Comment des machines italiennes et allemandes contournent les sanctions vers la Russie

Un montant substantiel. C'est la valeur d'une machine FPT Industrie exportée vers la Russie en 2024. Pourtant, l'embargo et les sanctions étaient censés l'en empêcher. Le parcours de cet équipement dévoile un système bien rodé — avec des complicités locales et des intermédiaires qui jouent leur rôle à la perfection.
La route kazakhe des machines sous embargo
Tout commence avec un nom : Castel Terus 180. Ce centre d'usinage universel, fabriqué par FPT Industrie, a transité par le Kazakhstan avant d'arriver chez son destinataire final, le groupe russe GMS. Les données douanières russes ne laissent aucun doute.
L'entreprise italienne, elle, nie en bloc. Selon son avocat, il s'agirait d'une "exportation légale au Kazakhstan". Mais la déclaration de conformité russe identifie clairement l'importateur : IEK, une société basée en Russie. Un employé de GMS confirme sur Telegram posséder une machine FPT acquise via "importation parallèle par le Kazakhstan".
Le certificat de conformité russe décrit minutieusement l'équipement — colonne mobile transversale, commande numérique. Des spécifications qui correspondent exactement à la machine exportée par FPT. Le rapport d'activité de la filiale CASAN Compressor vient enfoncer le clou : l'atelier a été réorganisé pour accueillir une Castel Terus 180.
L'intermédiaire qui parle trop
Genus Lochi. Ce nom kazakh revient sans cesse. Gérant d'une société d'import-export, l'homme se vante au téléphone de ses méthodes : "Le Kazakhstan vend au Biélorusse, qui vend au Russe. Impossible à tracer." Il mentionne même explicitement la machine FPT — avant de se rétracter quand il réalise qu'il parle à des journalistes.
Les données douanières russes recensent des exportations substantielles en 2024 par Fachin — un autre fabricant italien — vers la société IEK. Des machines RCMI 110, pourtant sous embargo, ont été retrouvées dans les ateliers d'Elsib, une entreprise énergétique russe. Fachin se contente de répondre : "Ventes légales au Kazakhstan." Sans jamais nommer ses clients locaux.
L'Allemagne agit. En 2025, perquisition chez Spinner, fabricant munichois, après la révélation d'exportations illégales. Le parquet enquête. Et l'Italie ? Le ministère des Affaires étrangères reste silencieux. La députée Federica Honori s'insurge : "Certaines entreprises contournent pendant que les PME font des sacrifices."
ET MAINTENANT ?
Trois questions cruciales :
Où sont les contrôles ? Les douanes européennes peinent à surveiller les transits kazakhs ou biélorusses. Pourtant, les preuves sont là — déclarations de conformité, rapports d'activité, données douanières.
Qui paie ? Les entreprises jouent la montre. Menaces de poursuites, dénis en série. Stratégie payante : aucun procès à ce jour.
Quel impact ? Les compresseurs fabriqués par CASAN équipent des infrastructures énergétiques russes. Exactement le secteur visé par les sanctions.
Les sanctions ont un impact significatif sur la Russie. Mais tant que des machines stratégiques passeront par les failles du système, l'effet restera limité.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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