Gironde : une candidate LFI aspergée, la République interpellée

Les faits : une agression éclair, des mots qui blessent
C’est un récit sobre, presque mécanique, que livre Amina Aminaouille face à la caméra de L’Humanité. Pas de pathos, pas de larmes. Juste des faits, alignés comme des pièces à conviction. Samedi soir, elle marche sur un trottoir de Bordeaux. Il est tard. Une voiture s’arrête. Quatre jeunes à l’intérieur. Ils ne descendent pas. Ils l’aspergent d’un liquide — « sûrement mélangé avec de l’eau parce que ça m’a picoté », précise-t-elle. Et ils parlent. « Dégage. Tu n’as rien à faire chez nous. Cache-toi. Des noirs, il y en a trop chez nous. » Puis, en partant : « Des gaz dans ton pays. » L’agression dure quelques secondes. La voiture disparaît. Amina Aminaouille reste seule, trempée, humiliée. « C’est l’acte en fait, le geste que j’ai trouvé plus violent », confie-t-elle.
Le lendemain, elle rédige un communiqué. Elle y décrit une « violente attaque raciste ». Le lundi 10 août, elle dépose une déclaration préalable en ligne. Un rendez-vous par visioconférence est d’abord fixé au vendredi, mais elle l’avance. Le mercredi 12 août, elle se rendra au commissariat de Talence pour déposer plainte en personne. Rien, dans les sources disponibles, ne permet d’identifier les agresseurs ni de corroborer le récit par des témoins indépendants ou des images de vidéosurveillance. La plainte est en cours.
Le contexte : une candidate aguerrie, un climat délétère
Selon la source, Amina Aminaouille n’est pas une novice. Elle a déjà été candidate sur une liste aux élections municipales à Bordeaux, avec Oma Boudinard, elle aussi une personne de couleur. Elle raconte avoir reçu « pas mal d’attaques » à l’époque, des commentaires filtrés, des plaintes déposées par la tête de liste. Aujourd’hui, elle est tête de liste pour les sénatoriales de septembre 2026 en Gironde, soutenue par La France insoumise, le Parti de gauche et les Verts populaires. D’autres candidats insoumis ont déjà dénoncé des actes racistes : Nordine Raymond, candidat à la mairie de Bordeaux, a porté plainte pour harcèlement en ligne. Bali Bagayoko, député LFI à Saint-Denis, a reçu des courriers racistes — dont un faisant référence à Tintin au Congo, en mars dernier. « On est préparés », dit-elle. « Être candidate de la France insoumise, c’est sensible. Être noir aussi, c’est être en cible. » Elle ne craint pas pour sa sécurité. Elle se dit déterminée. Mais elle pointe un phénomène plus large : la banalisation des discours racistes, amplifiée par les médias et les propos de la droite et de l’extrême droite sur l’immigration. « Le racisme prend énormément d’ampleur », affirme-t-elle.
Le traitement judiciaire : une plainte, des questions
À ce jour, aucune information n’a été communiquée sur l’ouverture d’une enquête préliminaire ou sur l’identification des suspects. La plainte d’Amina Aminaouille n’a pas encore été déposée en personne — elle le sera le 12 août. Les agresseurs présumés sont toujours inconnus. La procédure suit son cours. Rien ne permet, à ce stade, de confirmer ou d’infirmer les faits allégués. Ce qui est certain, c’est que la candidate a suivi la procédure : déclaration en ligne, rendez-vous avancé, plainte en bonne et due forme. Elle a également reçu un soutien massif, selon ses dires, de personnalités politiques locales et nationales, notamment des députés LFI. Mais en l’absence d’éléments matériels — vidéo, témoins, identification — l’affaire repose pour l’instant sur la seule parole de la victime présumée.
Ce que ça dit de la France : une société sous tension
Selon la source, Amina Aminaouille ne parle pas seulement de l’agression. Elle parle de ce qui vient avant. Des discriminations dans l’emploi. De cette agence de recrutement qui appelle une famille pour demander si elle accepte « une personne de couleur ». De cette préfecture où on l’oriente vers le service des étrangers, alors qu’elle vient en tant que tête de liste. « Je suis pas vue comme une professionnelle, je suis vue comme une noire », dit-elle.
Et maintenant ?
La plainte sera déposée mercredi. L’enquête, si elle est ouverte, devra établir les faits. Les agresseurs, s’ils sont identifiés, devront répondre de leurs actes devant la justice. Amina Aminaouille, elle, continue. « Je suis plus que déterminée à combattre le racisme », dit-elle. Elle veut porter ce combat jusqu’au Sénat.
Sources :
- L’Humanité (YouTube) — « Insultée et aspergée d’un liquide irritant : victime d’une agression raciste, A. Aminaouille témoigne »
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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