Femmes chasseresses : la préhistoire travestie par le militantisme

Un squelette de femme, vieux de 9000 ans, découvert avec des pointes de flèches et des couteaux. L’article de Randallas et de son équipe conclut sobrement : ce cas isolé démontre qu’une femme a pu être inhumée avec des armes de chasse. Les auteurs rappellent eux-mêmes que les exceptions n’ont jamais été niées par le consensus scientifique.
L’étude Anderson : une falsification ?
Un groupe de chercheuses, mené par Anderson, décide de recoder les bases de données ethnographiques — notamment l’Atlas de Murdock, qui compile des observations sur les sociétés de chasseurs-cueilleurs. Leur conclusion : les femmes chassent dans 80 % des sociétés. L’article est qualifié de « falsification scientifique » par plusieurs experts. La couverture médiatique de cette étude a été disproportionnée par rapport aux démentis scientifiques.
Le consensus : la division sexuelle du travail
Le consensus en anthropologie est clair. Dans l’immense majorité des sociétés de chasseurs-cueilleurs observées, la chasse au gros gibier est réservée aux hommes. Les femmes cueillent, s’occupent des enfants, pratiquent des activités moins risquées. Ce consensus est basé sur de nombreuses descriptions de terrain, cartographiées par Emmanuel Todd. Des femmes qui chassent, il en existe — des exceptions, souvent liées à des statuts spéciaux (les « berdaches ») — mais elles ne contredisent pas la règle sociale. Pourquoi ?
Les contraintes biologiques pèsent. Une femme enceinte ou allaitante ne peut pas s’éloigner du camp pendant des jours, traquer du gibier, risquer sa vie. L’intervalle intergénésique chez les chasseurs-cueilleurs est d’environ quatre ans. Une femme passe une grande partie de sa vie adulte à porter ou allaiter. Les groupes qui confient les activités dangereuses aux hommes — chasse, guerre, exploration — voient leur taux de reproduction se maintenir. Ceux qui envoient les femmes au front voient leur population décliner. Ce constat est appuyé par des modélisations.
Le modèle de Pichov : la survie démographique
Nicolas Pichov, chercheur spécialiste de la modélisation, a construit des algorithmes simulant la démographie de groupes de chasseurs-cueilleurs sur 50 à 1000 générations. Ses modélisations montrent que « les groupes qui confient les risques aux hommes se débrouillent toujours mieux démographiquement que les groupes qui donnent les risques aux femmes », explique l’auteur du livre coécrit avec Pichov.
Les groupes paritaires — où hommes et femmes partagent également les risques — survivent à peine. Ceux qui confient les risques aux femmes disparaissent inexorablement, soit par extinction pure, soit par absorption dans des groupes plus robustes. « Nous sommes probablement tous les descendants de groupes humains ayant choisi une organisation sociale dans laquelle les activités dangereuses sont l’apanage des hommes », conclut le chercheur. D’autres formes d’organisation ont pu exister. Mais elles n’ont pas perduré.
Ce n’est pas du déterminisme biologique. C’est de l’arithmétique. Une femme qui meurt en chassant, c’est non seulement un individu perdu, mais aussi ses futurs enfants. La valeur reproductive d’une femme est infiniment plus grande que celle d’un homme pour la survie du groupe. Les groupes qui ont compris cela — ou qui l’ont simplement expérimenté par tâtonnements — ont survécu. Les autres ont disparu. Voilà comment la division sexuelle du risque est devenue quasi universelle. Pas par un complot patriarcal. Par une contrainte démographique implacable.
Pourquoi le mythe persiste
Le mythe des Amazones, du matriarcat originel, a une longue histoire. Il a d’abord été un mythe repoussoir : les sociétés antiques racontaient que les femmes au pouvoir menaient au chaos. Aujourd’hui, il est devenu un mythe mobilisateur pour certains mouvements féministes. L’idée qu’il a existé des sociétés où les femmes maniaient les armes, où elles étaient puissantes, réconforte. Mona Chollet a écrit un livre sur les sorcières — un récit historiquement contestable selon plusieurs intervenants.
Le chercheur interrogé pose la question : « Est-ce qu’il faut pour faire avancer le combat de l’émancipation des femmes dire la vérité ou être militant ? » Sa réponse est claire : une conviction politique fondée sur des données fausses est un mauvais calcul pour l’avenir. Le mythe peut mobiliser. Mais il expose à la réfutation. Quand les faits finiront par rattraper le récit, le combat féministe en sortira affaibli. Mieux vaut une vérité qui dérange qu’un mensonge qui rassure.
Nous sommes les descendants de ceux qui ont choisi la division des risques. Ce n’est pas une malédiction. C’est une donnée. La nier, c’est se condamner à refaire les mêmes erreurs. La vraie émancipation, pour les femmes comme pour les hommes, commence par l’acceptation de la réalité. Pas par sa réécriture.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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