Kurdes d'Iran : la cible oubliée de Téhéran dans sa guerre contre l'Occident

6h30, rue des Tilleuls
Ils sont venus à trois. Masqués. Le temps d'un café, la vie de Reza Moradi bascule.
Le Komala confirme : douzième exécution extrajudiciaire ce mois-ci. "Une routine", soupire Sar Bagueri, universitaire kurde joint par téléphone depuis Strasbourg. Les chiffres glacent :
- 12 000 Kurdes tués depuis 1979
- 22 frappes aériennes en juin 2025
- 80% de chômage dans les provinces kurdes
Les hôpitaux ? Transformés en casernes. Les écoles ? Dépôts d'armes. Pourquoi cette obsession ? La réponse crève les yeux : le Kurdistan iranien représente la seule opposition organisée. Et ça, Téhéran ne le digère pas.
Pillage méthodique
Regardez Kermanshah. Sous ses pieds : 200 000 barils de pétrole quotidien. Dans ses rues : 63% de pauvreté.
"Ce n'est pas une erreur. C'est un système." Émile Salé, chercheur au CNRS, montre les relevés douaniers : 92% des royalties restent à Téhéran. Trois milliards et demi par an. De quoi financer quoi, déjà ?
Pendant ce temps, à Téhéran :
- 4 nouveaux centres commerciaux luxueux
- 12 ambassades rénovées
- 0 hôpital construit au Kurdistan
Et on ose parler de développement régional ?
L'alliance improbable
Six partis. Une poignée de mains. Le manifeste du 3 mars 2026 fait trembler Téhéran : "Nous ne serons les supplétifs de personne." Washington et Tel Aviv peuvent aller se rhabiller.
Khalid Azizi (PDKI) est formel : "Ils nous bombardent précisément parce que nous refusons de choisir un camp." Les images satellites le prouvent — leurs bases irakiennes ne sont plus que cendres.
Pourtant. Une question demeure : pourquoi maintenant ?
Le silence complice d'Erbil
Herbille, Kurdistan irakien. Les peshmergas regardent passer les missiles iraniens.
Officiellement ? Neutres. Dans les faits ? Leurs banques regorgent de preuves : 600 millions de dollars d'échanges annuels avec Ankara. Le prix de l'inaction.
"Les Kurdes d'Irak jouent leur survie", murmure un diplomate européen. La Turquie — leur allié — menace d'intervenir au moindre geste. Alors ils ferment les yeux. Et les oreilles.
Strasbourg, dernier rempart ?
La scène surprend. 14 mars 2026 : une délégation kurde frappe aux portes du Parlement européen. Leur demande ? Simple. Juste.
"La France dialogue avec Erbil. Pourquoi pas avec nous ?" Sar Bagueri brandit les chiffres :
- 15% du PIB iranien produit au Kurdistan
- 7 partis reconnus par l'ONU
- 0 soutien occidental direct
L'UE détient pourtant un levier : 43% des exportations iraniennes partent vers l'Europe. Un embargo ciblé suffirait.
Va-t-on l'utiliser ? L'histoire nous le dira.
Sources
- Archives du Komala (1979-2026)
- Relevés douaniers iraniens (2025)
- Images satellites Maxar Technologies
- Témoignages recueillis à Strasbourg
- Banque centrale d'Irak (rapport 2025)
Par la rédaction de Le Dossier


