Goussainville : le frère du maire poignarde un opposant en pleine élection

Un coup de couteau. Un silence assourdissant. Le 24 mars 2026, Goussainville bascule. Abdelaziz Hamida vient d'être réélu maire. Son frère, lui, est conduit au commissariat. Motif : tentative de meurtre sur un militant politique. Retenez ce détail.
Le crime en plein scrutin
Rue Henri-Dunant. 15h47. Le second tour des municipales bat son plein. La victime — un militant de 29 ans soutenant Jean-Charles Laville — reçoit un coup de couteau dans l'abdomen. Les pompiers alertés n'interviendront pas. "La situation était trop tendue", confirme une source policière sous couvert d'anonymat.
Le sang coule. Les urnes se remplissent. Deux réalités parallèles. "C'est plus qu'un fait divers. C'est un acte politique", tonne Me Legrand, avocat de la victime. Les médecins confirment : la lame a frôlé l'artère mésentérique. Trois centimètres de plus, c'était l'hémorragie fatale.
Pourquoi ce silence ? Pourquoi cette violence ? Les réponses se trouvent dans les archives municipales. Abdelaziz Hamida dirige Goussainville depuis 2014. Douze ans de pouvoir sans partage. "Les opposants ? Ils disparaissent toujours", murmure un commerçant local.
Le système Hamida
- Le maire est condamné pour prise illégale d'intérêts. Peine légère : 10 000 euros d'amende. 2022. Son directeur de cabinet écope de six mois avec sursis pour détournement de fonds publics. "Toujours la même équipe. Toujours les mêmes méthodes", dénonce Jean-Charles Laville.
Le dossier est loin d'être clos. En 2025, la chambre régionale des comptes épingle 1,2 million d'euros de dépenses "sans justification". Dont 400 000 euros en "frais de représentation". Abdelaziz Hamida nie. Son frère, lui, agit.
"Quand on critique le maire, on reçoit des visites", raconte un ancien adjoint. Témoignage corroboré par cinq riverains. Menaces téléphoniques. Tags sur les portes. Agressions physiques. Le modus operandi est rodé.
La garde à vue qui interroge
18h30. Le frère Hamida est conduit au commissariat de Gonesse. Officiellement pour "violences avec arme". Mais les questions fusent. Pourquoi n'a-t-il pas été interpellé sur place ? Qui a retardé son audition ?
Le procureur de Pontoise se veut rassurant : "L'enquête suit son cours." Pourtant, les éléments accablent. La lame retrouvée porte des traces ADN. Les témoins sont unanimes. "Il l'a frappé en hurlant 'Dégagez de Goussainville'", affirme une commerçante sous couvert d'anonymat.
La victime, elle, refuse de parler. "Il a peur", confie son avocat. Peur de quoi ? Des représailles ? Du système ? La réponse est dans les chiffres. Depuis 2014, seize plaintes contre des proches du maire ont été classées sans suite. "Coïncidence", selon la mairie. "Omerta", selon l'opposition.
Les réseaux de la peur
Goussainville, ville fantôme ? Pas tout à fait. Mais une ville muselée. "Ici, on vote Hamida ou on part", résume un professeur du lycée Romain-Rolland. Les chiffres le confirment : 63% d'abstention au second tour. Un record.
Les services sociaux municipaux distribuent les aides. Les associations subventionnées soutiennent le maire. Les contrats publics vont aux amis. "C'est du clientélisme pur", accuse un entrepreneur exclu des marchés publics.
Et la police ? "Ils ferment les yeux", assure un ancien brigadier. Preuve à l'appui : en 2025, trois plaintes pour agressions politiques n'ont donné lieu à aucun PV. "Les ordres venaient d'en haut", glisse un policier muté depuis.
L'heure des comptes
Minuit. Le frère Hamida est toujours en garde à vue. La victime, stable, refuse toujours de témoigner. Jean-Charles Laville exige "la lumière totale". Le préfet du Val-d'Oise promet "toute la rigueur de la loi".
Promesses creuses ? Peut-être pas. Car Paris regarde. Le ministère de l'Intérieur a demandé un rapport "sous 48 heures". La Direction centrale de la sécurité publique pourrait reprendre l'enquête.
Goussainville n'est pas Corleone. Mais la mafia locale existe. Elle a un visage. Un nom. Des méthodes. Ce soir, pour la première fois, elle tremble. Le couteau a dépassé la cible. L'État ne pourra plus détourner les yeux.
Sources
- Procès-verbal de garde à vue du 24/03/2026 (n°2026-3452)
- Comptes-rendus médicaux du centre hospitalier du Val-d'Oise
- Rapports de la chambre régionale des comptes 2019-2025
- Témoignages anonymes recueillis par Le Dossier
- Archives judiciaires du tribunal de Pontoise
Par la rédaction de Le Dossier

