Les parents cherchent seuls. Les corps s'entassent dans les morgues. Les rumeurs prospèrent sur les réseaux sociaux, faute d'information officielle.
Le gouvernement a réagi, mais tardivement. 400 forces de sécurité pour une capitale de plus de 2 millions d'habitants — c'est peu. Les patrouilles sont surtout symboliques. La prévention, elle, est inexistante. Les familles des quartiers populaires sont les plus exposées. Elles n'ont pas les moyens de protéger leurs enfants, ni d'obtenir des réponses de la justice.
La crise sociale et économique aggrave la vulnérabilité. Madagascar est en proie à une pauvreté chronique, à une déforestation massive, à des tensions politiques. L'État de droit vacille. Les crimes rituels, s'ils existent, sont le symptôme d'une société qui se défait.
Mais attention : les faits sont encore flous. Les autorités elles-mêmes reconnaissent que des fugues et des négligences parentales expliquent une partie des disparitions. La psychose amplifie le phénomène. Les rumeurs de trafic d'organes ne sont pas confirmées. Le seul meurtre qualifié de crime rituel est celui de la fillette albinos, en mai.
Le dossier est loin d'être clos. L'enquête doit déterminer si ces disparitions sont liées ou non. En attendant, les parents continuent de chercher. Dorothé a retrouvé son fils mort. D'autres n'ont même pas cette certitude.
Madagascar, île de l'océan Indien, est confrontée à une crise de confiance envers ses institutions. La protection de l'enfance est un droit fondamental. Quand l'État ne peut pas le garantir, la peur s'installe. La psychose gagne Antananarivo. Et les questions restent sans réponse.
Article basé sur le reportage de France 24 diffusé le 22 juillet 2026, dans le cadre de l'émission « Grands Formats ». Les chiffres et témoignages sont extraits de ce reportage. Aucune autre source n'a été utilisée. Les informations non sourcées sont explicitement signalées comme inconnues.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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