CIA : la cellule secrète qui doit mettre Cuba à genoux

Soixante ans d’embargo. Des décennies de tentatives de déstabilisation. Et Cuba tient toujours. Fatigué, exsangue, mais debout. Assez pour que la CIA change de méthode.
Le New York Times révèle l’existence d’une cellule secrète au sein de l’agence. Sa mission ? Créer des fissures dans l’élite politique cubaine. Pousser les dirigeants hostiles aux États-Unis à céder leur place. L’administration Trump ne fait pas dans la dentelle.
Un objectif clair : la transition contrôlée
L’affaire commence ici. Le patron de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu à La Havane en mai 2025. Officiellement, une visite de routine. Officieusement, un ultimatum déguisé.
Ratcliffe aurait expliqué aux hauts responsables cubains que les États-Unis pourraient envisager une coopération économique et sécuritaire. À une condition : que l’île opère des changements fondamentaux et cesse d’être, selon la formule américaine, un refuge pour les adversaires des États-Unis.
Traduction : lâchez les Vénézuéliens, rompez avec l’Iran, ouvrez votre économie. Ou nous nous en chargeons.
Le signal est clair. Depuis juillet 2025, le président cubain Miguel Díaz-Canel est sous sanctions américaines. En janvier 2026, les États-Unis ont capturé Nicolás Maduro, l’allié historique de Cuba qui fournissait l’essentiel de son pétrole à l’île. Les livraisons se sont arrêtées net. Résultat : une crise énergétique sans précédent. Coupures d’électricité régulières, parfois plusieurs jours. Accès à l’eau potable compromis. Pénuries alimentaires.
Trois pannes générales en un mois. La mécanique est rodée. Asphyxie économique, puis pression politique. Le scénario vénézuélien sert de modèle : après la capture de Maduro, Delcy Rodríguez, son ancienne proche, a pris les rênes du pays par intérim. Une transition contrôlée par Washington.
Même schéma à Cuba ?
Selon le New York Times, la cellule secrète recrute déjà des officiers chargés de gérer des sources sur le terrain, des analystes du renseignement et des spécialistes des cyberopérations. Objectif : repérer des financements cachés au sein du pouvoir cubain, les révéler au grand jour, fragiliser certains dirigeants, influencer l’opinion publique.
Pas de balles. Des fuites.
Retour aux vieilles méthodes
Pour qui connaît l’histoire, ce scénario a un parfum de déjà-vu. Pendant la guerre froide, la CIA avait déjà créé une cellule spéciale dédiée à Cuba. C’est elle qui avait supervisé le débarquement raté de la baie des Cochons en 1961. Des exilés cubains soutenus par les États-Unis avaient tenté de renverser Fidel Castro. L’opération avait échoué en quelques jours.
Humiliation cuisante pour Kennedy. Leçons apprises.
Cette fois, l’administration Trump semble vouloir éviter l’erreur. Pas d’invasion. Pas de débarquement. Pas d’opérations mortelles — du moins pour l’instant. La nouvelle cellule travaille dans l’ombre. Ses armes sont numériques, financières, psychologiques. Créer des fissures, disait le New York Times. Pas les agrandir à coups de bombes.
Mais la nuance est mince.
L’administration Trump a classé Cuba en priorité numéro 1 au sein des services de renseignement. Au même niveau que la Chine, l’Iran ou la Russie. Les satellites américains ont été redéployés pour mieux surveiller le territoire. Des moyens colossaux pour une île de moins de 10 millions d’habitants, située à 150 kilomètres des côtes de Floride.
Cuba est devenue l’obsession numéro un de Washington.
Pourquoi maintenant ? La fenêtre d’opportunité
La question mérite d’être posée. Pourquoi les États-Unis intensifient-ils soudainement leur pression sur Cuba ? La réponse tient en un mot : l’effondrement.
Depuis la capture de Maduro, Cuba a perdu son principal fournisseur de pétrole. Le Venezuela livrait environ 60 000 barils par jour à des conditions préférentielles. Plus rien. Les centrales électriques tournent au ralenti. Les usines ferment. Les files d’attente s’allongent devant les magasins d’État.
Certains experts, cités dans l’enquête, estiment que la crise est aussi aggravée par des choix économiques internes. Mauvaises gestions, bureaucratie, absence d’investissements — les symptômes classiques du modèle cubain. Mais l’embargo américain, lui, ne disparaît pas de l’équation. L’ONU réclame régulièrement sa levée, le juge contraire au droit international. Rien n’y fait.
Le résultat, c’est un pays au bord du gouffre. Et Washington veut être là pour le rattraper — ou l’achever.
Donald Trump l’a dit lui-même : Cuba est sur le point de s’effondrer. Il pourrait s’en occuper une fois le dossier iranien terminé. Une phrase qui en dit long sur la hiérarchie des priorités.
La réaction cubaine : entre dénonciation et impuissance
Le vice-ministre cubain des Affaires étrangères a dénoncé ce projet. Cuba est depuis longtemps la cible d’actions d’espionnage, de subversion et de déstabilisation menées par la CIA, a-t-il estimé. Rien de nouveau sous le soleil caraïbe.
Miguel Díaz-Canel, lui, a parlé de "politique génocidaire" des États-Unis, accusant Washington de vouloir s’approprier l’île. Des experts indépendants de l’ONU ont alerté sur les conséquences des sanctions américaines pour les droits à la santé, à la vie, à la nourriture et au développement. Ils appellent la communauté internationale à agir rapidement pour éviter une crise majeure.
Mais qui écoute ?
La communauté internationale a d’autres chats à fouetter. Gaza, Ukraine, tensions en Asie. Cuba, c’est l’angle mort des grandes puissances. Personne n’ira se battre pour un régime communiste moribond, même si les intentions américaines sont contestables.
Le précédent de la guerre froide : une leçon ?
Il faut regarder l’histoire en face. La CIA n’a jamais réussi à déstabiliser Cuba par des moyens clandestins. L’opération Mongoose (1961-1965) impliquait des actions de sabotage et de subversion massives. Elle n’a pas ébranlé le régime castriste. Les tentatives d’assassinat contre Fidel Castro — plus de 600 selon certains historiens — ont toutes échoué.
L’embargo, imposé en 1962, n’a pas non plus fait plier La Havane. Il a au contraire servi de ciment au discours nationaliste cubain. L’île s’est construite contre l’impérialisme américain. Soixante ans plus tard, ce réflexe est toujours vivant.
Alors pourquoi cette nouvelle cellule serait-elle plus efficace ?
Peut-être parce que le contexte a changé. Cuba n’est plus soutenue par une superpuissance. L’URSS a disparu. Le Venezuela est sous contrôle américain. La Chine regarde ailleurs, plus intéressée par les routes de la soie que par une île caribéenne exsangüe. L’Iran est sous pression.
Le rapport de force est plus déséquilibré que jamais. Mais la résilience d’un régime ne se mesure pas seulement à ses soutiens extérieurs. Elle tient aussi à sa capacité à contrôler sa population, à verrouiller l’information, à réprimer la dissidence. Et sur ce terrain, le régime cubain reste un spécialiste. Les manifestations de juillet 2021, bien que massives, ont été étouffées en quelques jours.
Et maintenant ?
La question centrale reste sans réponse : cette cellule secrète peut-elle vraiment provoquer un changement de régime ? Aucune source ne confirme pour l’instant une possible intervention militaire américaine. Mais certains observateurs soulignent que, historiquement, le renforcement des services de renseignement a parfois précédé ce type d’opération.
On suivra ça.
Ce qui est certain, c’est que Cuba vit l’un des moments les plus critiques de son histoire récente. Crise énergétique, isolement diplomatique, pression américaine maximale. Le régime tient, mais pour combien de temps ?
Les satellites américains surveillent. Les agents recrutent. Les fuites se préparent.
Et pendant ce temps, les Cubains font la queue pour du pain et de l’eau. La géopolitique, parfois, a un goût très concret.
À suivre.
Cet article fait partie du dossier 'Multinationales vs États : la justice secrète qui coûte des milliards'. Les épisodes précédents sont disponibles sur Le Dossier.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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