Taxe à 20% sur Ormuz : Trump marchande le détroit, l'Europe encaisse
Un nouveau surnom pour Trump : « l'ange gardien du détroit d'Ormuz »
C'est lui-même qui l'a proposé, lundi, en justifiant sa taxe de 20 % sur le fret maritime. Une idée déjà évoquée en juin — et déjà jugée saugrenue par les experts. « Il parle le même langage que les Gardiens de la Révolution », constate Sylvain Amara, journaliste spécialiste du Moyen-Orient, invité de C dans l'air.
Le parallèle ? Saisissant. Les Gardiens de la Révolution iraniens extorquent un droit de passage illégal. Trump, lui, veut le légaliser — mais au profit des États-Unis. « Il a voulu rétablir la libre circulation, n'y arrivant pas, et aujourd'hui il dit qu'il va taxer », résume Amara. Seulement voilà : c'est Trump qui a lancé les frappes massives après l'échec des négociations. Quand on casse quelque chose, on ne fait pas payer les autres pour la réparation.
Le général Patrick Dutartre, ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères, relativise : « Je préfère avoir des anges gardiens que les Gardiens de la Révolution, quitte à avoir des gardiens. » Mais il admet ne plus prendre les déclarations de Trump « à la lettre ». L'administration américaine elle-même est divisée. Marco Rubio, secrétaire d'État, défend la liberté de navigation et le droit international. Trump veut en faire une affaire.
480 mille milliards ? Non. Le budget militaire annuel des États-Unis est de 1 000 milliards de dollars. Le contribuable américain paie déjà la sécurité du Golfe. Trump veut maintenant faire payer le reste du monde. Une logique de péage — qui n'a rien à voir avec le droit de la mer.
Des frappes records, un détroit impossible à tenir
Selon Caroline Roux, les frappes américaines de ce week-end sont « les plus massives depuis la trêve d'avril ». La bande côtière iranienne est ravagée. Mais le détroit reste bloqué. Pourquoi ? Parce que le contrôler militairement est quasi impossible.
Le chenal fait 30 kilomètres de large. Les Iraniens peuvent tirer des missiles et des drones depuis leur territoire. « Vous pouvez prendre le contrôle, vous ne pouvez pas le tenir », explique Gilles Fenwick, éditorialiste. Les navires doivent choisir entre le risque iranien et le risque américain. « On est passés d'un problème à deux problèmes », résume-t-il.
Les assureurs, eux, refusent de couvrir les traversées. Sans assurance, aucun armateur n'envoie ses bateaux. « Le flux est très réduit », confirme David Rigoulet-Roze, chercheur à l'IFAS. Seuls les « amis de l'Iran » passent encore. La Chine, notamment, bénéficie d'un traitement de faveur de Téhéran — mais pas des États-Unis. Trump a d'ailleurs frappé un axe stratégique dans le Golestan, un message indirect à Pékin.
Le pétrole flambe : le Brent a gagné 5 % depuis vendredi. L'Europe, dépendante du brut du Golfe, est la première victime. « On évoque le fait qu'il risque d'y avoir une pénurie de kérosène d'ici un mois pour les Européens », note David Rigoulet-Roze. La France et ses voisins paient la facture d'une guerre qu'ils n'ont pas déclenchée.
L'origine de l'escalade ? Un protocole d'accord signé à Versailles
Il y a quelques semaines. L'article 5 de ce texte confie aux Iraniens « la responsabilité des arrangements avec leurs meilleurs efforts pour assurer la libre circulation dans le détroit ». Les Iraniens ont immédiatement interprété cela comme un feu vert pour contrôler le passage.
« Donald Trump était si pressé de parvenir à un accord qu'il a signé un texte très flou », analyse Sylvain Amara. Les pays du Golfe avaient prévenu : « Vous ne réalisez pas que vous donnez les clés aux Iraniens. » Aujourd'hui, Téhéran brandit l'article 5 pour justifier ses attaques contre les navires qui tentent de franchir le détroit sans autorisation.
Le protocole, censé mettre fin à la guerre, a ouvert une boîte de Pandore. « Personne n'y a cru dès le début », rappelle Gilles Fenwick. Trump pensait qu'en promettant des centaines de milliards de dollars de levée de sanctions, les Iraniens deviendraient coopératifs. Raté. Le régime iranien a pris l'argent, mais n'a rien cédé sur le nucléaire, ni sur le détroit.
La preuve de cet échec ? Les funérailles du Guide suprême Ali Khamenei, récemment décédé. À Téhéran, le président Massoud Pezeshkian et le négociateur Abbas Araghchi ont été hués par la foule. Ils ont dû être exfiltrés. « La faction dure des Gardiens estime avoir gagné la guerre et refuse toute négociation », explique David Rigoulet-Roze. Le compromis est vu comme une trahison.
Téhéran déchiré — les faucons prêts à tout
Deux camps s'affrontent. D'un côté, les « modérés » autour du président Pezeshkian, prêts à négocier une levée des sanctions. De l'autre, les ultra-conservateurs des Gardiens de la révolution, qui misent sur l'impasse militaire. « Ils considèrent que Trump est un homme à qui on ne peut pas faire confiance », rapporte Sylvain Amara. Leur
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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