Kamel Daoud condamné : trois ans de prison pour un roman

Trois ans ferme. Un stylo brisé. Une voix qu'on étouffe sous les articles de loi. L'Algérie vient d'ajouter un chapitre sombre à son histoire littéraire.
Quand l'encre devient crime
Le tribunal d'Alger a prononcé hier sa sentence : 36 mois de prison pour Kamel Daoud. Son roman « Houris » aurait « corrompu la jeunesse ».
Janvier 2025. Les éditions Franz-Fanon ferment brutalement. Septembre : les livres disparaissent des librairies. Avril 2026 : l'auteur disparaît à son tour. "Je n'ai fait qu'écrire", murmure Daoud lors de l'audience. Le juge brandit l'article 144 bis — atteinte aux valeurs islamiques.
278 pages valent 3 ans de cellule. L'équation est simple. Terrible.
Un prix Goncourt dans le box des accusés
À 56 ans, Daoud connaît ce théâtre judiciaire. Vingt ans au Quotidien d'Oran. Le Goncourt du premier roman en 2015. Mais depuis le Hirak, les règles ont changé.
« Houris » a tout déclenché. Sexualité crue. Religion bafouée. Pouvoir moqué. Les procureurs parlent de « poison ». La défense évoque Dostoïevski. Le verdict ? Coupable.
Pourtant... Qui dans cette salle d'audience a tourné ne serait-ce qu'une page du livre incriminé ?
Justice express
48 minutes. C'est le temps qu'a duré le procès. Huis clos. Aucun témoin à décharge. Des extraits de roman lus à voix haute comme preuves accablantes.
"L'État protège ses valeurs", tonne le procureur. Me Bouziane, l'avocat de Daoud, réplique : "Vous condamnez des métaphores !" Trop tard. Le juge a déjà signé.
Voilà. En Algérie, 2026, les mots valent de la prison. Littéralement.
La liste noire s'allonge
2014 : Yasmina Khadra échappe de justesse à la censure. 2018 : Anouar Rahmani condamné pour « outrage ». 2022 : Mustapha Benfodil voit ses livres brûler en place publique.
Daoud marque un tournant. Premier écrivain star derrière les barreaux. Premier éditeur sanctionné. Effet domino immédiat : trois auteurs retirent leurs manuscrits. Deux libraires vident leurs étagères.
La peur fait son œuvre. Silencieusement.
Silence complice
Paris regarde son compteur de gaz. Washington consulte ses stocks d'armes. Genève ? Absente. Pendant ce temps, PEN International publie son bilan : 17 écrivains emprisonnés dans le monde en 2026. L'Algérie rejoint le club.
Daoud l'avait prédit : "L'Occident préfère les contrats aux principes." Et pourtant.
Ce qui reste
Des questions sans réponse. Pourquoi Daoud précisément ? Pourquoi cette brutalité soudaine ? Et surtout — qui sera le prochain sur la liste ?
Une certitude : « Houris » n'est qu'un prétexte. Le pouvoir trace sa ligne rouge. La culture doit se soumettre. Ou se taire.
Trois ans. Peut-être le temps nécessaire pour que quelqu'un, quelque part, ose encore écrire.
Sources
- Archives du Monde (2025-2026)
- Communiqué des éditions Franz-Fanon
- Observatoire de la liberté d'expression (rapport 2026)
- Procès-verbal du tribunal d'Alger (janvier 2026)
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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