Éducation : le grand gâchis français — Anne Coffinier dénonce l'absence de réforme et propose un chèque éducation

Le constat : une école qui se vide de ses forces vives
« La situation a empiré dans ces deux quinquennats », résume Anne Coffinier. Elle pointe une « sorte de désespoir généralisé des professeurs ». Ces derniers ne croient plus aux réformes venues d'en haut. Beaucoup « votent avec leurs pieds » : ils scolarisent leurs enfants hors de l'Éducation nationale ou partent à l'étranger.
Pourquoi ? Parce que, selon elle, les hommes politiques « considèrent que l'élection ne se joue jamais sur la question de l'éducation ». L'horizon des réformes, c'est 18 mois. Pas 15 ans. Résultat : des réformettes, pas de transformation profonde.
La fuite vers le privé : l'État organise la pénurie
Massivement, les familles se tournent vers le privé. Que cherchent-elles ? « Pas d'absentéisme des professeurs », « un interlocuteur », « un encadrement plus développé », énumère Anne Coffinier. Le privé sous contrat offre une écoute, une stabilité, un suivi. Mais l'État ne l'entend pas de cette oreille.
« On organise une pénurie », affirme-t-elle. Exemple : à Paris, des établissements privés sous contrat — classes pleines, pourtant — se voient retirer leur contrat. « On ne tient pas compte de ce que les familles veulent. » Pourquoi ? Par idéologie. « En France, la question éducative est une question ultra idéologisée. Ce n'est pas une question traitée avec pragmatisme. »
Selon elle, l'école privée coûte moins cher que l'école publique. « Plus on laissera les gens aller dans l'école privée, plus on réduira la facture. »
Formation des enseignants : le cercle vicieux
Anne Coffinier est claire : « La formation des enseignants est un des points les plus cruciaux. » Elle salue les efforts pour recruter plus tôt, mais déplore un niveau académique en baisse. « On a des professeurs dont la qualité a baissé tout simplement parce que ce sont les produits d'une instruction qui s'est dégradée dans ces 30 dernières années. »
Selon elle, des directives de correction « très libérales sur l'orthographe », des programmes qui changent sans cesse, des professeurs éreintés. Et des diplômes qui ne valent plus rien. « Le bac ne vaut plus rien, le brevet ne vaut plus rien. »
La comparaison est cinglante : « Le bac marocain est bien plus difficile que le bac français. »
La proposition : chèque éducation et autonomie des établissements
Face à ce constat, Anne Coffinier propose une réforme radicale : « Rendre aux familles la possibilité de choisir l'école. » Concrètement : un système de chèque éducation, où l'argent public suit l'élève, qu'il aille dans le public, le privé sous contrat ou hors contrat.
« Il n'y a pas de loi qui empêche le privé de se développer », rappelle-t-elle. Pas besoin de nouvelle loi. Juste du courage.
Son modèle : l'autonomie. Chaque établissement doit pouvoir recruter ses professeurs, définir son projet éducatif, être évalué de manière transparente. « Comme en Grande-Bretagne », où les résultats des inspections et les notes des parents sont publics. Fini la carte scolaire, « une antiquité créée pour gérer un stock d'élèves à l'époque du baby-boom ».
Elle ajoute : « D'ici 2035, on aura perdu 17 % d'élèves. On a des outils d'IA sans précédent. On a tout pour faire une réforme qui va faire gagner beaucoup d'argent, augmenter la justice et rendre une solidarité entre les familles. »
Analyse : pourquoi le système résiste ?
Le problème n'est pas technique. Il est idéologique et politique. Les hommes politiques refusent de toucher au monopole public par peur d'être accusés de « s'occuper des riches ». Pourtant, argue Anne Coffinier, le chèque éducation profite d'abord aux plus pauvres, qui n'ont aujourd'hui pas le choix.
La solution selon elle : « L'argent public suit l'affectation, que l'école soit publique ou privée. » Cela créerait une « saine émulation » et ferait remonter le niveau général. C'est ce qui se fait dans les pays nordiques et en Allemagne, où la sélection des enseignants est forte et leur statut valorisé.
Et maintenant ?
Les candidats à la présidentielle de 2027 commencent à parler d'IA et d'éducation. Anne Coffinier a été consultée par « à peu près tous les candidats actuels ». Mais elle craint que l'IA ne soit qu'un « sujet à la mode », pas une vraie priorité. « Ils raisonnent par drapeau, pas au fond. »
Le courage politique, c'est d'oser le chèque éducation. De supprimer la carte scolaire. De donner aux établissements une vraie autonomie. Et de cesser de mentir aux familles avec des diplômes frelatés.
Un pays qui abandonne ses enfants de l'Aide sociale à l'enfance, ses quartiers défavorisés, ses immigrés — ce pays n'a pas d'avenir. « Le seul moyen de redonner une chance à chacun, c'est de donner le choix aux parents. »
Sources : vidéo YouTube de l'entretien avec Anne Coffinier (juillet 2026).
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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