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EnvironnementÉpisode 7/1

IKEA : 20 millions de m³ de bois par an, l’enquête qui accuse de greenwashing

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-30
Illustration: IKEA : 20 millions de m³ de bois par an, l’enquête qui accuse de greenwashing
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Pologne : le poumon d’acier du géant

La Pologne fournit 20 % des meubles en bois d’IKEA. Une manne pour le pays. Une dépendance pour la marque.

Marta Kovalchik dirige Mardom, une menuiserie familiale devenue fournisseur clé. « Nous coupons environ 100 000 mètres cubes de bois par an », dit-elle. « Avec ce bois, nous produisons près de 600 000 meubles. » Des lits, surtout. Le « Kura » s’écoule à 200 000 exemplaires par an — le best-seller.

Mais dans les forêts polonaises, la colère monte. Marta Jagusztyn coordonne un réseau de milliers de citoyens opposés aux coupes rases. « Nous avons longtemps confié la responsabilité des forêts à des personnes qui pensaient savoir ce qu’elles faisaient. Finalement, il s’avère que ce n’est pas le cas », dit-elle. Elle a fait stopper par un tribunal la coupe d’une forêt proche de son village. Sa carte des futurs abattages : 100 000 consultations en une semaine.

Jakub Rok, autre activiste, filme les dégâts. Des routes forestières creusées, des ornières profondes, des arbres marqués pour l’abattage. « Toutes les semaines des gens viennent nous demander ce qu’ils peuvent faire pour éviter que les arbres des forêts qui leur sont chers ne soient abattus », témoigne-t-il.

IKEA assure que tout le bois est certifié FSC. Les activistes dénoncent un label qui ferme les yeux. — Et ce n’est pas rien.

Roumanie : le champ de bataille

IKEA possède 280 000 hectares de forêts dans le monde. En Roumanie, 50 000 hectares — cinq fois la superficie de Paris. Le premier propriétaire forestier privé du pays.

Gabriel Paun, biologiste et fondateur d’Agent Green, consacre sa vie à protéger les forêts roumaines. « Au fil des années, j’ai été victime de nombreuses attaques violentes », raconte-t-il. En 2015, une dizaine d’hommes lui tendent un piège. « Ils m’ont jeté par terre et m’ont roué de coups. J’ai réussi à me relever. Je les entendais crier qu’il fallait m’achever. »

Sa tête a été mise à prix par les trafiquants de bois. Six gardes forestiers tués en Roumanie, selon lui.

Les images qu’il tourne montrent des ornières de trois mètres de profondeur sur une parcelle IKEA. « Regarde ça. Trois mètres d’érosion. Elle pourrait provoquer des glissements de terrain. Waouh, c’est de la folie. »

En 2021, des survols d’une autre propriété d’IKEA révèlent des coupes rases et des routes destructrices. « Ils ont abîmé les arbres environnants. Ces blessures vont continuer à s’aggraver et déstabiliser les pentes », dit Paun.

La moitié du bois récolté en Roumanie part sans autorisation, estiment les experts. Près de 20 millions de mètres cubes disparaissent chaque année des forêts roumaines. Une fois coupé, rien ne distingue le bois légal du bois illégal.

IKEA répond avoir fait contrôler ses forêts par un organisme indépendant, le FSC. Résultat : aucune irrégularité. — Vraiment ?

FSC : un label en accusation

Né en 1992 au sommet de la Terre de Rio, le Forest Stewardship Council (FSC) réunissait une centaine de chefs d’État et 1 500 ONG. Aujourd’hui, il certifie que le bois d’IKEA provient de « forêts gérées de manière responsable ».

Des voix s’élèvent. Simon Consell, de FSC Watch, dénonce un conflit d’intérêts structurel : les certificateurs sont payés par les entreprises qu’ils contrôlent. « Si vous voulez de si grands volumes de bois à des prix aussi compétitifs, vous devez fermer les yeux », explique-t-il.

En Roumanie, des eurodéputés constatent des abattages illégaux dans des réserves naturelles certifiées FSC. Le label n’a rien vu. — Pourquoi ?

Thomas Scherg, journaliste d’investigation, enfonce le clou : « J’admire la façon dont les entreprises se donnent une image verte. Et puis dès qu’on leur demande un peu de traçabilité, silence radio. Si vous n’avez rien à cacher, pourquoi ne pas montrer votre chaîne d’approvisionnement ? »

IKEA a refusé à plusieurs reprises d’ouvrir ses portes aux enquêteurs du documentaire.

Suède : le berceau de l’ogre

Le pays d’origine d’IKEA n’est pas épargné. Seulement 8 % des forêts suédoises sont intactes. Les forêts anciennes ? Remplacées par des monocultures intensives de pins et d’épicéas.

Viveca Beckeman, de la Fédération suédoise du bois, défend le modèle : « Il n’y a qu’un pour cent de la forêt qui est récoltée chaque année. Et pour chaque arbre abattu, nous en plantons deux autres. » — Mais la biodiversité ? Yun Anderson, expert forestier, répond : « Ce modèle n’est pas respectueux du climat. »

Les éleveurs de rennes Samis paient le prix fort. La famille Ericson voit ses pâturages détruits par les coupes rases. « L’exploitation forestière menace notre survie », témoigne-t-elle. Les rennes dépendent du lichen qui pousse dans les forêts anciennes. Une fois rasées, il faut des décennies pour qu’il repousse.

Ingvar Kamprad, le fondateur, avait prévu le coup. Dès les années 1960, il délocalise en Pologne pour contourner le boycott des fournisseurs suédois. « Il était plus intelligent et plus doué que la plupart des gens », dit un ancien manager. Ce manager révèle aussi une face plus sombre : dans les années 1990, IKEA aurait importé du bois illégal de Sibérie via la Chine. « Ça ne pouvait pas se faire dans la légalité », affirme-t-il.

IKEA nie catégoriquement : « Nous n’avons jamais accepté de bois illégal dans notre chaîne d’approvisionnement à aucun moment de notre histoire. » — Pourtant, en 2011, la marque se retrouve impliquée dans la coupe contestée d’une forêt primaire russe. En 2020, des fournisseurs ukrainiens sont accusés d’abattre des forêts anciennes pour fabriquer des chaises et des tables.

Brésil : amendes et monocultures

Au Brésil, le sous-traitant d’IKEA, Art Mobilie, a écopé de deux amendes : 30 000 réals (5 700 €) en 2018 pour abattage illégal d’arbres indigènes et élimination illégale de produits chimiques ; une nouvelle amende en 2022 pour construction sans autorisation dans une zone déboisée.

Sylvia Lisbo, journaliste d’investigation, a enquêté : « IKEA utilise des plantations de pins à croissance rapide au Brésil. Ces monocultures remplacent des forêts indigènes et des prairies, entraînant une perte de biodiversité et une érosion des sols. » — Une pratique que le géant justifie par sa quête de crédits carbone.

Nouvelle-Zélande : des plantations qui tuent

À l’autre bout du monde, IKEA achète des fermes pour planter du pin Radiata, un arbre à croissance rapide. L’objectif : revendiquer des crédits carbone pour compenser ses émissions. La multinationale promet la neutralité carbone d’ici 2030.

Sur place, la population maorie crie à la colonisation. « C’est une autre forme de colonisation — la colonisation de nos forêts », déclarent-ils. Un représentant maori porte la voix de son peuple à l’ONU : « Les plantations de pins ont augmenté rapidement sur nos territoires pour des projets de prévention de l’érosion, du bois et des crédits carbone. La seule solution acceptable est un moratoire immédiat sur les coupes rases et la restauration de la biodiversité. »

Février 2023. Le cyclone Gabrielle ravage la Nouvelle-Zélande. Des débris de pins parcourent 40 km dans les rivières, formant des barrages et aggravant les inondations. « Regardez la taille de celui-ci. Il pourrait percuter un bateau », dit un agriculteur local.

Oxfam alerte : pour compenser les émissions actuelles, il faudrait convertir toutes les terres cultivables de la planète. — Une utopie.

Neutralité carbone : promesse ou illusion ?

IKEA promet qu’en 2030, elle stockera autant de CO₂ qu’elle n’en émet. Chaque hectare planté en Nouvelle-Zélande ou au Brésil doit compenser ses activités industrielles. Mais des experts estiment que le carbone émis par les coupes rases dépasse largement la capacité de stockage des nouvelles plantations.

« On ne peut pas sortir d’une crise climatique par plus de combustion », résume un expert forestier. « Même en plantant beaucoup d’arbres qui poussent vite, le carbone émis par la coupe est si important qu’il faudrait des dizaines d’années à ces monocultures pour compenser. »

Les activistes dénoncent un « enfumage d’entreprise ». Acheter des fermes pour donner l’impression d’être durable. — Ce n’est durable que pour les résultats financiers, pas pour les communautés.

L’héritage trouble d’Ingvar Kamprad

Le fondateur d’IKEA, décédé en 2018, a caché son appartenance à un parti fasciste suédois jusqu’en 1951. Des photographies le montrent avec un insigne fasciste en 1950. Des correspondances d’archives avec le chef fasciste suédois existent. — Un passé que l’entreprise n’a jamais commenté publiquement.

Ce n’est pas un détail. C’est le reflet d’un système où le profit prime sur tout. Kamprad avait compris avant tout le monde que les prix bas passent par une chaîne d’approvisionnement sans scrupule. Aujourd’hui, IKEA continue. — Mais à quel prix ?

Questions sans réponses

Regardons les faits. IKEA consomme 1 % du bois coupé dans le monde. Possède 280 000 hectares de forêts. Refuse de montrer sa chaîne d’approvisionnement. Le FSC certifie des coupes dans des zones protégées. Des activistes agressés, menacés, parfois tués.

— Qui contrôle IKEA ? — Qui paie le vrai prix de nos meubles en kit ?

Le documentaire pose la question. Il n’y répond pas entièrement. Mais les images parlent. Des ornières de trois mètres. Des forêts millénaires rasées. Des communautés détruites.

« Quand on voit le carnage que tout ça implique pour la forêt, je pense qu’il est important d’alerter le plus grand nombre de consommateurs », conclut Gabriel Paun. « En tant que consommateur, ne vous faites pas avoir par le greenwashing. »

IKEA nous assure faire le nécessaire pour préserver l’environnement. — Mais le nécessaire, est-ce suffisant ?

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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