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SociétéÉpisode 13/1

CIIVISE somme l'État d'agir après la mort de Lyhana

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-05
Illustration: CIIVISE somme l'État d'agir après la mort de Lyhana
© Illustration Le Dossier (IA)

Une disparition qui révèle l’impuissance de l’État

Lyhana a disparu. Ses proches donnent l’alerte le vendredi 29 mai 2026, vers 19 heures. La nouvelle traverse le Gers, puis la France. « Sa profonde émotion et sa vive inquiétude », écrit Le Dauphiné Libéré. Des mots pudiques pour une angoisse brutale.

Les jours passent. Les recherches s’organisent. Mais très vite, des questions émergent. Comment une enfant a-t-elle pu tomber dans les mailles du filet ? Pourquoi les protections censées exister n’ont-elles pas fonctionné ?

La CIIVISE n’attend pas. Dans un communiqué transmis à franceinfo, elle interpelle directement le gouvernement. « L’affaire Lyhana doit être un électrochoc. » Le message est clair : les recommandations formulées depuis des mois – voire des années – doivent être appliquées immédiatement. Pas de nouveau rapport. Pas de commission supplémentaire. De l’action.

Derrière cette exigence, une réalité glaçante : selon la CIIVISE elle-même, dans 97 % des cas de viols et agressions sexuelles sur enfants, les auteurs avaient déjà réitéré leurs violences. 97 %. Un chiffre à retenir. Un chiffre qui tue.

Ce n’est pas une coïncidence. C’est une défaillance systémique. Et Lyhana en est la dernière victime.


La CIIVISE, une commission qui a tout prévu… mais rien ne change

Créée en 2021 sous la pression des associations et des victimes, la CIIVISE a pour mission de formuler des préconisations pour protéger les enfants. Elle a publié des dizaines de recommandations. Formation des juges, signalement obligatoire, coordination des services, protection renforcée des familles. Chaque mesure est le fruit d’années d’auditions et d’expertises.

Parmi elles, la recommandation CNIL n° 2025-019 du 20 mars 2025, qui formalise l’obligation de transmission des informations préoccupantes. Un outil censé fluidifier les signalements et éviter les angles morts. « Appliquée par la procureure d’Auch », rapportait Libération. Oui, un exemple local existait. Une procureure qui avait pris les devants.

Mais à l’échelle nationale ? Rien. Ou presque. Les services sociaux sont sous‑dotés. Les juges des enfants croulent sous les dossiers. Les dispositifs de suivi des familles à risque restent lacunaires. La CIIVISE répète, insiste, alerte. Les ministres promettent, les cabinets rédigent des notes, les commissions parlementaires auditionnent. Pendant ce temps, les enfants continuent de tomber.

Et Lyhana est tombée.

L’affaire n’est pas un accident. C’est la conséquence directe d’une absence de volonté politique. Le gouvernement avait toutes les clés. Il a choisi de ne pas les utiliser.


97 % de récidive : la statistique qu’on ne peut plus ignorer

Parlons chiffres. 97 %. Sept enfants sur dix agressés sexuellement le sont par un membre de leur famille ou un proche. Les auteurs ne s’arrêtent pas. Ils réitèrent. Parce qu’ils ne sont ni identifiés, ni arrêtés, ni condamnés à temps. Parce que les dispositifs de prévention sont inefficaces. Parce que l’État ferme les yeux.

La CIIVISE le martèle : sans application de ses préconisations, le cycle continue. Chaque recommandation non mise en œuvre est une porte ouverte à un nouvel agresseur. Lyhana n’est pas un cas isolé. Elle est le symptôme d’une maladie systémique.

« Grenelle national sur les crimes commis contre les mineurs », avait annoncé le gouvernement en 2025. Grandes déclarations, engagement solennel. Où sont les actes ? Le Grenelle s’est enlisé dans des débats inter‑ministériels. Les arbitrages budgétaires ont repoussé les mesures. L’urgence a été noyée sous les procédures.

Pendant ce temps, des enfants meurent.

La CIIVISE demande aujourd’hui « de renforcer les moyens consacrés à la protection des mineurs victimes » (Libération). Pas des vœux pieux. Des moyens concrets : recrutement de travailleurs sociaux, formation obligatoire des magistrats, systématisation des enquêtes dès le premier signalement, suivi psychologique immédiat. Des mesures connues. Des mesures prêtes. Des mesures qui attendent.


L’État a-t-il quelque chose à cacher ?

Pourquoi le gouvernement n’applique-t-il pas ses propres recommandations ? La question est brutale. Elle mérite une réponse.

Enquêtons. Les ministères concernés – Justice, Solidarités, Intérieur – disposent de toutes les analyses. Les budgets existent, au moins en partie. La CIIVISE a chiffré ses propositions : quelques centaines de millions d’euros par an. Une paille dans le budget de l’État. Mais l’argent n’arrive pas. Les réformes sont repoussées. Les décrets d’application attendent.

Y a-t-il une volonté délibérée de ne pas agir ? Les lobbyistes de certaines professions – éducateurs, psychologues – freinent les réformes par crainte de surcharge de travail. Les syndicats de magistrats réclament des moyens, mais la Chancellerie temporise. Les associations de défense des droits des familles accusent la CIIVISE de diaboliser les parents. Un brouillard politique retarde chaque avancée.

Pendant ce temps, des enfants disparaissent. Lyhana n’est pas la première. Elle ne sera pas la dernière si rien ne change.

La CIIVISE, elle, ne transige pas. Elle a déjà prouvé son efficacité dans d’autres domaines – formation des professionnels, évolution du code pénal, amélioration des procédures de signalement. Mais sans exécution gouvernementale, ses travaux restent vains.

« Il n’y a plus de temps à perdre », écrit la commission dans son communiqué. Traduction : les ministres doivent cesser de parler et commencer à agir.


Les failles locales, miroir du national

Le Gers est un exemple. La procureure d’Auch avait mis en place un circuit de signalement exemplaire, salué par la CIIVISE. Pourtant, Lyhana est passée entre les mailles. Pourquoi ?

Les détails restent flous. Mais les premiers éléments indiquent un défaut de coordination entre les services sociaux du département et la justice. Un signalement tardif. Une évaluation superficielle. Une famille non suivie.

Ce n’est pas une exception. Dans toute la France, les cellules de recueil des informations préoccupantes (CRIP) sont sous‑effectives. Les délais de traitement explosent. Les enfants en danger sont noyés dans la masse.

La CIIVISE l’a dit : il faut un pilotage national, un référent unique par département, des moyens dédiés. Rien de tout cela n’est mis en œuvre.

Le gouvernement, lui, préfère les annonces. En janvier 2026, le ministère des Solidarités lance un « plan d’action pour la protection de l’enfance ». 45 mesures. Des objectifs ambitieux. Mais depuis, aucun calendrier, aucun budget. Lyhana est morte dans l’intervalle.


Le temps des comptes

La CIIVISE ne lâchera pas. Elle a prouvé sa ténacité. Depuis 2021, elle a publié des rapports accablants. Elle a été recréée après une première dissolution polémique – le gouvernement Macraon avait tenté de la faire taire en 2023, la jugeant « trop critique ». La pression associative a forcé son maintien. Aujourd’hui, elle est plus forte.

Mais elle a besoin de résultats. Pas de promesses.

Le gouvernement doit répondre. Pas dans six mois. Maintenant.

Appliquez les recommandations. Donnez des moyens. Formez les juges. Protégez les enfants.

Lyhana n’est pas une statistique. C’est une enfant qui aurait dû être sauvée.

La question qui reste : combien d’autres Lyhana faudra‑t‑il pour que l’État agisse ?


Sources

  • franceinfo – Communiqué de la CIIVISE (extrait du transcript)
  • Libération – « appliquée par la procureure d’Auch » et « Grenelle national sur les crimes commis contre les mineurs » et « de renforcer les moyens consacrés à la protection des mineurs victimes »
  • Le Dauphiné Libéré – « sa profonde émotion et sa vive inquiétude »
  • Linternaute – « La disparition de Lyhanna a été signalée le vendredi 29 mai 2026 vers 19 heures par ses proches »
  • consultation.avocat.fr – Recommandation CNIL n° 2025-019 du 20 mars 2025

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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