Charles de Courson : Le député sous influence du lobby du tabac

Les amendements qui sentent le tabac
On commence par les faits. Charles de Courson défend les intérêts de l’industrie du tabac. Comment ? En déposant des amendements clés en main. "Vous recevez des amendements rédigés par Philippe Maurice, un cigarettier, et vous les déposez presque mot pour mot", lui a-t-on lancé lors d’un entretien.
Courson se défend : "C’est transparent." Pourtant, les preuves sont accablantes. En 2023, il propose un amendement pour favoriser le tabac chauffé — une technologie développée par les géants du secteur. Le texte ressemble étrangement à celui déposé par une autre députée. Coïncidence ?
"Je lutte contre le marché parallèle", justifie-t-il. Une position qui contredit celle de l’OMS : augmenter les taxes sur le tabac reste la méthode la plus efficace pour réduire le tabagisme. Mais Courson préfère écouter Philippe Maurice.
Une ancienne assistante chez les cigarettiers
Pas de pause dans le scandale. Il y a deux mois, Slash a infiltré les bureaux de Philippe Maurice. Leur découverte ? L’ancienne assistante parlementaire de Courson y travaille désormais comme lobbyiste.
"Elle défend les intérêts de sa nouvelle entreprise", admet Courson. Et c’est tout ? "Elle me propose des amendements", reconnaît-il. Une pratique banale selon lui : "Je reçois des propositions de lobbyistes tous les jours. J’en écarte 80 à 90 %."
Mais cette assistante-là, il la revoit souvent. "On déjeune ensemble." Pour parler de quoi ? De santé publique ? Ou des intérêts de Philippe Maurice ? La question reste ouverte.
La France, championne de la taxation du tabac
La France taxe le tabac plus que quiconque en Europe. Un succès ? Pas pour Courson. "Nous sommes devenus une anomalie en Europe", déplore-t-il.
Selon lui, cette fiscalité excessive alimente le marché parallèle. "Entre 20 % et 40 % des ventes de tabac en France sont illégales." Un chiffre que les douanes françaises contestent : elles parlent plutôt de moins de 20 %.
Mais Courson reste sur sa ligne. "Il faut baisser les taxes pour tuer le marché parallèle." Une position qui arrange bien les cigarettiers — et qui va à l’encontre des recommandations de l’OMS.
L’OMS contre Courson
L’Organisation mondiale de la santé est formelle : il existe un "conflit fondamental et inconciliable entre les intérêts de l’industrie du tabac et ceux de la santé publique."
Courson, lui, ne l’entend pas de cette oreille. "L’OMS se trompe", affirme-t-il. Pourquoi ? "La prohibition ne fonctionne pas." Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’interdire le tabac, mais de ne pas céder aux lobbys.
Une nuance qui échappe à Courson. Ou qu’il choisit d’ignorer.
Le vapotage, nouvelle cible
Courson vise désormais le vapotage. Il défend l’idée d’une taxe sur les cigarettes électroniques. "19 des 27 pays de l’Union européenne l’ont déjà fait", explique-t-il.
Mais cette taxe risque de rendre le vapotage moins accessible. Et de pousser les consommateurs vers le tabac traditionnel. Une conséquence désastreuse pour la santé publique.
Pourquoi cette obsession ? "C’est une question de cohérence fiscale", répond-il. Une cohérence qui, encore une fois, profite aux cigarettiers.
Questions sans réponses
Pourquoi Courson défend-il autant les intérêts de l’industrie du tabac ? Est-il simplement convaincu de ses arguments ? Ou y a-t-il autre chose ?
Les faits sont troublants. Amendements favorables au tabac chauffé. Ancienne assistante devenue lobbyiste. Contacts réguliers avec Philippe Maurice.
Le député nie toute influence. Mais les preuves s’accumulent. Et les questions restent sans réponse.
Sources
- Infiltration de Slash chez Philippe Maurice
- Organisation mondiale de la santé (OMS)
- Rapport des douanes françaises
Par la rédaction de Le Dossier


