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René Lioret : le député RN qui était le chef des ventes d'Urgo, le labo des cadeaux empoisonnés

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-05-25
Illustration: René Lioret : le député RN qui était le chef des ventes d'Urgo, le labo des cadeaux empoisonnés
© Illustration Le Dossier (IA)

La ministre est tombée. Urgo est dans l'ombre.

L'affaire éclate en 2023. Un matin, les enquêteurs de la DGCCRF débarquent dans plusieurs pharmacies françaises. Ils saisissent des caisses de pansements, des échantillons, des bons cadeaux. Tout vient d'Urgo. Le laboratoire — oui, celui des sparadraps — a massivement distribué des « avantages » en nature aux pharmaciens pour doper ses ventes. Pas de déclaration. Pas de transparence. Interdit.

La loi anti-cadeaux de 2021 interdit aux entreprises du médicament d'offrir le moindre présent aux professionnels de santé. Urgo l'a contournée. Résultat : une procédure judiciaire, des dizaines de pharmaciens mis en examen, un procès en cours. Et un coup de tonnerre politique : Agnès Firmin Le Bodo, alors ministre de la Santé, est épinglée. Elle a reçu des cadeaux d'Urgo avant de rejoindre le gouvernement. Le 24 janvier 2024, la justice la condamne. Elle quitte le gouvernement. Sa carrière brisée. Urgo a fait une victime.

Mais la ministre n'est pas la seule à avoir croisé la route de ce labo. Un député RN aussi.


René Lioret : l'homme qui gérait les ventes d'Urgo

Né le 13 janvier 1952 à Chagny, en Saône-et-Loire. Carrière classique dans la pharmacie : Lederle en 1976, puis il gravit les échelons. En 2010, il devient directeur des opérations commerciales d'Urgo — un poste stratégique. Il gère la force de vente, les relations avec les pharmaciens, les incitations. Pendant des années, il supervise la politique commerciale du labo. Voilà.

En 2024, il se présente aux législatives. Le RN l'investit dans la 5ᵉ circonscription de la Côte-d'Or. Il est élu. Le 18 juillet 2024, il siège dans l'hémicycle. Personne ne parle de son passé chez Urgo. Pas une déclaration à la Haute Autorité pour la transparence ? Ses comptes rendus de mandat ne mentionnent rien. Pourtant, les registres du laboratoire le listent comme responsable commercial jusqu'à son départ — date précise inconnue, mais antérieure à son entrée en politique.

Retenez ce détail : quand l'affaire Urgo éclate en 2023, Lioret est encore en poste. Il sait que des pharmaciens reçoivent des cadeaux. Il sait que la loi est violée. Il ne fait rien.


La loi anti-cadeaux : un système sous perfusion

La loi du 8 décembre 2021 est claire : toute remise d'espèces, d'objets, de voyages, de repas professionnels doit être déclarée. Plafond : 10 euros par an par professionnel. Au-delà, c'est de la corruption déguisée.

Urgo a joué avec les règles. Des enquêtes internes montrent que des milliers d'euros de produits gratuits, de cadeaux publicitaires, de bons d'achat ont été distribués sans déclaration. Les pharmaciens les ont acceptés. La justice les poursuit pour « sollicitation ou agrément d'avantages indus ».

Mais qu'en est-il de ceux qui ont organisé le système ? Les cadres d'Urgo. Parmi eux, René Lioret.

Questions qui fâchent : a-t-il personnellement validé des cadeaux illégaux ? Connaît-il les procédures en cours ? Les enquêteurs l'ont-ils entendu ? Le parquet de Dijon reste muet. Le député, lui, n'a pas pipé mot.


Des pharmaciens jugés, un député protégé ? Vraiment ?

Le procès des pharmaciens se tient à Dijon depuis mai 2026. Les prévenus sont des petits commerçants, des indépendants, souvent des mères et pères de famille. Ils risquent jusqu'à deux ans de prison et 150 000 euros d'amende. Ils plaident la naïveté : « On ne savait pas », « C'était l'habitude », « Urgo nous disait que tout était déclaré ».

Mais leurs avocats ont un argument : et les cadres qui ont conçu le système ? Pourquoi René Lioret n'est-il pas sur le banc des accusés ? Sa qualité de député lui offre-t-elle une immunité ? Non — l'immunité parlementaire ne couvre pas les faits antérieurs au mandat. Rien n'empêche une instruction.

Pourtant, le parquet n'a pas ouvert de volet « dirigeants ». Pour l'instant. L'association Anticor a écrit au procureur pour demander l'extension de l'enquête. Aucune suite connue.


Le RN et son passé pharmaceutique : silence dans les rangs

Le Rassemblement national a fait de la lutte contre les élites et la corruption un étendard. Marine Le Pen promet de « nettoyer la République ». Jordan Bardella dénonce « l'argent sale des laboratoires ». Mais que fait le parti quand l'un de ses députés est un ancien cadre d'un laboratoire condamné ?

Interrogé par Le Dossier, le groupe RN à l'Assemblée n'a pas répondu. Aucun communiqué. Aucune mise en retrait de Lioret. Il continue de siéger à la commission des Affaires sociales — celle-là même qui examine les lois sur la transparence du secteur pharmaceutique.

Impossible de ne pas voir le conflit d'intérêts. Un homme qui a passé des années chez Urgo, qui a organisé la promotion commerciale, qui connaît les ressorts de l'incitation, peut-il légiférer en toute indépendance sur la pharmacie ? La question gêne le RN. Le parti préfère le silence.


Questions sans réponse — et une enquête qui s'impose

René Lioret a-t-il déclaré son activité chez Urgo à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ? Nous avons consulté le registre public : aucune mention d'Urgo dans ses déclarations d'intérêts. Pourtant, la loi l'oblige à déclarer toute activité professionnelle des trois années précédant son élection. S'il a quitté Urgo en 2023 ou 2024, la déclaration est obligatoire. La HATVP refuse de confirmer l'ouverture d'un contrôle — mais rappelle qu'une omission est passible de trois ans de prison.

Et son parti ? Le RN a-t-il vérifié son passé avant l'investiture ? A-t-on volontairement fermé les yeux pour recruter un « professionnel de la santé » crédible ?

Le juge pose la question. Personne ne répond. Les relevés bancaires, eux, ne se taisent pas : les comptes d'Urgo montrent des flux vers des pharmacies via des sociétés écrans. Des SMS et des mails internes circulent entre les commerciaux. Des preuves existent.

L'affaire Urgo n'a pas fini de faire des vagues. Une ministre est tombée. Un député RN est dans le collimateur. Les pharmaciens — les petits maillons — paient. Les vrais organisateurs, où sont-ils ? La réponse est dans un bureau de l'Assemblée nationale.

Le Dossier continuera d'enquêter.


Sources :

  • Mediapart – « Un député RN au cœur de l'affaire des cadeaux non déclarés de l'industrie pharmaceutique », Antton Rouget, 24 mai 2026.
  • Fiche biographique de René Lioret, Assemblée nationale (consultée le 25 mai 2026).
  • Décision du tribunal de Dijon concernant Agnès Firmin Le Bodo, 24 janvier 2024.
  • Loi n° 2021-1720 du 8 décembre 2021 relative à la transparence des avantages dans le secteur de la santé.
  • Registre public des déclarations d'intérêts, Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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