Kinshasa : un deepfake imitant France 24 pour justifier une répression meurtrière

Une vidéo truquée pour discréditer l'opposition
L'opposition congolaise appelle à une journée de mobilisation contre le projet de réforme constitutionnelle. Le rassemblement, interdit par les autorités, est dispersé de manière musclée. Bilan : plusieurs blessés — dont Martin Fayulu, chef de file de l'opposition — et au moins un mort, selon l'ONU. Mais en ligne, une autre version des faits circule.
Sur Facebook, une publication likée et partagée des milliers de fois affirme que l'opposition avait armé les manifestants de machettes. Preuve à l'appui : une vidéo qui reprend le logo, la bonnette et le décor de France 24. On y voit la correspondante de la chaîne à Kinshasa, Aurélie Bazzara Kibangula, et la directrice du pôle crise et conflit de Human Rights Watch, Ida Soyer. La voix off déclare : « On nous confirme que l'opposition congolaise avait armé certains militants avec des machettes. »
Problème : cette interview n'a jamais eu lieu. La vidéo est un deepfake.
Les incohérences qui trahissent le montage
Dès le premier visionnage, les anomalies sautent aux yeux. Les deux femmes restent parfaitement immobiles. Aucun mouvement des lèvres. Le son, lui, sonne faux — une voix en français « assez peu naturelle ».
Ida Soyer, interrogée par l'AFP, confirme qu'elle ne donne plus d'interview en français depuis plusieurs années. L'outil de détection deepfake utilisé indique que la piste audio a été « très probablement générée par intelligence artificielle ».
Pour être certain, il suffit de retrouver les vidéos originales. La première, celle d'Aurélie Bazzara Kibangula, date bien du 12 juin 2025. C'est une intervention dans le journal de l'Afrique de France 24. Mais aucun humanitaire n'y apparaît : c'est l'opposant Martin Fayulu qui est interrogé.
La seconde vidéo, celle d'Ida Soyer, n'a pas été tournée pour France 24 mais pour la BBC, le 2 août 2025. Elle ne traite pas de la RDC, mais de la situation en Israël et à Gaza.
Le contexte d'une réforme contestée
Cette manipulation intervient dans un climat politique tendu. Le président Félix Tshisekedi pousse une réforme constitutionnelle visant à modifier l'article 220 de la Constitution. Cet article interdit toute révision du nombre et de la durée des mandats présidentiels.
La majorité présidentielle propose un référendum pour contourner cette interdiction. L'opposition dénonce un « coup d'État constitutionnel ». Les manifestations se multiplient.
Le rassemblement du 12 juin devant le Parlement est interdit. Les forces de l'ordre chargent. Martin Fayulu est blessé. L'ONU rapporte la mort d'au moins un manifestant. Selon la source, rien dans les rapports officiels ni dans les témoignages ne fait état de machettes. Ida Soyer elle-même a tweeté le 12 juin, dénonçant « les violences les plus graves contre l'opposition politique depuis le début des discussions sur la révision constitutionnelle ».
L'enquête de vérification
Les journalistes ont retrouvé les vidéos originales, interrogé Ida Soyer, utilisé un outil de détection deepfake. Le résultat est sans appel : la vidéo incriminée est un montage, orchestré pour justifier la répression.
Selon la source, « aucune preuve à l'heure actuelle ne fait état de machettes fournies par l'opposition ». La manipulation vise à « discréditer toute contestation à quelques jours d'un nouveau rassemblement » — celui du 8 juillet.
📰Source :www.youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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