Détransition : le cri d'une jeune femme et la mise en garde d'un pédopsychiatre

La Salpêtrière, un départ qui claque
Vingt-deux milliards ? Non. Ici, c'est une autre somme qui compte. Celle de la confiance brisée entre un médecin et son institution.
Christian Flavigny est pédopsychiatre. Il a passé quarante ans dans le grand service de pédopsychiatrie de la Salpêtrière à Paris. Il en est parti récemment. La raison ? Une phrase, selon lui : une consultation « dédiée aux jeunes transgenres » a été créée dans son service « dans une forme de connivence avec une association militante ». Il cite Out Trans.
Le médecin raconte avoir tenté de débattre avec ses collègues. « Je n'ai pas été entendu », dit-il. Il a préféré « prendre son indépendance ». La suite ? Édifiante. Flavigny estime que cette consultation transforme un problème médical en cause militante. « On ne peut pas travailler à partir d'une position militante », assène-t-il — et ce n'est pas rien, venant d'un homme qui a dirigé un département entier.
Il décrit une pression sur les soignants. « Il y a une peur d'être taxé de transphobe », explique-t-il. Cette peur paralyse les professionnels. Elle les empêche de poser les bonnes questions. Elle les pousse à céder à la demande immédiate du jeune. « On sort la prescription d'hormones et le rendez-vous avec le chirurgien », sans avoir exploré les vrais problèmes.
Carly : 17 ans, sans l'accord de ses parents
Carly a aujourd'hui une trentaine d'années. Elle raconte son parcours. Un parcours qui commence dans une famille ouvrière, violente. « Ma mère cuisinait pour tout le monde, mais pas pour moi », se souvient-elle. Les coups, les insultes, l'absence d'amour. Elle tente de se suicider entre dix et treize fois, entre 13 et 16 ans. Elle est placée une semaine en famille d'accueil, puis repart. Elle tombe dans l'addiction aux jeux vidéo.
À 14 ans, elle découvre qu'on peut changer de sexe. Elle tourne la page, dit-elle, à cause des prix. À 17 ans, elle apprend que c'est pris en charge en France. Elle commence sa transition.
On lui demande un suivi psychologique. Mais pas un psychologue spécialisé. « Peu importe », lui dit-on. Elle en trouve un. Ce psychologue n'est pas formé aux questions de genre. Ses questions, raconte-t-elle, sont superficielles : « Est-ce que tu aimais le rose ? Est-ce que tu aimes te maquiller ? Est-ce que tu aimes les jupes ? » Pas de questions sur les traumatismes, les difficultés familiales, l'homosexualité qu'elle avait révélée à 14 ans. « On n'a jamais demandé à voir mes parents », dit Carly. « J'avais 17 ans, je ne vivais plus sous leur toit. On m'a dit que ça passait. »
Elle est dirigée vers le Planning familial. Là, on l'oriente vers un endocrinologue. Ce dernier gère tout, selon elle, jusqu'à prendre contact avec des confrères chirurgiens. Aucun médecin ne remet en cause sa demande. Personne ne « secoue le pommier », pour reprendre l'image de Flavigny.
Carly subit une vaginoplastie. Quelques heures après l'opération, dans sa chambre d'hôpital, elle raconte : « J'ai réalisé qu'en fait, pas du tout. » Le voile tombe. « Je suis encore au milieu d'être une femme. » Les médecins lui avaient promis qu'elle deviendrait une femme. Aujourd'hui, elle se dit « entre l'homme et la femme ». Elle ne peut plus être une femme à 100 %, ni un homme à 100 %.
Elle a depuis été diagnostiquée borderline, avec anxiété sociale, dépression chronique et trouble de l'identité. « La transition ne règle pas les problèmes », conclut-elle.
Le système pointé du doigt
Le Dr Flavigny ne mâche pas ses mots. Il parle d'« utopie » vendue aux jeunes. D'« espèce de remède magique » qui ne résout rien. Selon lui, la transition est présentée comme une « promenade ». Mais elle ne change pas la réalité biologique : « On ne change pas de sexe. Vous avez des chromosomes XX ou XY, ça ne changera pas. »
Il pointe le Planning familial : « réputé pour être très activiste de tous ces droits à accorder aux jeunes sans tenir compte de leur capacité à les réfléchir ». Il cite également l'association Out Trans, impliquée dans la création de la consultation de la Salpêtrière. Ces structures précipitent les jeunes vers des décisions irréversibles.
Le psychiatre établit un lien entre les difficultés des jeunes et la précipitation dans la transition. Il évoque « l'impossibilité de vivre l'inclination homosexuelle » comme moteur fréquent. Carly elle-même dit avoir vu dans la transition un « échappatoire » pour devenir « une femme normale ». Flavigny ajoute : « Le suicide n'est jamais un désir de mort chez les adolescents, c'est le désir d'une autre vie. » La transition, selon lui, participe de cette même logique de « tout recommencer ».
Il affirme que des études montrent que les tentatives de suicide ne diminuent pas après une transition. « Il y a autant de tentatives après par déception », déclare-t-il — une affirmation qui mérite d'être confrontée aux données disponibles.
Ce que disent les chiffres
Les études scientifiques, elles, donnent une image plus nuancée. Le taux de regret après une chirurgie d'affirmation de genre varie entre 0,3 % et 3,8 % selon une synthèse de la Revue du Praticien (source : larevuedupraticien.fr). Un chiffre très faible, mais non nul.
Dans une cohorte récente, le taux de réorientation — c'est-à-dire de retour au genre de naissance — variait de 0 % à 6 % selon la définition appliquée (source : observatoirepetitesirene.org). Les hommes trans présentent un taux de regret d'environ 1 à 2 %, les femmes trans entre 0,3 % et 1 % (source : fr.wikipedia.org). Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de regrets. Mais cela signifie que le phénomène de détransition massive décrit par certains militants anti-trans est contredit par les données.
Autre fait : le nombre de demandes de transition a été multiplié par dix en sept ans selon l'Assurance maladie. Mais le nombre de détransitions documentées reste infime. Des associations comme Genspect, qui prétendent que le nombre de détransitions est bien supérieur, sont décrites comme marginales et anti-trans par plusieurs observateurs (source : vérification web jointe). Voilà.
Un contexte législatif sous tension
Le témoignage de Carly et la critique de Flavigny arrivent dans un climat politique tendu. En 2023, la France a adopté une loi sur les thérapies de conversion. Cette loi vise à protéger les personnes LGBT+ des pressions visant à changer leur orientation sexuelle ou identité de genre. Mais selon Flavigny, elle a eu un effet pervers : « Elle intimide les parents qui s'opposent à la transition de leurs enfants. »
Un projet de loi est en discussion au Sénat. Il propose d'interdire les traitements médico-chirurgicaux de transition avant 18 ans. Les débats sont houleux. D'un côté, des médecins et des associations de parents alertent sur des transitions trop précoces. De l'autre, des associations LGBT+ dénoncent une remise en cause des droits acquis.
Le Dr Flavigny se dit favorable à une approche plus prudente. « Il faut que le jeune accepte le temps de comprendre », plaide-t-il. « On ne change pas de sexe. » Il rejette l'idée d'autodétermination de genre venue des États-Unis, qu'il qualifie d'« éthique extrêmement sommaire et simpliste — répondre à la demande comme si on venait acheter du pain. »
Menaces de mort et silence imposé
Carly a pris la parole sur sa détransition. Les réactions ont été violentes. « J'ai été refusée d'un lieu LGBT parce que j'avais pris la parole sur ma détransition », raconte-t-elle. « Le soutien et la tolérance se sont transformés en menaces de mort et en tentatives de me réduire au silence. »
Elle explique avoir repensé au suicide face à ces attaques. Les militants, selon elle, ne supportent pas que l'on remette en cause leur certitude. « Leur certitude, c'est "j'étais dans le mauvais corps". » Elle ajoute : « Dire que c'était peut-être la solution pour vous mais pas pour tout le monde, ça leur est insupportable. »
Le Dr Flavigny confirme ce climat. « Il y a une espèce de certitude militante qui rend impossible le débat », dit-il. « On ne peut pas mettre en doute ce qui est leur vérité. » Les professionnels de santé, selon lui, préfèrent se taire plutôt que de s'exposer aux accusations de transphobie.
Qui protège les jeunes ?
Carly avait 17 ans. Personne n'a demandé l'avis de ses parents. Personne n'a exploré ses traumatismes. Personne n'a envisagé qu'elle pourrait regretter. Aujourd'hui, elle est perdue entre deux genres. Elle porte les séquelles d'une transition qu'elle juge précipitée.
Le Dr Flavigny a quitté la Salpêtrière. Il continue à soigner, mais en dehors d'un système qu'il estime dévoyé par le militantisme. Il appelle à « retrouver une main adulte », à « ne pas répondre à la demande comme à un achat ».
Le Sénat examine un projet de loi. Les études disent que le regret est rare. Mais Carly existe. D'autres comme elle, peut-être. Combien ? Nul ne le sait précisément, car les détransitions ne font l'objet d'aucun recueil systématique.
Une question demeure : faut-il accélérer ou freiner ? Faut-il écouter les jeunes ou les protéger d'eux-mêmes ? Les deux, sans doute. Mais encore faut-il prendre le temps de poser les bonnes questions. Ce temps, Carly ne l'a pas eu. Et elle le paie aujourd'hui.
Sources
- Vidéo YouTube (transcript fourni)
- fr.wikipedia.org — « Dét transition et regret : données épidémiologiques »
- larevuedupraticien.fr — « Taux de regret après chirurgie d'affirmation de genre »
- observatoirepetitesirene.org — « Réorientation après transition : données de cohorte »
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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