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PolitiqueÉpisode 3/2

Ruffin : sa BD raciste qui met la gauche en ébullition

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-19
Illustration: Ruffin : sa BD raciste qui met la gauche en ébullition
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Une planche qui en dit long

Première case. Un train. Ruffin est au téléphone — un homme pressé qui se lève par civilité. Dans l’interwagon, il tombe sur un contrôleur SNCF et deux policiers. En face d’eux, une femme noire, la bouche grande ouverte, les traits déformés. Elle se vernit les ongles pendant qu’on la verbalise pour 1,20 €.

Regardez les dessins. La femme noire est caricaturée — grosse bouche, traits grossiers. Le contrôleur, lui, a de grands yeux clairs, presque suppliants. Les policiers menacent de la faire descendre. Pour 1,20 €. Voilà la France de Ruffin : celle où le racisme ordinaire n’est qu’une scène de train.

Un homme barbu, identifié comme arabe, prend sa défense. Les policiers le tutoient, le menacent aussi. Ruffin raccroche. Il demande le montant de l’amende — 11 €. Il paie. Mais les policiers jettent le ticket au visage de la femme. L’homme s’insurge. Les policiers menacent encore.

Et Ruffin, lui ? Il demande le calme. Il veut que le train reparte — il doit être à Paris. Il ne dénonce pas les violences. Il dit : « S’il vous plaît, monsieur, vous respectez la police. » À l’homme arabe, humilié. Puis au policier : « Votre rôle, c’est de rétablir l’ordre, pas d’introduire le désordre. »

Résultat : les forces de l’ordre sortent en râlant. Ruffin bombe le torse. L’homme arabe baisse la tête, joint les mains, remercie le sauveur blanc. Le train repart. La leçon de morale est servie.

Le problème ? Il ne s’attaque pas au racisme. Il le contourne.


« C’est l’impensé du discours politique de Ruffin »

Sandrine Rousseau ne mâche pas ses mots. La députée écologiste, qui partage les bancs de l’Assemblée, confie son malaise à Mediapart. « C’est l’impensé du discours politique de François Ruffin qui explose dans cette BD. »

Elle détaille : « Il défend des secteurs où se concentrent particulièrement des femmes racisées mais n’a aucune vision en terme de lutte féministe et antiraciste. » Sur la scène du train, elle cingle : « En l’occurrence, il ne cherche pas à arrêter le délit raciste qui est commis. Il pourrait se servir de son statut de député pour saisir la hiérarchie, mais non, il paye et en plus il rappelle à l’ordre l'homme qui subit le racisme. »

C’est exactement ça. Ruffin ne dénonce pas. Il pacifie. Il apaise. Il réconcilie. Une posture de droite, disent ses détracteurs. Celle du statu quo, du maintien de l’ordre.

Nadi Abomangoli, première vice-présidente de l’Assemblée nationale, abonde. Pour l’insoumise, « les rapports de domination racistes sont complètement invisibilisés. On dirait qu’il n’y a que des gens qui n’arrivent pas à se comprendre. » Elle poursuit : « Pour François Ruffin, il suffit de se parler. L’islamophobie et le racisme que vivent les personnes racisées ne sont que des incompréhensions. »

Deux poids, deux mesures ?


L’affaire Fata — une autre leçon de paternalisme

Il y a aussi l’histoire de Fata. Une femme voilée accuse un restaurateur d’Amiens de discrimination. Ruffin raconte : le pauvre restaurateur traverse une mauvaise période à cause du Covid. Sa femme est marocaine et parle à peine français. Comment pourrait-il être raciste ? Impossible. Tout ça serait un malentendu.

Depuis l’accusation, le restaurateur ne dort plus. Les accusations de Fata lui auraient détruit sa carrière. Finalement, Fata et ses amies conviennent qu’elles se sont emportées. Peut-être qu’elles ont mal compris. Tout le monde rit. Grâce à qui ? Grâce à Ruffin, bien sûr. Il a réuni tout ce petit monde dans sa permanence parlementaire pour se parler.

Merci, François. Grâce à toi, le monde va mieux.

Sauf que non. La femme voilée est présentée comme paranoïaque. Le restaurateur, lui, est victime. Ruffin renvoie dos à dos l’oppresseur et l’opprimé. Il nie l’islamophobie systémique. Il minimise.

« C’est un imaginaire de droite », résument les camarades de Contre-Attaque, cités par Le Média. « Depuis que la gauche existe, elle porte le conflit. Conflit de classe entre patron et ouvriers, conflit antipatriarcal des femmes en lutte contre l’exploitation des hommes, conflit entre colonisés et colonisateurs. Lutter contre les injustices, c’est imposer un rapport de force, mener le combat, déranger un ordre établi profondément injuste — pas dire à tout le monde de se calmer pour que le train reparte. »

Ruffin fait tout l’inverse. Pas d’analyse systémique. Pas de réponse politique. Sa seule solution, c’est lui. L’homme providentiel qui paie l’amende et rétablit la paix sociale.

Où est le projet ? Où est la gauche ?


Un passif qui pèse lourd

Ce n’est pas la première fois que l’on critique Ruffin sur ces questions. En 2017, il refuse de soutenir la famille d’Adama Traoré, mort asphyxié dans un commissariat. « Je vais pas me positionner avant d’être intimement convaincu et d’avoir fait mon travail », dit-il alors. Il demande des preuves, une enquête, un dossier.

Comparez avec l’affaire Alice Cordier. La militante d’extrême droite, encore vivante, n’a pas rendu l’âme que Ruffin publie un communiqué. Il appelle à ce que les antifas soient « sévèrement punis ». Pas besoin d’enquête, de preuves, de dossier. Il est aussitôt convaincu.

Quand c’est une femme blanche d’extrême droite qui raconte l’histoire, Ruffin fonce. Quand c’est une famille noire victime de violences policières, il temporise.

En novembre d’une année non précisée, une manifestation contre l’islamophobie est organisée. Ruffin a signé la tribune. Mais il ne vient pas. Il est à Bruxelles, « en train de manger des frites et des gaufres avec ses enfants ». Interrogé, il répond : « C’est pas mon truc. J’irai pas dimanche, je joue au foot. »

Zéro engagement. Zéro combat.

Aujourd’hui, ces ambiguïtés lui explosent à la figure. Mediapart l’a interrogé. Ruffin se défend : il conteste l’accusation de « sauveur blanc ». Il se voit plutôt en pompier qui éteint un incendie. « La planche du train, c’est la France qu’on ne veut pas, celle où les agents du service public se montrent agressifs. » « Tuer le wagon qui se déchire pour un billet à 1,20 €, c’est comme une allégorie de ce que je ne veux pas pour mon pays. »

Soit j’assiste passif au racisme, soit j’interviens avec ma modeste autorité de député. Ça ne renoue pas le dialogue mais ça permet que le train reparte.

Non, François. Ça ne déconstruit pas l’imaginaire colonial. Ça ne lutte pas contre le racisme ou le sexisme. Ça lutte contre les retards de la SNCF. C’est déjà ça, ironisent ses détracteurs.


Une campagne présidentielle en filigrane

Pourquoi cette BD maintenant ? Pourquoi ce ton ? Ruffin prépare sa campagne présidentielle. Chaque anecdote est calibrée pour nourrir son ego et huiler sa machine électorale. Il se met en scène en grand pacificateur, capable de réconcilier une France fracturée.

Mais ce qu’on voit, c’est un déni. Une tendance à renvoyer dos à dos l’oppresseur et l’opprimé. Pas d’analyse systémique, pas de réponse politique. Rien sur les transports trop chers, la privatisation, la chasse aux précaires dans les wagons. La seule solution, c’est l’intervention d’un homme providentiel. Lui.

Depuis qu’il rêve de l’Élysée, Ruffin a perdu sa boussole politique. Il flirte avec des lignes rouges, emprunte à l’extrême droite. Son créneau : les classes populaires attirées par le RN. Il essaie de les séduire en jouant un jeu dangereux.

D’autres l’ont fait avant lui. Toute une frange de la gauche européenne a adopté des positions anti-immigration, racistes. Ça finit mal. Ça renforce ce contre quoi on prétend lutter.

Ruffin est prévenu. Il continue.


La gauche se rebiffe

La polémique est violente. Sur les réseaux sociaux, les critiques pleuvent. Des députés, des militants, des intellectuels dénoncent cette BD. On accuse Ruffin de paternalisme, de racisme, de colonialisme.

Il répond, conteste, se défend. Mais les preuves sont là. Les planches parlent d’elles-mêmes. Les citations sont claires. Les témoignages de Nadi Abomangoli et Sandrine Rousseau font mal.

Le dossier reste ouvert. Ruffin doit expliquer. Pas seulement pour justifier sa BD — pour dire quel genre de gauche il veut incarner. Une gauche qui combat le racisme ou une gauche qui l’apaise ?

Le train, lui, est déjà reparti. Mais il roule sur des rails minés.


Sources

  • Mediapart — article sur la polémique autour de la BD de François Ruffin
  • Contre-Attaque — analyse de la BD et des positions de Ruffin
  • BFM TV — interview de François Ruffin
  • Le Média TV — émission Le Récap du 18 mai 2026
  • Déclarations de Nadi Abomangoli et Sandrine Rousseau à Mediapart
  • Interview de François Ruffin par Mediapart

📰Source :youtube.com

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