LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Faits diversÉpisode 4/3

Pinocchio : la recruteuse de 18 ans vendait des mineures sur Snapchat depuis la prison

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-07
Illustration: Pinocchio : la recruteuse de 18 ans vendait des mineures sur Snapchat depuis la prison
© Illustration Le Dossier (IA)

30 avril : la fugue qui tourne au cauchemar

Le 30 avril 2026, deux adolescentes quittent leur foyer de l'aide sociale à l'enfance dans le Maine-et-Loire. Elles en ont assez. Direction : Paris. « L'une d'entre elles voulait reprendre contact avec sa mère », explique une source proche de l'affaire au Parisien. Rien d'illégal, a priori. Un simple retour vers la famille.

Sauf qu'elles ne vont jamais chez la mère.

Elles traînent sur Snapchat. L'application aux messages éphémères — favorite des ados — devient leur piège. Un homme les contacte. Il se présente comme un « beau parleur », selon l'enquête. Il assure qu'il est incarcéré mais qu'il peut les aider. Son argument ? Leur présenter une amie. Cette amie les aidera à vendre leur corps. « Pour un peu d'argent », précise la source.

Les deux adolescentes acceptent le rendez-vous. Pourquoi ? Le dossier ne le dit pas. Peut-être l'appât du gain facile. Peut-être la promesse d'une protection. Peut-être la naïveté de deux gamines perdues. Ce qui est certain, c'est qu'elles montent dans un train. Direction le Val-de-Marne.

Un détail : le trajet entre le Maine-et-Loire et Saint-Maur-des-Fossés, c'est environ 300 kilomètres. Avec un simple ticket de train, elles passent de leur foyer à une chambre Airbnb louée par un réseau de proxénètes. Aucun adulte ne les arrête.

La machine est en marche. Et personne ne les attend à l'arrivée. Sauf la recruteuse.


Snapchat, l'outil du recruteur incarcéré

Comment un homme derrière les barreaux peut-il recruter des mineures ? La réponse tient en un nom : Snapchat. Les messages s'autodétruisent après lecture. Les preuves s'effacent. Idéal pour un proxénète qui veut éviter les traces.

Le commanditaire, surnommé « Pinocchio », est incarcéré. On ignore où et pour quels faits. Ce qui est établi : il utilise son téléphone depuis la prison pour contacter les adolescentes. Il les repère, les séduit, les convainc. Et ensuite ? Il les confie à sa « cheville ouvrière » : une jeune femme de 18 ans.

Elle est le maillon visible du réseau. Celle qui fait le sale boulot.

Les investigations techniques menées par la police judiciaire du Val-de-Marne montrent que cette petite femme mince — comme la décrivent les enquêteurs — est en relation constante avec deux mystérieux malfaiteurs. Ce sont eux qui louent les lieux. L'appartement Airbnb de Saint-Maur-des-Fossés est leur base arrière.

Le mode opératoire est rodé. Un recruteur en prison. Une recruteuse sur le terrain. Des logisticiens pour les planques. Et des victimes mineures, fragiles, en fugue. Le tout orchestré via des messages qui disparaissent.

Qui a signé les locations Airbnb ? Sous quels noms ? L'enquête ne le dit pas. Mais une chose est sûre : le réseau savait ce qu'il faisait.

Et pourtant. Une adolescente a refusé.


L'appartement Airbnb de Saint-Maur : le piège

Samedi 2 mai. Arrivée des deux mineures dans l'appartement loué. Elles rencontrent la jeune femme de 18 ans. Celle-ci explique le plan. La plus âgée — 17 ans — accepte. Elle est « partante pour se prostituer », selon la source proche de l'affaire.

L'autre refuse. Catégoriquement.

La proxénète présumée ne discute pas. Elle lui ordonne de quitter les lieux. La jeune fille obéit. Mais au lieu de disparaître, elle prévient la police. Elle raconte tout. L'homme sur Snapchat. La promesse d'argent. L'appartement. La recruteuse. Sa camarade qui attend les clients.

Les policiers interviennent dans la foulée. Ils trouvent la jeune femme de 18 ans dans l'appartement. À côté d'elle, l'adolescente de 17 ans confirme : elles attendaient des clients.

La proxénète présumée est interpellée en flagrant délit.

— oui, vous avez bien lu — : une jeune fille de 17 ans, prise en flagrant délit de prostitution, devient victime et témoin. L'autre, celle qui a refusé, devient lanceuse d'alerte. Sans elle, que se serait-il passé ? Combien de clients auraient défilé dans ce Airbnb ?

La question reste ouverte. Ce qui est certain, c'est que la police judiciaire du Val-de-Marne a agi vite. Très vite. Les investigations techniques ont confirmé le rôle central de la suspecte. Elle n'est pas une simple complice. Elle est la cheville ouvrière. Celle qui recrute, qui organise, qui encaisse.

Pour le compte de Pinocchio.


Pinocchio : le fantôme qui tire les ficelles

Pinocchio reste une ombre. Le dossier ne livre que son surnom. Un homme, incarcéré. Il recrute depuis sa prison. Il utilise Snapchat. Il confie ses victimes à une jeune femme de 18 ans. Mais son identité réelle, son âge, son lieu de détention — tout cela reste flou. Volontairement.

Le parquet de Créteil n'a pas communiqué. La police judiciaire non plus. Les seules informations proviennent du Parisien et d'une source proche de l'affaire.

Ce silence est assourdissant.

Pinocchio est derrière les barreaux, mais il continue de diriger. Il trouve des mineures en fugue. Il les convainc. Il les livre à sa recruteuse. Et il encaisse, probablement. Depuis sa cellule.

Comment est-ce possible ? La réponse est triviale : les prisons françaises peinent à contrôler les téléphones portables des détenus. Malgré les brouilleurs, malgré les fouilles, les smartphones circulent. Et avec eux, Snapchat, WhatsApp, Telegram. Les réseaux de prostitution prospèrent depuis les cellules.

Ce n'est pas une exception. C'est un système.

Le Dossier a déjà enquêté sur ce phénomène. Des détenus qui continuent de gérer des trafics depuis leur cellule. Des téléphones introduits par des visites, des colis, des complicités internes. Et des victimes — souvent des mineures — qui tombent dans ces filets.

Pinocchio est un maillon de cette chaîne. Mais il n'est pas le seul. Qui sont les deux autres malfaiteurs qui louaient les appartements ? Qui fournissait les téléphones ? Qui blanchissait l'argent ? L'enquête ne répond pas encore. Mais elle continue.


Une mise en examen, des questions sans réponse

Le 4 mai 2026, la jeune femme de 18 ans comparaît au tribunal de Créteil. Le juge la met en examen pour « proxénétisme aggravé ». Un terme juridique qui cache une réalité sordide : elle a organisé la prostitution de deux mineures. Elle les a recrutées. Elle les a hébergées. Elle les a mises à disposition de clients.

La qualification « aggravé » tient à l'âge des victimes : 16 et 17 ans. Des mineures. Placées sous la protection de l'aide sociale à l'enfance. En fugue. Donc encore plus vulnérables.

Le tribunal l'a écrouée. Elle attend son procès en détention provisoire.

Mais que risque-t-elle ? Le proxénétisme aggravé sur mineur est puni de 15 ans de réclusion criminelle et 3 millions d'euros d'amende (article 225-7 du code pénal). Si les faits sont établis, la peine sera lourde.

Et Pinocchio ? Son cas est plus complexe. Il est déjà incarcéré. Mais il pourrait faire l'objet d'une nouvelle procédure pour proxénétisme aggravé, recrutement de mineures, direction d'un réseau depuis la détention. Les peines se cumuleraient.

Les investigations techniques — analyses des communications Snapchat, géolocalisations, témoignages — devraient permettre de remonter jusqu'à lui. La police judiciaire du Val-de-Marne a déjà démontré son efficacité. Le temps, et l'enquête avance.

Mais une question demeure : combien d'autres adolescentes sont passées entre les mains de ce réseau ? Le dossier ne mentionne que deux victimes. Mais un réseau ne se limite pas à une seule affaire. Pinocchio recrute depuis sa prison. Depuis combien de temps ? Combien de filles a-t-il « vendues » ?

Le Dossier continuera de suivre l'affaire.


Sources

  • Le Parisien — « Val-de-Marne : à 18 ans, elle est soupçonnée de proxénétisme pour le compte d'un certain « Pinocchio » », Julien Constant, 7 mai 2026.
  • Source proche de l'affaire (citée par Le Parisien).
  • Service départemental de police judiciaire du Val-de-Marne (interpellation et investigations techniques).
  • Tribunal de Créteil (mise en examen et écrou, 4 mai 2026).
  • Code pénal — article 225-7 (proxénétisme aggravé).

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Les autres épisodes de ce dossier

Voir tout le dossier →

Épisode 4 · 2026-05-07

Pinocchio : la recruteuse de 18 ans vendait des mineures sur Snapchat depuis la prison

Sur le même sujet