Masculinisme : comment les influenceurs recrutent les adolescents français

Une menace, un nom, un système
Selon des lycéens interrogés dans une enquête vidéo, le masculinisme « promeut l'homme en rabaissant la femme ». La veille du 7 mars — jour de manifestation pour les droits des femmes — un autre commentaire annonçait : « Je vais faire une autre Elliot Rodger ». Elliot Rodger, c'est le tueur de masse californien qui a assassiné six personnes en 2014, laissant un manifeste misogyne.
Qui sont ces hommes qui inspirent la terreur ? L'enquête vidéo met en lumière un nom : Alexis Chens. Il se présente comme coach en séduction. « Elles savent qu'on rigole pas », lance-t-il. « Moi, je suis le type d'homme, je rigole pas. » Il tient des propos sur les femmes : « Une femme qui s'ouvre trop au monde qui l'entoure, c'est une femme qui pourra aussi ouvrir autre chose au monde qui l'entoure. »
Des adolescents le connaissent. « Alexis Chens, ouais, je connais. C'est un influenceur masculiniste », répond un lycéen. Un autre renchérit : « Il dit des choses qui peuvent choquer. Ça marche quoi. » Certains adhèrent : « Je pense vraiment que les hommes sur certains points ils sont supérieurs aux femmes. Ça c'est logique, on peut pas nier. » Le chercheur Alexandre Ludry, spécialiste du masculinisme, confirme : « La plupart du temps, quand on voit ces contenus, on sait pas forcément que c'est masculiniste. »
Les quatre visages de la manosphère
Alexandre Ludry distingue quatre catégories dans cet écosystème. D'abord, les pickup artists — les coachs en séduction. « C'est un groupe qui peut prêter à sourire, mais il est extrêmement dangereux », prévient-il. « C'est à eux qu'on doit malheureusement l'idée qu'un non chez une femme veut dire un oui. » Ensuite, les MGTOW (Men Going Their Own Way). Ils prônent un retour à l'essentialisme masculin : « S'émanciper de la présence féminine, tolérée qu'à des fins de jouissance sexuelle. »
Troisième catégorie : les men's rights activists. Plus âgés, ils militent pour les droits des hommes. Enfin, les incels — « involontairement célibataires ». Leur figure de proue est Elliot Rodger. « Les incels estiment que c'est uniquement par le biais du sexuel qu'ils peuvent obtenir une reconnaissance de leur père pour devenir un homme », explique Ludry. Ces quatre groupes partagent une même idéologie réactionnaire : « Promouvoir les droits des hommes au détriment de ceux des femmes. »
Leurs contenus sont partout. « Sur TikTok ou Instagram, c'est clairement le cœur de cible », affirme le chercheur. « On est entre 14 et 16, 17 ans. » Les algorithmes amplifient le phénomène : « Si vous avez une fixité visuelle, l'algorithme va vous en proposer une autre, soit de lui, soit sur des contenus analogues. » Un mécanisme de radicalisation comparable à celui des extrémismes religieux.
Des ados pris dans l'étau
L'idée d'interroger des lycéens vient d'Alexandre Ludry. Interrogés sur le « body count » — le nombre de partenaires sexuels —, des adolescents reprennent les arguments des influenceurs. « Une femme qui a beaucoup de body count, c'est une fille qui est facile », lance un garçon. Une fille témoigne : « On disait à mes copines que c'était des grosses parce qu'elles avaient couché avec plusieurs hommes. »
Les jeunes sont « pris en étau », selon Ludry. D'un côté, une représentation traditionnelle de la masculinité offensive — « un homme c'est un coureur de jupons ». De l'autre, une idéologie déconstruite qui leur est présentée comme une menace. « Le masculinisme donne un prêt-à-penser tout fait », explique-t-il. « Ça correspond à leurs enjeux psychiques : comment on devient un homme, comment on se construit. » Le résultat ? « Je suis très inquiet, parce que j'observe un basculement sur l'idéologie masculiniste des adolescents. »
Quand les mots deviennent des actes
Le Groupe d'action féministe (GAF) est l'une des rares associations à témoigner à visage découvert. Les autres ont refusé, par crainte de représailles. « Il y a eu des tueries, des meurtres au nom du masculinisme, aux États-Unis mais aussi en France », affirme une représentante. « Donc oui, le masculinisme tue, là où justement le féminisme ne tue pas. On voit bien que ce n'est pas du tout l'équivalent. »
La veille du 7 mars, un commentaire menaçait : « Je vais faire une autre Elliot Rodger » visant une manifestation féministe.
Le Sénat ouvre le dossier
Face à cette montée, les institutions commencent à réagir. Le Sénat français mène des travaux parlementaires sur le masculinisme. Une prise de conscience institutionnelle, selon les termes de l'enquête vidéo.
Le Groupe d'action féministe déclare : « Le masculinisme tue. »
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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