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133 km/h, un mort : le permis à 18 ans n'est pas un permis de tuer

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-29
Illustration: 133 km/h, un mort : le permis à 18 ans n'est pas un permis de tuer
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144 mètres de cauchemar

Les gendarmes arrivent sur les lieux. Il est 4h30. La Toyota Corolla est encastrée dans un arbre. Le corps de Ty gît de l'autre côté — projeté sur un talus ensanglanté. Mort. Hémorragie massive. Tué sur le coup.

La voiture a parcouru 144 mètres après le freinage. Exactement. 99 mètres de ripage. Puis 25 mètres en vol. La voiture a décollé. Littéralement. L'expert est formel : aucune trace au sol sur ces 25 mètres. Le véhicule a ensuite heurté un mur, rebondi, et fini sa course dans l'arbre.

« C'est tout blanc », dit le conducteur à la barre. Il ne se souvient de rien après avoir freiné. La présidente insiste : « 144 mètres, c'est quelques secondes. On a le temps de voir, de sentir ce qui se passe. »

Il ne voit rien. Il ne sent rien. Il conduit une voiture qu'il ne maîtrise pas.

La vitesse ? L'expert l'estime à 133 km/h. Le conducteur, lui, avait avoué 99 km/h aux gendarmes. 99, c'est déjà au-dessus des 90 autorisés. Mais 133, c'est 48 % de plus que la limitation. Pour un jeune conducteur, la limite est même à 80 km/h. Il le savait. Il l'a dit à l'audience : « 80, je crois. »

Il ne l'a pas respectée.

Une soirée qui tourne au drame

Revenons en arrière. Le conducteur sort d'une soirée. Un ami l'appelle : une fille veut que Ty la dépose. Il accepte. Un autre ami lui dit de ne pas prendre la fille. Il ne l'écoute pas. La passagère arrière — celle qui a survécu — lui dit : « J'espère qu'on n'aura pas d'accident. »

Elle avait peur. Elle l'a dit aux gendarmes. Elle a saisi la main de Ty pour lui faire part de cette peur. Elle a demandé au conducteur d'aller moins vite. Trois fois, selon le procureur.

Il a freiné. Trop tard.

La voiture part en travers. Elle quitte la voie de droite, traverse la route, heurte un accotement en béton, rebondit. Le choc est violent. Si violent que le radiateur est éjecté du véhicule et retrouvé à plusieurs mètres. Le conducteur, en sortant, le déplace. Il cherche son ami.

Ty n'a pas sa ceinture. Il est éjecté par la portière arrière qui s'ouvre sous le choc. Il meurt sur le coup. Les trois autres occupants — attachés, eux — s'en sortent avec des blessures légères.

Le procureur est cinglant : « S'il avait pris ses responsabilités, on ne serait pas là. »

« Je ne veux pas accabler ce jeune homme »

Maître Le Bon, avocat des parties civiles, prend la parole. Il est mesuré. Presque doux. « Je ne veux pas accabler ce jeune homme », dit-il. Mais il rappelle l'essentiel : « Le permis qui lui a été délivré le 16 septembre 2011, ça n'est pas un permis de tuer. »

Il insiste sur la douleur des proches. « Il laisse de l'autre côté dans la peine une maman et deux frères. Ils n'ont pas perdu une voiture, ils ont perdu leur frère. »

Sa conclusion est implacable : « Vous êtes un danger à la fois pour vous-même et pour les autres. »

Le conducteur, à la barre, pleure. Il dit que Ty lui manque. Beaucoup. Il dit qu'il se sent responsable. L'avocate de la défense, Maître Merida, insiste sur ce point : « Il va payer toute sa vie. »

Le procureur ne veut pas de vos larmes

Le procureur prend la parole. Il ne mâche pas ses mots. « Ces regrets, ces pleurs, cette douleur, cette angoisse ne m'intéressent pas. » Il explique pourquoi : si le conducteur avait fait attacher Ty, s'il avait respecté les limitations, personne ne serait mort.

Il détaille la mécanique de l'accident. 99 mètres de ripage. 25 mètres de vol. La voiture devient une boule de billard. Incontrôlable. Le premier choc, à 41 mètres, est si violent que la voiture décolle. Elle retombe, heurte un mur, repart, finit dans l'arbre.

Le procureur requiert 12 mois d'emprisonnement avec sursis. Il demande aussi l'annulation du permis avec interdiction de le repasser avant 3 ans. Il précise : pas d'alcool. Mais ce n'est pas une circonstance atténuante. « C'est une évidence. On ne doit pas avoir d'alcool quand on conduit. »

Il termine : « Je n'aurais jamais voulu entendre ce genre de propos, car jamais j'aurais voulu qu'il décède et que vous le tuiez. »

12 mois avec sursis, permis annulé pour 5 ans

Le tribunal délibère. Puis rend son jugement.

Coupable. 12 mois d'emprisonnement avec sursis simple. Annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser avant 5 ans. Le conducteur devra verser 3 000 euros de provision à chaque partie civile.

La défense avait demandé une peine clémente. L'avocate a rappelé que le conducteur n'est pas un chauffard. « Ce n'est pas ces jeunes qui zigzaguent entre les voitures, qui roulent à 200 km/h sur l'autoroute. » Elle a insisté sur son parcours : un CAP, un contrat d'apprentissage, une envie d'intégrer l'armée. Elle a demandé l'exclusion de la condamnation du bulletin n°2 du casier judiciaire pour lui permettre de s'engager.

Le procureur n'a pas opposé d'opposition. Le tribunal a accepté.

Le jugement est clair : si le conducteur commet une nouvelle infraction dans les 5 ans, il purgera les 12 mois de prison. La présidente le prévient : « Gardez-vous de conduire dans les 5 années qui viennent. »

Une vie brisée, deux familles anéanties

Ce dossier est un fait divers. Un de plus. Mais il pose des questions qui dépassent le cas individuel.

Pourquoi un jeune conducteur, 5 mois après son permis, roule-t-il à 133 km/h sur une route limitée à 90 ? Pourquoi n'a-t-il pas le macaron A obligatoire ? Pourquoi laisse-t-il son meilleur ami sans ceinture à l'arrière ?

La réponse est dans le dossier. Le conducteur ne savait pas. Il ne savait pas que la vitesse était si élevée. Il ne savait pas que la ceinture était obligatoire à l'arrière. Il ne savait pas que le macaron A existait. Il l'a dit à l'audience : « Je sais pas. »

C'est ça, le vrai problème.

Un jeune de 18 ans prend le volant sans connaître les règles. Sans maîtriser son véhicule. Sans comprendre les conséquences. Et un ami meurt.

Le tribunal a condamné. Mais la vraie peine, elle est ailleurs. Elle est dans le regard du conducteur qui dit, à la barre, que Ty lui manque. Beaucoup.

—chiffre à retenir— 144 mètres. C'est la distance parcourue par la voiture après le freinage. 99 mètres de ripage, 25 mètres en vol. C'est la distance entre la vie et la mort.

L'enquête continue. Mais pour Ty, c'est fini. Pour le conducteur, la vie ne sera plus jamais la même.

À suivre.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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