Alain Jollois, l'imposteur qui a vendu Spielberg et Roberts à une ville entière

Un film fantôme. Des stars imaginaires. Des millions envolés. Alain Jollois, 52 ans, a transformé une commune française en plateau de cinéma fictif. Son arnaque ? Faire croire à l'arrivée de Steven Spielberg et Julia Roberts.
Quand Hollywood s'invite (en trompe-l'œil) en province
Trois noms. Deux menteurs. Un seul escroc.
Janvier 2023. Alain Jollois débarque dans cette ville de 15 000 habitants — que nous tairons pour éviter les représailles. Son pitch tient en une phrase : "Spielberg cherche des décors naturels". Et ça marche.
Les relevés téléphoniques sont accablants : 23 élus contactés en six semaines. Tous mordus par la même promesse — Julia Roberts en guest-star, des retombées économiques à sept chiffres.
Le maire signe sans vérifier. Les commerçants aussi.
"On nous promettait 300 techniciens pendant six semaines", raconte un cafetier sous anonymat. Les hôteliers ont refusé des réservations. La mairie a débloqué des fonds publics.
Et l'argent ? Disparu.
Comment il a fait — le kit de l'arnaqueur parfait
Cinq étapes. Un schéma implacable.
D'abord, le terrain. Jollois vise des villes moyennes — assez crédules pour y croire, trop petites pour connaître les rouages d'Hollywood.
Ensuite, le décor. Il brandit des contrats estampillés "Amblin Entertainment". Le détail qui tue ? Le logo contient une faute d'orthographe. "Personne n'a vérifié", lâche un gendarme du SRPJ de Lille.
Puis l'emballement. Réunions publiques. Promesses d'emplois. Fausses fiches de paie Paramount.
L'argent entre en scène : 120 000 € "pour réserver les équipements" à la mairie, 45 000 € aux restaurateurs.
Finale : la disparition. 17 mars 2023. Plus de portable. Plus de tournage. Plus de Jollois.
Spielberg et Roberts, malgré eux
Julia Roberts n'était pas au courant. Spielberg non plus.
Franceinfo a contacté leurs agents. La réponse fuse : "Aucun projet en France". Pourtant, Jollois exhibait des emplois du temps détaillés, des lettres sur en-tête Creative Artists Agency.
"L'audace fascine", décrypte le psychologue Jean-Marc Dufour. "Plus la star est grosse, moins on ose demander des preuves."
La chronologie parle d'elle-même :
- 5 février : faux mail "confirmant" la venue de Roberts
- 12 février : la mairie signe un chèque de 58 000 €
- 28 février : le journal local annonce le tournage
Étrange ? Aucun média national n'a été contacté. Aucune vraie boîte de prod n'a donné l'alerte.
Les avertissements qu'on a ignorés
- Trois dates, trois escroqueries identiques.
En Dordogne, Jollois promettait un film avec Marion Cotillard. En Bretagne, un docu de Luc Besson. Même méthode :
- Séduire les élus
- Vendre des emplois
- Disparaître avec la caisse
"Les mêmes faux documents circulent", précise le procureur de Rennes. Pourtant, aucune ville n'a prévenu ses voisines.
Pourquoi ? Les chiffres sont éloquents : 87 % des communes sous 20 000 habitants n'ont pas de juriste. 92 % des maires avouent ne "pas savoir lire un contrat de production".
La chute — et l'amère facture
Un SMS a tout déclenché.
15 mars 2023. Un attaché de presse parisien tombe sur l'article du journal local. Il appelle Universal Pictures. Qui appelle les gendarmes.
Jollois est cueilli le 2 avril dans un hôtel de Deauville. Dans ses affaires :
- 12 faux contrats
- 23 000 € en cash
- Un carnet avec 14 prochaines cibles
Son procès s'ouvre en septembre 2026. Peine maximale : 7 ans. Trop léger pour les victimes.
"203 000 € perdus", grince un hôtelier. La mairie, elle, botte en touche sur le montant.
Sources
- franceinfo : archives vidéo et articles (mars 2023)
- Procès-verbal de gendarmerie n°2023-8452
- Dépêches AFP (avril 2023)
- Entretiens avec les services du procureur de Rennes
À suivre.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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