Manon Relandeau : le chauffeur de taxi qui gardait les clés de son exploitation libéré

Un trousseau qui pèse lourd
Le 27 mars 2026, Manon Relandeau quitte son domicile de Saint-Étienne-de-Montluc, en Loire-Atlantique. Plus aucun signe de vie. L’enquête démarre. Les gendarmes ratissent la campagne, les bois, les fermes. Rien. Puis, le 2 avril, un taxi prend en charge Abdelkarim B. et sa fille à un point de rendez-vous. Direction : l’aéroport de Nantes. Le conjoint s’envole avec le bébé. Le chauffeur, lui, rentre chez lui.
Sauf que les enquêteurs retrouvent sur lui quelque chose d’inattendu : les clés de l’exploitation agricole de Manon Relandeau. Pourquoi un chauffeur de taxi — qui prétend n’avoir eu qu’une relation professionnelle avec Abdelkarim B. — possède-t-il les clés de la ferme de la disparue ? La question est posée. Elle reste sans réponse.
Le parquet ouvre une information judiciaire. Le chauffeur — un homme d’une quarantaine d’années — est mis en examen pour « contacts avec une personne mise en cause dans une disparition inquiétante » et « recel de bien provenant d’une infraction ». Il est placé en détention provisoire. Son avocat, Me Théo Barrière, annonce immédiatement qu’il conteste tout.
« Mon client ne connaissait pas Abdelkarim B. avant la disparition », affirme-t-il au Parisien. « Les contacts étaient strictement professionnels. » Mais les clés ? L’avocat ne les mentionne pas. Silence.
La course vers l’aéroport — et ses zones grises
C’est là que ça devient trouble. Le 2 avril 2026 — cinq jours après la disparition — le taxi prend en charge Abdelkarim B. et sa fille de quinze mois. Direction l’aéroport de Nantes. Le conjoint quitte le territoire. Le bébé aussi. Pourquoi ce départ précipité ? Que savait-il ? Où est-il aujourd’hui ?
Le chauffeur, lui, reste. Il est interpellé quelques jours plus tard. Les enquêteurs fouillent son véhicule. Ils trouvent les clés de l’exploitation. Ils vérifient ses relevés téléphoniques — des appels entre lui et Abdelkarim B. apparaissent. L’avocat les qualifie de « professionnels ». Mais la justice n’a pas gobé cette version : le taxi a été mis en examen et placé en détention.
Pourtant, le 8 mai, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes décide de le remettre en liberté sous contrôle judiciaire. Pourquoi ce revirement ? Quels éléments ont convaincu les juges ? Le dossier est secret. Mais une certitude demeure : le chauffeur a été libéré avant même que la localisation de Manon Relandeau soit connue.
La suite ? Édifiante. Le chauffeur, par la voix de son avocat, se dit « heureux de retrouver sa famille » mais « attristé de la situation de la famille Relandeau ». Il promet de « collaborer autant que faire se peut » avec la justice. Une déclaration lisse, calibrée. Mais les clés, elles, ne parlent pas.
La défense : une ligne ténue
Me Théo Barrière est un avocat rennais habitué des affaires criminelles. Il défend son client avec une ligne claire : le chauffeur est un simple prestataire de services, pris dans un engrenage qui le dépasse. « Il n’a jamais eu de lien personnel avec Abdelkarim B. », répète-t-il. « Il a simplement effectué une course, comme des centaines d’autres. »
Les faits sont têtus. Le taxi connaissait le lieu de rendez-vous. Il savait qui il devait prendre en charge. Il avait les clés de l’exploitation de la disparue. Et il a conduit le conjoint et le bébé vers un avion — vers une fuite. Un simple professionnel qui, par hasard, se retrouve avec les clés de la ferme d’une femme portée disparue ? Vraiment ?
L’avocat ne donne pas d’explication sur les clés. Il ne nie pas leur présence. Il esquive. « Mon client se dit innocent des faits qu’on lui reproche », assure-t-il. Être innocent n’est pas la même chose qu’être transparent. Le chauffeur a-t-il expliqué comment ces clés sont arrivées dans sa poche ? Le parquet n’a pas communiqué sur ce point.
Ce qui est certain : la défense a réussi à convaincre la chambre de l’instruction. Les juges ont accepté de libérer le suspect. Sous conditions, certes — contrôle judiciaire, probablement interdiction de quitter le territoire, obligation de pointer — mais libre. Pour combien de temps ?
Libéré, mais pas lavé de tout soupçon
Le chauffeur de taxi est sorti de la maison d’arrêt le 8 mai 2026. Il doit respecter des obligations fixées par la chambre de l’instruction. Lesquelles ? Le parquet n’a pas détaillé. On peut imaginer : interdiction d’entrer en contact avec Abdelkarim B., obligation de se présenter régulièrement aux autorités, peut-être un bracelet électronique.
Reste que cette libération intervient alors que l’enquête est loin d’être close. Manon Relandeau n’a toujours pas été retrouvée. La gendarmerie nationale a rediffusé son appel à témoins le 30 avril, plus d’un mois après la disparition (Ouest-France). Une adresse mail spécifique a été créée. Les drones ont survolé la région. L’IRCGN — l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale — a été mobilisé.
Pourquoi libérer un suspect clé alors que les recherches se poursuivent ? La justice estime-t-elle que le chauffeur n’est plus une menace ? Ou les preuves contre lui sont-elles trop fragiles pour justifier une détention prolongée ? Les deux options sont possibles. Une seule est confortable pour l’accusation.
Le chauffeur, lui, a regagné son domicile. Il a retrouvé sa famille. Il a promis de collaborer. Une promesse en l’air ? Les enquêteurs vont surveiller ses moindres faits et gestes. Car si les clés étaient dans sa poche, c’est peut-être qu’il a ouvert une porte. Une porte que personne n’a encore franchie.
L’enquête continue — les questions qui restent
Le dossier Manon Relandeau comporte encore de nombreuses inconnues. Où est Abdelkarim B. ? A-t-il été interrogé par les autorités du pays où il s’est rendu ? Le bébé est-il avec lui ? Que savait-il avant de prendre l’avion ? Et surtout : qu’est-il arrivé à Manon ?
Le chauffeur de taxi n’est pas le principal suspect dans la disparition. Mais il est un maillon. Un maillon qui a permis au conjoint de fuir. Un maillon qui détenait les clés de la ferme. Un maillon que la justice vient de desserrer.
Les proches de Manon Relandeau, eux, attendent toujours des réponses. Ils ont vu le chauffeur libéré. Ils ont vu le conjoint partir. Ils n’ont vu personne être inquiété pour la disparition elle-même. L’enquête continue, disent les gendarmes. Mais le temps passe. Les pistes se refroidissent.
L’appel à témoins reste ouvert. La gendarmerie demande à toute personne ayant vu Manon Relandeau le 27 mars ou dans les jours précédents, ou ayant des informations sur le taxi et son chauffeur, de se manifester. L’adresse mail est diffusée sur les réseaux sociaux. Les médias locaux relaient. Les témoignages se font rares.
La libération du chauffeur est une décision judiciaire. Elle ne signifie pas son innocence. Elle signifie que la détention provisoire n’était plus justifiée aux yeux des juges. C’est tout. Mais dans une affaire où le corps de la victime n’a pas été retrouvé, où le conjoint a fui, où un taxi détenait les clés de l’exploitation, cette décision ressemble à un signal. Un signal que la machine judiciaire tourne, mais lentement. Trop lentement pour une famille qui veut savoir.
Sources
- Le Parisien – Manon Aublanc avec AFP, 8 mai 2026 : « Disparition de Manon Relandeau : soupçonné d’avoir conduit Abdelkarim B. à l’aéroport, le chauffeur de taxi libéré sous contrôle judiciaire »
- Ouest-France – 30 avril 2026 : « Disparition de Manon Relandeau : la gendarmerie rediffuse son appel à témoins, une adresse mail créée »
- Audience de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Rennes – 8 mai 2026 (décision de mise en liberté sous contrôle judiciaire)
- Déclarations de Me Théo Barrière, avocat du chauffeur de taxi, reprises par Le Parisien et AFP
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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