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JusticeÉpisode 4/7

Libéré trop tôt, le multirécidiviste vit près de sa victime : 152 000 signatures pour changer la loi

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-16
Illustration: Libéré trop tôt, le multirécidiviste vit près de sa victime : 152 000 signatures pour changer la loi
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152 000 signatures. C'est le nombre de Français qui ont soutenu Karine ce mois-ci. Une pétition contre la confusion des peines — ce mécanisme qui a permis à un homme condamné pour des centaines de viols sur une enfant de sortir de prison après seulement vingt et un ans. Il vit désormais dans une tour d'habitation pleine d'enfants, à quelques centaines de mètres de chez sa victime. La justice l'avait prévenue par courrier : « Je vous informe que l'homme qui vous a violée sort de prison. » Un aveu d'impuissance écrit noir sur blanc.

« J'ai l'honneur de vous informer »

Karine a 5 ans quand les viols commencent. Trois fois par semaine, pendant deux ans et quelques mois. Des centaines de fois. L'agresseur s'appelle Roland Blody. Il est multirécidiviste — quatre condamnations, vingt victimes connues. Il opère au domicile familial et dans le logement de son frère, où il est aujourd'hui hébergé.

À 11 ans, Karine se confie à sa tante, Laurence Brunet-Jeanbu. Laurence avait déjà fait des signalements. Elle avait été mise en garde à vue, poursuivie, condamnée pour dénonciation calomnieuse. « J'ai pas lâché », dit-elle. Elle adopte finalement Karine.

Le procès a lieu en 2018. Blody écope de 30 ans de réclusion, dont 20 ans de sûreté. Mais un mécanisme entre en jeu : la confusion des peines. La peine la plus forte absorbe la plus faible. Résultat : il purge seulement 21 ans — depuis sa détention provisoire en 2005. Fin de peine théorique : le 12 mai 2020. Il aurait dû faire 52 ans si les peines s'étaient additionnées. Il en fait 21.

Le mois dernier, Karine reçoit un mail. Une pièce jointe : « avis à victime ». Le courrier commence par « J'ai l'honneur de vous informer que monsieur Roland Blody sort de prison ». La formule est celle d'une notification administrative. Aucune excuse. Aucune mesure d'éloignement.

« Je mesure combien ces informations constituent pour vous un réel bouleversement », écrit le tribunal. Mais il ajoute : « Malheureusement, nous ne pouvions pas faire autrement. »

Une tour de 15 étages, 300 enfants, une école à 50 mètres

Roland Blody est libre. Il réside dans une tour d'habitation de 15 étages, remplie d'enfants. À 50 mètres d'une école maternelle et primaire. Dans la même ville que sa victime — Rennes.

Karine passe devant chez lui chaque matin et chaque soir en allant au travail. « J'ai été pétrifiée, j'ai eu très peur. Aujourd'hui je suis plus en colère. » Laurence, sa tante, n'en revient pas : « Ça aurait pas dû arriver. On essaie d'habitude de ne pas mettre les agresseurs dans la même ville que la victime. Ça n'a même pas été essayé. »

La justice le reconnaît. Dans le courrier, il est écrit noir sur blanc qu'il n'existait pas d'autre solution de logement. Le seul hébergeant possible : le frère de Blody. Ce même frère qui, selon Laurence, « s'en allait pour le laisser violer Karine ». Il n'a jamais été poursuivi pour complicité.

Blody porte un bracelet électronique. Mais « le bracelet n'empêche pas d'attraper un enfant dans le couloir ou de faire ses courses », dit Laurence. La décision de justice précise une interdiction de paraître dans des lieux fréquentés par des mineurs. Mais il vit dans un immeuble peuplé d'enfants, à côté d'une école. L'obligation est inapplicable. « Caduc au moment où on la publie », résume Laurence.

La France condamnée cinq fois, rien ne change

Ce n'est pas un accident. Le dossier de Karine a déjà fait condamner la France à cinq reprises par les juridictions internationales. Cinq remises pour dysfonctionnements. « Il y a pas un petit homme gris au ministère de la justice pour lire le jugement ? » s'insurge Laurence.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, a publié un rapport en 2020 qui énumère les mêmes failles. Il a été repris par la Cour d'appel de Paris dans sa motivation. « On était, il avait tout nommé, et en 2021 la magistrate énonce tous les dysfonctionnements. » Rien n'a changé.

L'affaire de la petite Liana — une enfant tuée après des signalements ignorés — suit le même schéma. « Exactement les mêmes dysfonctionnements », accuse Laurence. « Ça sert à quoi notre combat s'il n'y a personne qui lit un jugement au ministère ? »

152 000 signatures, un projet de loi, un espoir en juillet

Le jour de l'interview, Karine et Laurence sont reçues à l'Assemblée nationale par la députée Lor Miller. Elles déposent une pétition qui a recueilli 152 000 signatures. L'objet : supprimer la confusion des peines pour les crimes commis sur mineurs.

« Faut que ça s'arrête, faut qu'il y ait plus de confusion de peine », martèle Karine. « C'est pas possible. On a relâché un prédateur dans une tour où il y a 300 enfants. »

Lor Miller leur remet un projet de loi. Il pourrait être intégré à la loi sur la protection de l'enfance qui doit être votée mi-juillet. Les conseillers du ministre Sébastien Lecornu ont le texte. « Si la volonté est là, les choses peuvent être faites au 15 juillet », espère Laurence.

Mais elle prévient : « Les réformes ne se feront pas d'un coup de baguette magique. Ça coûtera cher. Protéger les enfants, offrir des avocats, prendre en charge le psychotrauma — tout ça coûte. Il faut aller chercher du côté assurantiel, un fond souverain. »

Une colère qui ne retombe pas

Karine ne cache pas sa rage. « Comment est-ce que la justice peut laisser faire ça ? » L'homme qui l'a violée des centaines de fois est libre. Il pourrait recommencer. « Il changera pas. Il faut le mettre en prison ou dans un endroit où il n'a pas accès à des enfants. »

Laurence ajoute : « Des femmes sont mortes à cause de la confusion des peines. Des enfants sont tués. Les prédateurs, je ne sais pas où il faut les mettre, mais pas dans une tour avec des enfants et pas dans la société. »

La justice a prévenu : si Blody ne respecte pas ses obligations, il retournera en détention pour 7 ans. Mais qui le contrôle ? Qui surveille le bracelet électronique ? Les mêmes questions reviennent, sans réponse.

Le débat dépasse le cas de Karine. Il touche à la responsabilité politique, collective. « Les magistrats sont dans leur bloc, leur routine. On verra demain », ironise Laurence. « C'est le monde à l'envers. Un viol sur mineur, ça ne devrait pas se traiter comme une contravention. »

L'article de loi sur la confusion des peines est dans les mains des députés. La pétition continue de recueillir des signatures. Karine et Laurence espèrent que cette fois, la parole des victimes sera entendue. Que le système judiciaire admettra ses failles — et les corrigera.

« On a fait condamner la France cinq fois. Cinq fois. Et on nous répond par un courrier type : "J'ai l'honneur de vous informer". » Laurence marque une pause. « Il n'y a pas d'excuses. Pas même une excuse. »

Sources : Courrier d'avis à victime (pièce jointe au mail reçu par Karine), jugement de la Cour d'appel de Paris, rapport du Défenseur des droits (Jacques Toubon, 2020), pétition en ligne (152 000 signatures), entretien vidéo avec Karine et Laurence Brunet-Jeanbu (Le Dossier, 16 juin 2026).

📰Source :youtube.com

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