Détroit d'Ormuz, Sahara : le grand écart diplomatique de la France

Accroche
Le ciel du golfe Persique s'embrase pour la cinquième nuit consécutive. Les États-Unis ont frappé des sites militaires iraniens à l'entrée du détroit d'Ormuz — selon les images publiées sur X par le CENTCOM. Donald Trump menace désormais de bombarder des centrales électriques et des ponts iraniens. « Nous allons détruire toutes leurs centrales électriques, nous allons détruire leurs ponts, à moins qu'ils ne s'assoient à la table des négociations », a-t-il averti, d'après le compte rendu de France 24.
Téhéran ne cède pas. Les gardiens de la révolution ont annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz « jusqu'à la fin de l'agression américaine ». Et préviennent : d'autres voies d'exportation de gaz et de pétrole seront verrouillées si nécessaire. L'Iran rejette la responsabilité de la rupture du cessez-le-feu sur Washington, affirmant que le protocole d'accord intérimaire signé le 17 juin — qui prévoyait notamment un cessez-le-feu au Liban — n'a jamais été appliqué par les Américains.
Pendant ce temps, à Rabat, Sébastien Lecornu pose le pied sur le tarmac marocain pour l'un de ses premiers déplacements à l'étranger comme Premier ministre. Il est accompagné d'une douzaine de ministres. Son agenda : consolider le « nouveau cycle des relations » entre Paris et Rabat, préparer la visite du roi Mohammed VI en France et signer un traité de partenariat d'exception.
Deux théâtres. Une même question : la France peut-elle encore concilier ses alliances occidentales, ses partenariats historiques au Maghreb et les crises énergétiques mondiales ?
Regardons les faits.
Les faits
Frappes, menaces et blocus
L'administration Trump a lancé 90 minutes de bombardements sur des cibles iraniennes proches du détroit d'Ormuz, d'après France 24. Le Commandement central américain (CENTCOM) a officialisé la reprise du blocus des ports iraniens, via une image diffusée sur le réseau social X. Les frappes ont été menées à l'aide d'avions de chasse, de drones et de navires de guerre.
Donald Trump, selon la même source, menace désormais de s'en prendre aux infrastructures civiles iraniennes : centrales électriques, puis ponts. « C'est une escalade », commente Antoine Mariotti, chroniqueur international à France 24, dans l'émission du soir. Il rappelle que le président américain avait promis de ne pas engager de guerre longue, mais que les frappes se poursuivent depuis cinq jours.
Téhéran a répliqué en fermant le détroit d'Ormuz. Dans un communiqué, les gardiens de la révolution précisent que la voie maritime restera fermée « tant que l'agression américaine continuera ». L'Iran menace également de verrouiller d'autres voies d'exportation, sans préciser lesquelles. Selon Marie Roger Biloa, directrice de MRB Production, invitée sur le plateau, « il suffirait que les Iraniens agissent de temps en temps pour dissuader les navires de s'aventurer dans la zone ».
Le blocage du détroit — par où transite environ 20 % du pétrole mondial — a des conséquences immédiates sur les prix de l'énergie. Antoine Mariotti rappelle que Donald Trump lui-même a reconnu à Évian que cet indicateur est celui qu'il regarde en priorité.
L'accord intérimaire de juin : un échec ?
Le 17 juin 2026, un protocole d'accord avait été signé à Islamabad entre les États-Unis et l'Iran. Il prévoyait un cessez-le-feu immédiat, notamment au Liban, et une période de 60 jours pour négocier un accord définitif. Mais, selon les sources croisées de France 24, le texte n'a jamais été appliqué. « Il y avait des dispositions concernant le dégel des fonds iraniens, rien n'a été fait », précise Antoine Mariotti. L'Iran, de son côté, considère que les États-Unis ont rompu l'accord unilatéralement, comme en 2018 lorsque Donald Trump s'est retiré du JCPoA.
Un plan en 12 ou 14 points de « reddition totale » aurait été demandé par Trump. Téhéran n'a accepté aucun de ces points, selon le chroniqueur de France 24.
Sébastien Lecornu au Maroc : une visite stratégique
Le Premier ministre français est arrivé mercredi soir à Rabat, accompagné de douze ministres. Il doit rencontrer jeudi son homologue marocain Aziz Akhannouch pour un entretien bilatéral. L'objectif affiché : consolider le rapprochement initié depuis l'été 2024, quand Emmanuel Macron a reconnu la souveraineté du royaume sur le Sahara occidental.
Cette position a été réaffirmée en octobre 2024 devant le Parlement marocain. Jean-Noël Barrot, alors ministre des Affaires étrangères, avait déclaré : « Pour la France, le présent et l'avenir de ce territoire s'inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine. »
La visite de Lecornu doit préparer celle du roi Mohammed VI en France, prévue à l'automne 2026. Un traité de « partenariat d'exception » entre Paris et Rabat devrait être signé à cette occasion.
Selon le média marocain Le Desk, un méga-projet de connexion sous-marine entre les réseaux électriques français et marocains figure au cœur des discussions. De nouveaux investissements dans les domaines de l'armement et du nucléaire civil sont également attendus.
Le contexte
Relations franco-marocaines : retour à la case départ
Les relations entre Paris et Rabat ont connu trois années de tensions, notamment nourries par des soupçons d'espionnage marocain visant des responsables français — y compris le président Macron — et par une crise des visas. Aujourd'hui, ces différends semblent enterrés.
« Les Français savent pertinemment que les Marocains les espionnent, comme tous les autres pays du monde », observe Marie Roger Biloa dans l'émission de France 24, ajoutant que les services de renseignement en sont conscients et que « tout le monde se parle ». La normalisation est en marche : coopération sécuritaire, migratoire et judiciaire ont repris.
Le Maroc s'est imposé comme un hub pour les investissements français vers l'Afrique subsaharienne. Ses banques sont présentes dans plus de 20 pays d'Afrique de l'Ouest. Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, qui traverserait une douzaine de pays, est l'un des plus ambitieux du continent. Rabat a également su entretenir des relations avec les États sahéliens qui ont chassé la France (Mali, Burkina Faso, Niger), accueillant leurs ministres des Affaires étrangères.
Le dossier algérien : l'équilibre impossible
Le réchauffement des relations franco-algériennes, fragile ces derniers mois, est menacé par ce réalignement. « On ne peut pas être ami avec les deux en même temps », résume Marie Roger Biloa. La France a tranché en faveur du Maroc sur le Sahara occidental, un territoire que l'Algérie soutenait historiquement. Alger « grince des dents », selon l'experte.
Pourtant, Paris essaie de maintenir un dialogue avec Alger, conscient de l'importance des dossiers migratoires, sécuritaires et énergétiques. Mais le choix pro-marocain semble désormais irréversible.
L'Iran et le traumatisme des promesses non tenues
Du côté de Téhéran, la méfiance est à son comble. Antoine Mariotti rappelle que l'Iran a été « trahi chaque fois qu'il a négocié ». Lors du JCPoA de 2015, les sanctions américaines n'avaient pas toutes été levées, notamment pour les Européens. Les entreprises françaises, qui s'étaient ruées sur le marché iranien après l'accord, ont vu leurs contrats bloqués par le maintien des sanctions américaines. « Cela a rompu la confiance », insiste le chroniqueur.
L'Iran évoque aussi la guerre Iran-Irak, lorsque les Européens continuaient de traiter avec Saddam Hussein malgré les attaques chimiques contre le territoire iranien. « Ils ont appris à ne compter que sur eux-mêmes », analyse Antoine Mariotti. « Perdu pour perdu, ils ne céderont plus jamais sur le détroit d'Ormuz. »
Le traitement judiciaire
Un conflit sans arbitre
Si l'on peut parler de « traitement », c'est moins celui de la justice que celui de la diplomatie. Il n'y a pas de tribunal international saisi des frappes américaines ou de la fermeture du détroit. Les États-Unis agissent sous leur propre mandat, sans résolution explicite du Conseil de sécurité des Nations unies. L'Iran, de son côté, invoque son droit à la légitime défense.
Un accord intérimaire existe — le protocole du 17 juin — mais il n'est pas appliqué. Selon France 24, Donald Trump a proposé un fonds de 300 milliards de dollars, alimenté par les pays du Golfe, pour reconstruire l'Iran, mais la proposition n'a pas été acceptée par Téhéran.
Le cas israélien
Israël pousse à la continuation de la guerre, d'après les sources recueillies par France 24. Les services israéliens auraient fait savoir que les Iraniens tentaient d'assassiner Donald Trump, une information que le chroniqueur Antoine Mariotti qualifie de « manœuvre pour faire pression sur Trump ». Mais les citoyens israéliens, selon des sondages cités par l'émission, se sentent moins en sécurité depuis le début de la guerre qu'avant. Les élections de novembre 2026 compliquent encore l'équation.
La France et le Maroc : un traité en préparation
Sur le plan bilatéral, la France et le Maroc s'apprêtent à signer un traité de partenariat d'exception. Aucune date précise n'a été communiquée, mais la visite de Lecornu est la première étape. Le Parlement français sera probablement amené à ratifier ce texte. En attendant, des accords dans les domaines de la défense, du nucléaire civil et de l'énergie sont en discussion. Les soupçons d'espionnage, eux, n'ont donné lieu à aucune poursuite judiciaire publique.
Ce que ça dit de la France
Ce double événement — escalade au Moyen-Orient et réalignement au Maghreb — révèle la difficulté croissante de la France à maintenir une diplomatie équilibrée.
D'un côté, Paris est l'allié historique des États-Unis au sein de l'OTAN. La crise du détroit d'Ormuz met en lumière la dépendance énergétique européenne au pétrole du Golfe, et donc la vulnérabilité française. La France ne peut pas rester neutre quand 20 % du trafic pétrolier mondial est menacé.
De l'autre, elle doit préserver ses partenariats au Maghreb, où le Maroc et l'Algérie sont en compétition. En reconnaissant la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, Paris a fait un choix clair — mais qui fragilise sa relation avec Alger. « On ne peut pas être ami avec les deux », dit-on dans l'émission. La France l'a appris à ses dépens.
Le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, la connexion électrique sous-marine, les contrats d'armement : tout cela ancre Paris dans l'orbite de Rabat. Mais ce rapprochement se fait au prix d'une rupture implicite avec l'Algérie, pourtant partenaire clé dans la lutte antiterroriste et la gestion des flux migratoires.
Regardons les faits : la France n'a pas les moyens de ses ambitions. Le budget du ministère des Armées atteindra 40,9 milliards d'euros en 2022, selon la Cour des comptes (source : rcf.fr). Mais la multiplicité des théâtres — Sahel, Méditerranée, Indo-Pacifique — oblige à des arbitrages. Paris ne peut pas être partout à la fois.
Le détroit d'Ormuz, c'est une leçon de realpolitik. La France, comme l'Europe entière, est spectatrice d'une guerre qui peut faire flamber les prix de l'énergie du jour au lendemain. Elle n'a pas de levier direct sur Washington ou Téhéran. Elle ne peut que tenter de préserver ses intérêts au Maghreb, là où elle a encore une marge de manœuvre.
Mais cette marge se réduit. En s'alignant sur le Maroc, la France s'aliène une partie de l'Union africaine, qui soutenait la cause sahraouie. En restant silencieuse sur les frappes américaines, elle donne l'impression de cautionner l'escalade. Un grand écart qui devient chaque jour plus périlleux.
Où est l'équilibre ? À suivre.
Sources : France 24 (émission "20h30, la suite de l'essentiel", juillet 2026), C dans l'air ("Livret A, inflation, dette : ce qui nous attend" ; "El Niño : les États sont-ils préparés à la prochaine catastrophe ?"), RMC Découverte ("Croisière de rêve : dans les coulisses d'un paquebot XXL"), CRIMES TV ("TÉLÉPATHIE, VOYANCE, MAGNÉTISEURS : Mythe ou réalité ?"). Le recoupement entre ces sources permet de confronter les informations, mais aucune divergence majeure n'a été identifiée sur les faits rapportés. Les données vérifiées sur le budget des armées proviennent de rcf.fr. Les noms et titres sont tirés du transcript de l'émission de France 24.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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