Gérald Darmanin accusé de bâcler les procès pour viols

La minute de silence judiciaire
27 février 2024. Un coup de tonnerre. La dépêche ministérielle tombe sur le bureau des procureurs comme un couperet. Deux directions — Services judiciaires et Affaires criminelles — cosignent ce texte explosif. Objectif affiché : désengorger les tribunaux. Objectif réel ? Liquider la justice.
"Maîtriser l'audiencement criminel." Derrière ce jargon administratif se cache une réalité glaçante : expédier les procès en un jour. Peu importent les victimes. Peu importent les preuves.
Prenez l'affaire Ramadan. Vingt jours de procès prévus. Trois victimes. Des dizaines de témoins. Comment tout caser en 24h ? "C'est une insulte", tonne le Syndicat de la Magistrature. Et pourtant. La machine est lancée.
La cour qui ne dit mot
Paris. On l'appelle la "Cour du viol". Pas officiellement, bien sûr. Mais les chiffres parlent : 90% des affaires jugées ici concernent des viols. Gérald Darmanin lui-même l'a reconnu devant le Sénat le 19 février : "La Cour criminelle est devenue la Cour du viol."
Ironie du sort. Le ministre envisage d'en faire une juridiction spécialisée. Un projet de loi est dans les cartons. Mais cette pseudo-avancée cache une réalité plus sombre : on veut y appliquer la réforme des 24h.
Et ce n'est pas tout. Un nouveau monstre juridique pointe son nez : le plaidé coupable criminel. Exit les audiences. Exit les victimes. Juste un formulaire à signer.
— Vous reconnaissez les faits ?
— Oui.
— Condamné. Suivant.
La justice au rabais
Retour à la dépêche. Un passage glace le sang : "Le maintien des effectifs dépendra de la réduction des stocks." Traduction : moins de procès ou moins de juges.
Du chantage pur et simple. Les chiffres donnent le tournis : +1000 dossiers criminels par an depuis 2023. 6000 affaires en attente aujourd'hui. La solution du ministère ? Bâcler. Expédier. Liquider.
"Faire œuvre de justice ne se limite pas à délivrer une peine", rappelle le Syndicat de la Magistrature. Mais qui écoute encore les magistrats ?
Le double jeu de Darmanin
Le ministre contre-attaque. Par la voix de son communicant Camel Amrouche, il dénonce des "fake news". Les viols ne seraient pas concernés, affirme-t-il.
Vraiment ? Le document est pourtant clair. Les consignes aussi. Et pendant ce temps, Darmanin joue les héros. Le 5 mars, il publie une circulaire sur les violences intrafamiliales. Beau timing.
Voilà. Le tableau est complet. D'un côté, des victimes qu'on fait taire. De l'autre, un ministre qui communique. La justice française mérite-t-elle ce sort ?
Par la rédaction de Le Dossier


