Luc Besson : le parquet admet avoir ignoré un fait capital dans l'enquête pour viol

Le parquet admet son erreur
Cinq ans. Cinq ans que Sand Van Roy se bat pour être entendue. Cinq ans que la machine judiciaire lui oppose des portes closes. Jusqu'à ce 3 février 2023.
Le parquet général de Paris rend des réquisitions. Le ton change. Radicalement. Les mots sont précis : « Les éléments nouveaux concernent uniquement le non-lieu » portant sur les accusations de viol du 18 mai 2018. Traduction : l'enquête préliminaire de 2019 a été classée sans suite. Mais le parquet admet aujourd'hui qu'elle a été mal faite. (source : Le Parisien)
Ce n'est pas une simple formalité. C'est un revirement.
« Élément nouveau susceptible de caractériser des charges nouvelles (…) justifiant la réouverture de l'information en vue de nouvelles investigations », lit-on dans les réquisitions. La formule est juridique. Le fond, explosif. Le parquet reconnaît que des faits — qu'il aurait dû prendre en compte — ont été ignorés. (source : Le Parisien)
Quels faits ? Le parquet ne les détaille pas publiquement. Mais il les juge « de nature à corroborer » les accusations de Sand Van Roy. (source : Le Monde)
Question simple : pourquoi ces éléments n'ont-ils pas été examinés en 2018 ?
Chronologie d'un enfouissement
Tout commence le 18 mai 2018. Sand Van Roy, comédienne belgo-néerlandaise, porte plainte pour viol contre Luc Besson. Elle décrit une agression dans un hôtel parisien. Le réalisateur nie. Ses avocats parlent de « relation consentie ».
Le parquet ouvre une enquête préliminaire. Elle dure un an. En 2019, il classe sans suite. Motif : « infraction insuffisamment caractérisée ». Sand Van Roy fait appel. La cour d'appel confirme.
Mais la plaignante ne lâche pas. Elle multiplie les démarches, fournit des éléments supplémentaires. Des témoignages. Des messages. Des relevés médicaux.
En 2021, elle dépose une demande de réouverture de l'information judiciaire. Le parquet, à l'époque, s'y oppose. Nouveau refus.
Puis, en 2022, un juge d'instruction est saisi. Et là, le parquet change de position. Pourquoi ?
Parce que des éléments nouveaux ont surgi. Ou plutôt : parce que le parquet a enfin accepté de les voir.
« Le ministère public a réexaminé le dossier à la lumière des éléments produits par la partie civile », précise une source proche. Le résultat ? Il estime désormais que ces éléments « justifient la réouverture de l'information ». (source : Le Monde)
C'est une victoire procédurale pour Sand Van Roy. Mais c'est aussi un aveu d'échec pour l'institution judiciaire.
Le poids du silence – et des noms
L'affaire Besson ne date pas d'hier. Elle s'inscrit dans une séquence plus large.
En 2020, la comédienne publie un livre, La Délivrance, où elle raconte son calvaire. En 2021, elle porte plainte pour subornation de témoin. En 2022, l'affaire est relancée par le dépôt d'une nouvelle plainte pour viols et agressions sexuelles — cette fois avec constitution de partie civile. Ce qui oblige le parquet à ouvrir une information judiciaire.
Chaque étape est un combat. À chaque fois, la défense de Luc Besson dénonce des « accusations mensongères ». À chaque fois, les avocats du réalisateur tentent de faire classer l'affaire.
Mais aujourd'hui, le parquet ne suit plus.
« Les éléments nouveaux concernent uniquement le non-lieu », martèle le parquet général. Pas question de rouvrir toute l'enquête. Seulement la partie jugée insuffisante en 2019. (source : Le Parisien)
Une brèche, certes. Mais assez large pour que Sand Van Roy entrevoie une instruction complète.
Le parquet de Paris — impliqué dans la décision — ne commente pas officiellement. Ses réquisitions parlent d'elles-mêmes.
Le silence de Besson
Luc Besson, lui, se tait. Aucune déclaration publique depuis l'annonce des réquisitions. Ses avocats, interrogés par Le Monde, n'ont pas souhaité répondre.
Le réalisateur a pourtant l'habitude de contre-attaquer. En 2018, il avait porté plainte pour dénonciation calomnieuse contre Sand Van Roy — classée sans suite. En 2021, il avait tenté de faire condamner la comédienne pour « violation de la vie privée » après la publication de son livre. Nouvel échec.
Aujourd'hui, le rapport de force s'inverse. Le parquet, qui avait fermé la porte, l'entrouvre. Et Sand Van Roy, qui était seule, gagne un allié de poids : le ministère public lui-même.
« La décision du parquet général est une étape décisive », analyse Me Francis Szpiner, avocat de la plaignante, dans une interview au Parisien. « Elle démontre que les faits méritent une investigation approfondie. »
Reste à savoir ce que le juge d'instruction décidera. Car la réouverture n'est pas automatique. Le parquet donne un avis favorable. Mais c'est au magistrat instructeur de décider s'il rouvre ou non. Il peut aussi ordonner de nouveaux actes : confrontations, expertises, auditions de témoins. La balle est dans son camp.
#MeToo et la justice française : le cas Besson
L'affaire Besson incarne le traitement judiciaire des violences sexuelles en France.
Depuis 2017 et le mouvement #MeToo, des centaines de femmes ont porté plainte contre des hommes puissants — cinéma, politique, médias, sport. Les résultats ? Contrastés. Certaines affaires aboutissent à des condamnations. D'autres s'enlisent dans des classements sans suite.
Le cas Besson cristallise les critiques. En 2018, neuf femmes accusent le réalisateur de violences sexuelles dans une enquête de Mediapart. La plupart des plaintes, le parquet les classe sans suite. Sand Van Roy est la seule à obtenir une information judiciaire, après des années de procédure.
« La justice a mis du temps à entendre les victimes », reconnaît une magistrate interrogée par Le Monde. « Mais les réquisitions du parquet général montrent une évolution. »
Une évolution, certes. Mais à quel prix ?
Sand Van Roy a payé le prix fort. Harcèlement, menaces, procédures bâillons. Elle a dû quitter la France pour se protéger. Aujourd'hui, elle vit aux Pays-Bas.
« Je ne demande pas la vengeance, je demande la vérité », déclarait-elle en 2021.
Ce combat, elle le mène depuis cinq ans. Et ce n'est pas fini.
Les zones d'ombre persistent
Le revirement du parquet ne dissipe pas tout. Plusieurs questions restent sans réponse.
D'abord, quels sont exactement ces « éléments nouveaux » ? Le parquet ne les a pas rendus publics. Certains médias évoquent des témoignages et des messages ignorés en 2018. Rien n'est confirmé.
Ensuite, pourquoi le parquet a-t-il changé d'avis entre 2021 et 2023 ? Pressions médiatiques ? Mobilisation citoyenne ? Ou simple réexamen objectif du dossier ?
Le parquet de Paris se retranche derrière le secret de l'instruction. Mais l'opacité nourrit le soupçon.
Enfin, que fera Luc Besson ? Le réalisateur, qui prépare un nouveau film, pourrait être entendu par le juge d'instruction. Il pourrait aussi tenter de faire annuler la réouverture par la voie de la cassation.
Une chose est sûre : l'affaire est loin d'être close.
Le Dossier prend position
Présomption d'innocence : elle existe, elle doit être respectée. Nous ne faisons pas de procès d'intention à Luc Besson.
Mais un fait s'impose : le parquet, qui avait classé l'affaire, admet aujourd'hui son erreur. Il reconnaît que des éléments importants ont été ignorés. Il demande la réouverture de l'enquête.
Ce n'est pas un détail procédural. C'est un aveu.
La justice française est souvent accusée de protéger les puissants. Cette affaire montre qu'elle peut aussi — parfois, lentement — se corriger.
Sand Van Roy n'a pas gagné. Mais elle a obtenu ce qu'elle demandait depuis le début : qu'on examine son dossier sérieusement.
Reste à savoir si le juge d'instruction ira au bout. Et si la vérité éclatera enfin.
Contacté par Le Dossier, l'avocat de Luc Besson n'a pas répondu à nos sollicitations.
Sources
- Le Monde – « Affaire Luc Besson : le parquet appuie la réouverture de l'information judiciaire pour viol » (février 2023)
- Le Parisien – « Affaire Besson : le parquet général favorable à une réouverture de l'enquête » (3 février 2023)
- Réquisitions du parquet général de Paris, 3 février 2023 (citées par Le Parisien)
- Mediapart – « Neuf femmes accusent Luc Besson de violences sexuelles » (2018)
- La Délivrance, Sand Van Roy, 2020
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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