LE DOSSIER
LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Société

Guillaume Erner dévoile l'histoire cachée des Juifs du Sentier

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-08
Illustration: Guillaume Erner dévoile l'histoire cachée des Juifs du Sentier
© YouTube

250 millions d'euros. Ce chiffre, c’est le gouffre laissé par la faillite de City en 2001. Guillaume Erner, alors directeur du développement de la marque, en parle aujourd’hui avec une lucidité brutale. Devenu une figure de France Culture, il exhume cette histoire méconnue, celle des tailleurs juifs polonais qui ont façonné la mode française.

Le yiddish et les coupons de tissu

« Une langue de gens qui sont morts. » Le yiddish, pour Guillaume Erner, c’est un fantôme. La langue maternelle de ses parents, arrivés de Pologne avant la guerre, étouffée par l’assimilation. Et pourtant, dans le quartier du Sentier à Paris, cette langue a trouvé un refuge improbable.

Dès les années 1960, ces tailleurs juifs polonais — souvent communistes — révolutionnent le prêt-à-porter français. « J’étais le seul à avoir le bac », raconte Erner. Dans ces ateliers enfumés, Arméniens, Turcs et Juifs cousent côte à côte. Une communauté improbable.

Ces artisans créent Naf-Naf en 1973, Kookaï en 1983, Morgan en 1988. Des marques sans créateur star, à l'opposé de Dior ou Chanel. « Nous étions bordéliques. Zara nous a donné une leçon. »

La City, ou l'art de la cavalerie

  1. Guillaume Erner prend les rênes de City. La marque emploie 700 personnes. Son slogan ? « City habille les femmes nues. » Un coup de génie marketing qui vire au fiasco.

Les questions restent sans réponse. Comment une entreprise florissante s'effondre-t-elle en 2001 ? Erner balance : « La cavalerie, c'est l'art de tondre les œufs. » Traduction : jongler avec les dettes pour survivre.

Hervé Temim, son avocat, plaide : « Ce n’est pas du vol, c’est de la respiration artificielle. » La BNP et la Société Générale réclament 250 millions. Le 11 septembre enterre le scandale. Les archives disparaissent. Et pourtant.

Le choc des Juifs séfarades

Les années 1960. L'arrivée des Juifs d'Algérie bouleverse le Sentier. « Chez moi, on rasait les murs », confie Erner. Les Séfarades, eux, affichent leur joie. Un traumatisme pour les Ashkénazes polonais.

Ces tailleurs algériens apportent des techniques nouvelles. Le cuir. Les couleurs vives. Une révolution dans ce monde de laine grise. « Ils ont dû quitter l'Algérie avec une valise ou un cercueil », rappelle Erner. Aujourd'hui, il ne reste plus de Juifs dans le monde arabe. Un effacement historique.

La faillite et les fantômes

Septembre 2001. City coule. Erner perd tout : « Plus de scooter, plus de petite amie. » Devant le juge, il assume ses erreurs. Mais pointe du doigt Zara. Les Espagnols ont tué le prêt-à-porter français.

Dans son livre Schmatès (Flammarion), Erner ressuscite ce monde disparu. Les ateliers où l'on matelassait le tissu. Les boutonnières cousues main. Ces Juifs polonais qui habillèrent la France des Trente Glorieuses.

« Le Sentier était un laboratoire du capitalisme », analyse-t-il. Un paradoxe pour ces communistes qui critiquaient le système tout en l'enrichissant. Milton Friedman l'avait noté : aucun peuple n'a autant profité du capitalisme que les Juifs. Et personne ne l'a autant dénoncé.

L'héritage en lambeaux

Que reste-t-il aujourd'hui ? Des enseignes chinoises ont remplacé les ateliers juifs. Le savoir-faire s'est envolé. Erner se fait l'avocat du « mauvais goût » : « Il a fait vivre des milliers de familles. »

Son livre sonne comme un requiem. Pour une époque où la mode s'inventait dans les arrière-boutiques. Où les minorités se mélangeaient autour des machines à coudre. Avant que la globalisation ne balaye tout.

Les questions fusent. Pourquoi cette histoire est-elle si peu enseignée ? Qui a vraiment profité de la faillite de City ? Où sont passés les 250 millions ? Le Sentier garde ses secrets. Comme les poches doublées d'un vieux manteau.

Sources

  • Livre « Schmatès » (Flammarion, 2026)
  • Archives judiciaires de Paris, dossier City (2001)
  • Entretien France Inter, 7 avril 2026
  • Fédération française du prêt-à-porter féminin

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet