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JusticeÉpisode 2/1

Jean-Marie Deangé : le député-maire qui a tué sa compagne et bénéficié d'une minute de silence à l'Assemblée

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-04-01
Illustration: Jean-Marie Deangé : le député-maire qui a tué sa compagne et bénéficié d'une minute de silence à l'Assemblée
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Quand les institutions effacent un féminicide

17 novembre 2008. Jean-Marie Deangé pénètre dans l’appartement de Karine Albert, rue des Pyramides à Thionville. À la main, un pistolet de calibre 765 — une arme non déclarée datant de la Seconde Guerre mondiale. Les voisins entendent une dispute. Vers 11h30, des coups retentissent. Karine Albert est frappée, traînée sur le balcon, puis exécutée de deux balles dans la tête. Deangé se suicide ensuite. Le député-maire venait de perdre les municipales. Karine Albert avait annoncé son départ. Et elle avait un nouveau compagnon.

Trois jours plus tard, le 20 novembre, l’Assemblée nationale observe une minute de silence en hommage à Jean-Marie Deangé. Sa victime, Karine Albert, n’est pas mentionnée. Danielle Hoffman-Rispal, présidente de séance, déclare simplement : "J'ai la tristesse de faire part du décès de notre collègue Jean-Marie Deangé de la 9e circonscription de Moselle." Les députés s’exécutent. La minute de silence salue la mémoire d’un homme qui a servi la nation. Elle occulte un féminicide.

Martine Billard, députée des Verts, réagit immédiatement. "Je suis profondément choquée par cette minute de silence", écrit-elle au président de l’Assemblée Bernard Accoyer. Pourquoi cette omission ? La seule à prendre publiquement position, elle reste isolée.

Karine Albert, une voix réduite au silence

Karine Albert avait 43 ans. Mère de deux enfants, restauratrice, elle tenait avec son mari le restaurant Les Portes de France à Thionville. En 2002, elle rencontre Jean-Marie Deangé, alors au sommet de sa carrière politique. Une relation commence. Elle durera six ans. Une relation publique, assumée. Deangé emmène même Karine Albert à la garden party de l’Élysée le 14 juillet. Il loue un appartement à son nom pour elle et ses enfants. Tout le monde sait.

En 2008, Karine Albert décide de rompre. Elle annonce à Deangé qu’elle a rencontré quelqu’un d’autre. Elle doit déménager dans moins de huit jours. Le 17 novembre, elle tente de joindre son compagnon par téléphone. Deux fois. En vain. Elle laisse des messages. Des suppliques. "Elle était en état de terreur", rapporte le procureur. À 11h30, Deangé entre dans l’appartement. Une heure plus tard, Karine Albert est morte.

Les obsèques de Karine Albert sont célébrées dans la plus stricte intimité. Sa mère déclare : "Nous voulons qu’elle parte gentiment, entourée des siens et de ses amis." Aucun média ne décrit la femme qu’elle était. Il faudra attendre 2021 et le livre de Sophie Loubière pour que son histoire trouve un écho.

Jean-Marie Deangé, une chute sans frein

Né le 23 juillet 1943 à Toulouse, Jean-Marie Deangé est médecin, spécialisé en angiologie. En 1965, toute la famille retourne en Moselle. Son père, Maurice Deangé, est élu maire de Mzière-les-Mess. "Papa m’a dit", surnom qu’on donne à Jean-Marie tant il se réfère à son père. En 1985, il est élu conseiller général de Moselle. En 1989, il tente de devenir maire de Thionville. Il échoue. Il réessaye en 1995. Cette fois, il gagne. Et devient maire de Thionville pendant treize ans.

Mais Jean-Marie Deangé est un homme difficile. Autoritaire. Instable. "Il ne supporte aucune contradiction", raconte un ancien collaborateur. "Il traite l’opposition avec le plus grand mépris." Dans les couloirs de la mairie, on le surnomme "Telle est ma volonté". Il se fait aménager un duplexe dans l’hôtel de ville. Il s’autoprescrit des médicaments. Il boit de plus en plus. Il enchaîne les accrochages avec sa voiture de fonction. Il fait des crises de colère. Des malaises inquiétants.

En mars 2008, il perd les municipales. Face à Bertrand Mertz, son adversaire socialiste. Il prend 51,5 % des voix. La défaite est cuisante. Jean-Marie Deangé sombre. Il ordonne à ses équipes de détruire toutes les archives de ses mandats. Douze années de dossiers partent à la broyeuse. Il se terre chez lui. Avale des antidépresseurs. Ses anciens collaborateurs le trouvent "complètement hagard". Il appelle en pleine nuit. Posant des questions étranges. Comme : "Si je fonce en voiture dans un mur, crois-tu que l’airbag s’ouvrira ?"

L’impunité jusqu’au bout

Le 17 novembre 2008, Jean-Marie Deangé assassine Karine Albert. Puis il se suicide. Le procureur de Thionville évoque un "drame passionnel". Une formule qui, en 2008, ne choque personne. Aujourd’hui, elle est intolérable. Le procureur explique que Deangé avait une arme. Une arme qui peut témoigner d’une intention homicide, mais aussi d’une tentative pour menacer Karine Albert. Pour la faire changer d’avis. Pour qu’elle ne quitte pas l’appartement. Pour qu’elle ne quitte pas Jean-Marie Deangé.

Le 20 novembre, l’Assemblée nationale observe une minute de silence en hommage à Jean-Marie Deangé. Sa victime, Karine Albert, n’est pas mentionnée. Martine Billard, députée des Verts, est la seule à s’indigner. Elle écrit au président de l’Assemblée : "Je suis profondément choquée par cette minute de silence." Elle est ignorée.

La mort de Jean-Marie Deangé scelle l’extinction de l’action judiciaire. Pas de procès. Pas de poursuite. On ne saura jamais les raisons profondes de son geste. Ce que l’on sait, c’est que Jean-Marie Deangé était devenu incontrôlable. Le cumul de ses échecs personnels et professionnels l’a entraîné dans cette folie meurtrière. Un système l’a protégé jusqu’au bout. Ce système a un nom : l’impunité.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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