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France Télévisions : Les dessous d'un scandale financier et managérial

Dix ans de gestion calamiteuse, des déficits record, des salaires pharaoniques et une commission d'enquête muselée. France Télévisions, fleuron du service public, est au bord de l'implosion.

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-04
Illustration: France Télévisions : Les dessous d'un scandale financier et managérial
© Jack Downey, U.S. Office of War Information / Wikimedia Commons

Une nomination qui défiait la loi

Delphine Ernotte prend les rênes de France Télévisions en 2013. Une nomination controversée dès le départ. Pourquoi ? Elle ne remplissait aucun des critères légaux exigés par la loi de 2013 : ni expérience dans le secteur, ni compétences adéquates. « Elle a été parachutée », explique Jean-Jacques Cordival, secrétaire général du syndicat des personnels de la communication et de l’audiovisuel. Les documents officiels le confirment.

Une plainte a été déposée contre sa nomination. Elle a traîné six ans avant d’être classée sans suite. Le président de la République et des membres du CSA ont été entendus. Puis la juge d’instruction a été mutée. L’affaire enterrée. « Normalement, elle n’aurait pas dû classer l’affaire. Elle l’a fait. » Une entorse flagrante à la loi.

Des déficits qui battent tous les records

290 millions d’euros. C’est le déficit prévu pour 2025. Un chiffre qui dépasse tout ce qu’on a vu jusqu’ici. En 2024, le groupe affichait déjà 81 millions de déficit. « Une entreprise normale serait en faillite », souligne Cordival. Mais France Télévisions n’est pas une entreprise normale. C’est une entité publique de droit privé, avec les mêmes obligations qu’une entreprise classique.

En 2017, la Cour des comptes a tiré la sonnette d’alarme. Depuis, les déficits n’ont cessé de grimper. En 2023, l’État a recapitalisé l’entreprise à hauteur de 32 millions d’euros, suivi d’un prêt de 70 millions. Des sommes colossales pour une situation qui ne s’améliore pas. « Elle a fait fondre le capital social comme neige au soleil », dénonce Cordival.

Des salaires qui font grincer des dents

400 000 euros. C’est le salaire annuel de Delphine Ernotte. Une prime de 80 000 euros vient s’y ajouter. Une prime versée alors que l’entreprise est au bord du gouffre. Dans le privé, les PDG renoncent à leur rémunération en période de crise. Pas ici. « C’est totalement injustifié », s’insurge Cordival.

Les salaires des dirigeants explosent les plafonds. Les 50 plus gros salaires de France Télévisions représentent le quart des salaires des députés sur un an. « Les salariés qui touchent 3 000 euros par mois sont légion. Mais les 30 plus gros salaires oscillent entre 250 000 et 300 000 euros », révèle Cordival. Une inégalité criante.

Une commission d'enquête sous influence

Charles Loncle mène une commission d'enquête depuis plusieurs mois. Objectif : comprendre comment l’argent des Français est utilisé par France Télévisions. Mais le rapport risque de ne jamais voir le jour. Les amis d’Ernotte prévoient déjà de voter contre sa publication.

« On est dans une mascarade », dénonce Cordival. Les personnes auditionnées reçoivent les questions à l’avance. Une cellule institutionnelle — composée de trois membres de France Télévisions — prépare leurs réponses. « Ils lisent des notes, tournent des pages. Il n’y a aucune sincérité. » Une députée socialiste l’a même confirmé en commission : « À chaque commission d’enquête, on envoie les questions avant. » Une pratique révélatrice d’un système opaque.

Des artifices comptables qui masquent la réalité

Artifice comptable. C’est le terme utilisé par l’ARCOM pour décrire les pratiques de France Télévisions sous Ernotte. « Elle a maquillé les comptes », accuse Cordival. Les rapports de la Cour des comptes et de l’Inspection générale des finances le confirment. Une comptabilité analytique — promise en 2015 — n’a jamais été mise en place. « Elle continue de dire qu’elle va l’implémenter. C’est un mensonge », ajoute-t-il.

Les dépenses somptuaires sont légion. Restaurants privatisés, paniers repas pendant le Covid, événements luxueux. « On parle de millions gaspillés. C’est du luxe entretenu avec l’argent public », déplore Cordival. Une gestion calamiteuse qui aurait conduit n’importe quelle entreprise privée à la faillite.

Une impunité qui fait grincer des dents

Le scandale dépasse les clivages politiques. L’ARCOM, la Cour des comptes, l’Inspection générale des finances : tous pointent les dysfonctionnements. Pourtant, Delphine Ernotte reste en poste. Pourquoi ? Le système la protège. « Les administrateurs nommés par l’État sont coresponsables. Ils ont laissé faire », explique Cordival.

En interne, Ernotte qualifie les rapports des instances de contrôle de « bullshit ». Une tempête de merde, selon ses propres termes. « Elle mine la République avec ce genre de raisonnements », s’indigne Cordival. Une impunité organisée qui permet à une gestion défaillante de perdurer.

Les salariés, premières victimes du désastre

Les salariés trinquent. « Ils sont scandalisés par cette situation », affirme Cordival. Alors que les déficits s’accumulent, ce sont eux qui subissent les conséquences des erreurs de gestion. « Ils ont envie de travailler, mais ils en ont ras-le-bol. » Une situation intenable pour ceux qui assurent quotidiennement le service public.

France Télévisions devrait être exemplaire. Elle est au bord de l’effondrement. Les questions restent sans réponse. Pour l’instant. Mais une chose est sûre : le scandale est loin d’être terminé.


Sources :

  • ARCOM
  • Cour des comptes
  • Inspection générale des finances
  • CSA
  • Témoignage de Jean-Jacques Cordival, secrétaire général du syndicat des personnels de la communication et de l’audiovisuel
Mini-Quiz1/3

Quel est le déficit prévu pour France Télévisions en 2025 selon l'article ?

Par la rédaction de Le Dossier

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