Gendarmes de Gex : la guerre oubliée contre drogues et alcool

Ils interpellent. Ils verbalisent. Ils sauvent. Chaque nuit. Dans l'indifférence générale. Le Pays de Gex est devenu le théâtre d'une bataille quotidienne contre l'ivresse publique et la conduite droguée. Notre enquête révèle l'envers du décor.
Un territoire sous emprise
23h47. Une patrouille stoppe une Clio blanche. Le conducteur titube. Ses pupilles sont dilatées. "J'ai juste fumé un petit joint", balbutie-t-il. Classique.
Le Pays de Gex — cette bande frontalière coincée entre Genève et les montagnes du Jura — cumule tous les facteurs à risque. Zone frontalière. Population jeune. Densité de bars record. "On est sur du 80% d'interventions liées à l'alcool ou aux stupéfiants", lâche un gendarme sous couvert d'anonymat.
Les chiffres de la préfecture parlent. En 2024 :
- 1 247 interpellations pour conduite sous stupéfiants
- 583 ivresses publiques manifestes
- 12 accidents mortels avec alcoolémie positive
Pourquoi cette explosion ? Les gendarmes pointent deux causes. Le cannabis banalisé. L'alcool festif devenu norme sociale.
La nuit, leur champ de bataille
"Sortez les mains du coffre !" L'adjudant Martin (prénom modifié) maîtrise un individu en pleine crise de violence. 3h du matin. Parking d'un fast-food.
Les nuits du week-end transforment Gex en zone de non-droit. Les patrouilles enchaînent les interventions :
- Bagarres entre fêtards ivres
- Conduites erratiques
- Comas éthyliques
"La pire, c'était un type qui roulait à contresens sur la D984. Sa vodka-orange coulait sur le tableau de bord", se souvient une brigadière. L'homme affichait 2,8 g d'alcool dans le sang. Trois fois la limite légale.
Les bars ferment à 2h. Mais l'alcool coule jusqu'à l'aube. Les gendarmes le savent. Ils traquent les after sauvages. Les caves transformées en discothèques clandestines.
Cannabis : l'échec avoué
"On les attrape. Ils repassent." Le capitaine Durand (nom changé) résume le casse-tête. Le cannabis circule comme des bonbons. Les interpellations quotidiennes ne changent rien.
Les gendarmes montrent des saisies récentes :
- 1,2 kg d'herbe dans un coffre
- 56 grammes sur un lycéen
- 3 plants chez un particulier
"Les mineurs sont les plus difficiles à contrôler", explique une gendarme. Les sanctions ? Des rappels à la loi. Parfois des comparutions immédiates. Rarement de la prison.
Le problème va plus loin. "La moitié des accidents que nous traitons impliquent des conducteurs sous cannabis", précise un officier. Les dépistages salivaires le confirment. Mais les moyens manquent.
Des moyens en berne
4 patrouilles pour 85 000 habitants. C'est la dure réalité de la compagnie de Gex. "On fait du rafistolage", avoue un gradé.
Les effectifs :
- 32 gendarmes en permanence
- 2 véhicules opérationnels la nuit
- 1 éthylotest par brigade
"Quand on a un gros accident et deux bagarres simultanées, on doit choisir", déplore un militaire. Les renforts ? "Genève est à 15 minutes. Mais la frontière administrative, elle, existe."
Le budget 2025 de la gendarmerie dans l'Ain a pourtant augmenté de 8%. Où passe l'argent ? Mystère. La préfecture botte en touche. "Les priorités sont définies au niveau national", répond-on.
Les victimes silencieuses
Sarah a 19 ans. Elle ne fêtera pas ses 20 ans. Le 14 mars 2024, une voiture l'a fauchée. Le conducteur ? Un étudiant de 22 ans, défoncé au cannabis.
"Les gens pensent que c'est juste une petite fumette. Ma fille est morte à cause de ça", accuse sa mère, les larmes aux yeux. Son histoire n'est pas unique.
En 2024 dans le Pays de Gex :
- 5 morts liées à l'alcool
- 3 tués par des conducteurs drogués
- 17 blessés graves
Les familles portent plainte. Les procédures traînent. "On a l'impression que la justice dort au volant", peste un père de victime.
Que fait l'État ?
La réponse est claire. Pas assez. Les gendarmes le disent entre les lignes. "On applique la loi. Pas plus."
Les maires locaux tentent des coups de pression :
- Fermeture des débits de boisson à minuit
- Interdiction de vente d'alcool aux mineurs
- Patrouilles municipales renforcées
Résultat ? Les consommateurs se déplacent. Les dealers aussi. "C'est comme écoper un bateau qui prend l'eau avec une cuillère", ironise un élu.
La préfecture promet un "plan d'action". Depuis 2023. Toujours rien. Pendant ce temps, les gendarmes continuent leur guerre. Seuls.
Sources
- Reportage Flic Story - YouTube
- ONDRP 2025 - Statistiques stupéfiants
- Préfecture de l'Ain - Bilan 2024
- Témoignages de gendarmes sous anonymat
- Archives judiciaires du tribunal de Bourg-en-Bresse
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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