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JusticeÉpisode 2/1

Un jeune de 18 ans perd un œil après un tir de LBD lors de la fête du PSG

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-24
Illustration: Un jeune de 18 ans perd un œil après un tir de LBD lors de la fête du PSG
© YouTube

La fête vire au cauchemar

Le 6 mai 2026, Paris est en liesse. Le PSG vient de se qualifier pour la finale de la Ligue des champions en battant le Bayern Munich. Des milliers de supporters descendent dans les rues. Raphaël a 18 ans. Il habite à Saint-Briss-sous-forêt, dans le Val-d’Oise. Avec trois amis, il prend le train pour les Champs-Élysées.

« On est parti là-bas pour célébrer, s’amuser, profiter du moment », raconte-t-il dans une interview à Blast, un média en ligne. « Je suis un grand fan de foot. Quand j’ai vu le PSG gagner, je me suis dit : je suis obligé d’aller célébrer. »

Arrivé au Trocadéro, la foule est dense. Soudain, un mouvement de foule se déclenche. « On a tous couru par peur, sans savoir vraiment pourquoi », dit Raphaël. « Et en courant, j’ai reçu une balle de flashball dans le visage. »

Le projectile frappe son œil droit. Sur le moment, il ne comprend pas. « J’ai eu très très peur. Je pensais que j’allais rester. Que c’était fini. » Il court encore, s’éloigne. Il sent ses forces l’abandonner. « J’ai bataillé pour ne pas m’évanouir. »

Retenez ce détail : aucun policier ne vient à son secours.

Abandonné par les forces de l’ordre

Son meilleur ami Enzo le retrouve. Raphaël est assis sur le sol, le visage en sang. Enzo va chercher de l’aide auprès de la police présente sur place. « La police ne voulait pas intervenir sur moi », explique Raphaël.

Il doit se lever, se traîner jusqu’aux agents pour leur prouver qu’il est gravement blessé. « Je suis allé vers la police et ils m’ont aidé. Ils m’ont mis en sécurité derrière leur camion. » Mais être « en sécurité » derrière un camion de police, alors que les tirs de LBD continuent — un bien grand mot.

Ce sont les amis de Raphaël qui appellent les pompiers. Pas les policiers. Pas un seul geste. Les pompiers arrivent en cinq minutes. Ils le transportent en urgence à l’Hôpital Cochin.

Pourquoi la police n’a-t-elle pas appelé les secours ? La question reste sans réponse. L’IGPN, saisie, enquête.

L’œil en miettes

À l’hôpital, le médecin ouvre l’œil de Raphaël, fermé par l’œdème. Le diagnostic tombe : « Il est beaucoup trop abîmé. On va devoir te l’enlever. »

Raphaël est seul. « Il y avait personne avec moi. J’ai dû affronter cette épreuve tout seul. » L’opération a lieu le lendemain, jeudi 7 mai à 10h30.

Le bilan médical est terrible. Perte définitive de la vision de l’œil droit. Fractures du nez et du plancher orbital. « Mes os sont en miettes. Du sable. Il n’y a plus rien », dit-il.

Deux opérations sont nécessaires. La première pour ôter l’œil. La seconde dure plus de cinq heures, pour reconstruire le plancher orbital et le nez. Les unités médico-judiciaires prescrivent trente jours d’incapacité totale de travail.

Les séquelles sont permanentes. Raphaël ne peut plus respirer par la narine droite. Toute la partie droite de son visage est insensible. « Ma lèvre, ils ont dû sectionner des nerfs pour accéder à ma bouche. Tout ce côté, je ne ressens plus rien. »

Séquelles à vie

La douleur ne le quitte pas. « Même avec des médicaments très violents, la douleur elle persiste. » Les nuits sont impossibles : « Les trois premiers jours, j’ai dormi peut-être deux heures par nuit. »

Mentalement, le choc est immense. « Je me suis demandé comment je vais vivre avec ça. Comment reprendre le foot, la conduite, le travail, une vie normale. »

Raphaël travaillait chez Paprek comme agent de collecte. Il était bien entouré, avec des collègues et des responsables qu’il apprécie. Il jouait au football depuis l’âge de six ans. Son grand frère l’a emmené, a cru en lui. Aujourd’hui, il évolue en départemental 1. « Le foot, c’est la seule chose qui me redonnait le sourire. »

Mais un œil en moins, c’est la fin des ambitions professionnelles. « J’aurais voulu jouer en Ligue 2 ou en Ligue 1. Maintenant c’est impossible. »

Pourtant, il continue. « Même si je dois perdre encore un truc, je continuerai à jouer au foot. »

Une plainte, des questions

Raphaël a déposé plainte auprès de l’IGPN quelques semaines après les faits. Il attend.

« Je demande qu’il y ait une reconnaissance. Que le policier qui a tiré au moins s’excuse, qu’il soit puni. Il m’a pris une partie de ma vie. »

Il veut comprendre. « Pourquoi il a tiré à ce moment-là ? Surtout que, pour moi, il n’y avait pas besoin de tirer. Est-ce qu’il trouve ça normal de tirer sans aucune raison valable et de prendre la vie d’un jeune de 18 ans. »

La question est posée. La réponse viendra peut-être de l’enquête. Le policier n’a pas été identifié publiquement. L’IGPN ne s’est pas exprimée.

Une vie à reconstruire

Raphaël a 18 ans. Sa vie d’adulte commence par ce traumatisme. Il redoute le regard des autres. « Rien qu’à l’hôpital, le regard des gens, c’est déjà très compliqué. »

Il parle avec une dignité calme. Pas de colère hystérique, mais une détermination froide. Il veut que justice soit faite, et il veut vivre. « Je continuerai le foot jusqu’à la fin de ma vie, même si je dois perdre encore un truc. »

Ce témoignage, recueilli par Blast, pose une nouvelle fois la question de l’usage du LBD en maintien de l’ordre. La France est le seul pays d’Europe à utiliser encore ces lanceurs de balles de défense lors de manifestations ou de rassemblements. Depuis 2017, des centaines de personnes ont été blessées au visage. Certaines ont perdu un œil.

Les célébrations sportives ne sont pas des manifestations politiques. Mais elles peuvent dégénérer. La question est : quand la police tire-t-elle ? Et à quoi sert de tirer sur un garçon de 18 ans qui court dans la foule ?

L’enquête de l’IGPN devra répondre. En attendant, Raphaël doit apprendre à voir avec un seul œil. Il a déposé plainte. Il attend des excuses. Et une punition.

« On ne veut plus voir ça fini », a promis un jour un ministre de l’Intérieur. Visiblement, on le voit encore.

Sources : Interview de Raphaël réalisée par Blast (vidéo diffusée sur YouTube). Plainte auprès de l’IGPN mentionnée par la victime. Soins à l’Hôpital Cochin (Paris).

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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