EXCLUSIF : Le harcèlement qui a poussé Agnès Goer au suicide

La descente aux enfers
12 000 messages en un an. 153 appels en trois jours. Ces chiffres ne sont pas ceux d'un adolescent amoureux. Ce sont les traces d'un harcèlement méthodique, implacable, qui a conduit Agnès Goer au suicide. Le 12 juillet 2024, cette mère de trois filles, aide-soignante de profession, a mis fin à ses jours dans son appartement. Avant de mourir, elle a gravé les initiales de ses filles sur la poutre où elle s’est pendue : A, E, M. Agnès, Eva, Elvire et Manon.
"Elle nous a dit au revoir à sa façon", confie Elvire, l'une de ses filles. Mais ce geste ultime ne suffira pas à faire taire l'homme qui l'a poussée à cet acte. Son ex-compagnon, déjà condamné en 2022 pour harcèlement et appels malveillants, a écopé de 6 ans et 6 mois de prison en mars 2025. Une peine réduite en raison de problèmes mentaux. Une décision qui fait grincer des dents.
L’engrenage de la terreur
Tout commence à l'hôpital psychiatrique. Agnès, aide-soignante, y fait une dépression après un burn-out. C'est là qu'elle rencontre celui qui deviendra son bourreau. Au début, il est attentionné, généreux. "Il lui faisait des cadeaux", raconte Elvire. Mais très vite, le masque tombe. Il dénigre, rabaisse, contrôle tout. Ses vêtements, ses paroles, ses sorties. Manon, la plus jeune des filles, vit encore avec sa mère. Elle alerte ses sœurs : cet homme est oppressant.
Agnès décide de mettre fin à cette relation toxique. Mais pour lui, la relation n'est pas terminée. Il est persuadé qu'elle lui appartient toujours. Les messages et appels incessants commencent. Le patron d'Agnès reçoit des coups de fil pour vérifier si elle travaille vraiment. En 2022, il est condamné à 8 mois de prison pour harcèlement. Il sort. Et recommence.
Les chiffres qui tuent
Les téléphones portables racontent une histoire glaçante. Entre 2022 et 2024, l'ex-compagnon d'Agnès envoie 12 000 messages. Dans les trois derniers jours précédant son suicide, il passe 153 appels et envoie 1 000 messages. Une pression insoutenable. Pourtant, les forces de l'ordre n'interviennent pas assez vite. Agnès change trois, quatre fois de numéro. Il la retrouve toujours.
"Elle a changé trois fois de numéro. À la fin, elle avait marre", témoigne Elvire. Les messages ne sont pas anodins. Il la menace de diffuser des vidéos intimes prises lors de leur relation. "Si tu ne reviens pas avec moi, tes proches verront tout", lui écrit-il. Agnès se sent prise au piège. Elle tente de se suicider une semaine avant le 12 juillet. Sans succès.
Le jour du drame
Le 12 juillet 2024, Elvire rentre chez elle, heureuse de commencer ses vacances. "C'est le plus beau jour de ma vie", dit-elle à son mari. Une demi-heure plus tard, son téléphone vibre. Un message de sa sœur Eva : "Réponds. Maman est décédée." Elvire s'effondre. Elle sait immédiatement que c'est un suicide. Et que cet homme en est responsable.
Sur place, les policiers découvrent le téléphone d'Agnès. Des centaines de messages d’une seule personne : lui. Dans une pochette transparente, Elvire trouve une lettre écrite par sa mère : "Il n'y a pas eu un jour où il ne m'a pas rabaissée." Une phrase qui résume des années de souffrance.
Une justice trop clémente
En mars 2025, l'ex-compagnon d'Agnès est condamné à 6 ans et 6 mois de prison. Une peine réduite en raison de ses problèmes mentaux. "Il a brisé toute notre vie", confie Elvire. La famille réclame une meilleure protection des victimes de harcèlement. Mais le système judiciaire semble encore trop lent à réagir.
Les filles d'Agnès veulent que leur histoire serve d’exemple. "Il faut que les femmes osent porter plainte", insiste Elvire. Elles espèrent que leur témoignage sauvera d’autres vies. Pour Agnès, il est trop tard. Mais pour d’autres, l'espoir demeure.
À suivre.
Sources
- Témoignage des filles d'Agnès Goer
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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