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Le BLOB : ce génie sans cerveau qui révolutionne la science

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-22
Illustration: Le BLOB : ce génie sans cerveau qui révolutionne la science
© YouTube

Un organisme venu d’ailleurs

  1. Une gelée extraterrestre menace d’engloutir la Terre. Le blob fait son apparition au cinéma. Fiction ? Pas tant que ça. Physarum polycephalum — son vrai nom — existe bel et bien. Présent sur Terre depuis près d’un milliard d’années, il défie toutes les lois de la biologie. Ni animal, ni plante, ni champignon. Une seule cellule géante, visible à l’œil nu. Sans bouche, sans estomac, sans cerveau. Pourtant, il voit, il sent, il digère, se déplace et résout des problèmes complexes.

Audrey Dussutour, chercheuse au CNRS, l’a découvert presque par hasard. « La première fois, ça ressemblait à une vieille omelette. » Elle l’a laissé dans un placard. Le lendemain, le blob avait envahi les lieux. « Comme un animal affamé », explique-t-elle. Voilà où ça se complique. Cet organisme primitif cache des capacités incroyables. Et elles sont en train de bouleverser notre compréhension de l’intelligence.

Le génie de la nutrition

Le blob est un glouton. Il se nourrit de bactéries, de levures, de champignons. Mais il ne mange pas n’importe comment. Audrey Dussutour a créé 35 recettes différentes pour lui. Des flans, comme des crèmes brûlées, avec des ratios protéines/sucre variés. Le blob choisit toujours celui qui maximise sa croissance. Si aucune recette n’est parfaite, il combine deux préparations imparfaites pour obtenir le régime idéal.

Chez l’homme, la gestion des besoins nutritionnels passe par le cerveau. Le blob, lui, n’en a pas. Pourtant, il optimise son apport en nutriments mieux que quiconque. Quand les conditions deviennent mauvaises, il entre en dormance. Il peut survivre sans nourriture pendant deux ans. Une goutte d’eau suffit à le réveiller. Prêt pour de nouvelles aventures.

Le labyrinthe du blob

Au Japon, Toshiuki Nakagaki a révélé une autre facette du génie du blob. En 2000, il le place dans un labyrinthe avec une source de nourriture à l’entrée et à la sortie. Le blob déploie son réseau de veines. Il trouve le chemin le plus court. Il optimise le transfert des nutriments. Nakagaki publie ses résultats dans la revue Nature. En 2008, il reçoit le prix IG Nobel, un prix scientifique qui fait sourire puis réfléchir.

Mais Nakagaki ne s’arrête pas là. Il compare le réseau de veines du blob au réseau ferroviaire japonais. Sur une carte de Tokyo, les villes sont remplacées par des flocons d’avoine. Le blob recrée un réseau aussi efficace que celui des ingénieurs japonais. Il choisit toujours les chemins les plus efficaces. Sans cerveau, sans système nerveux. Comment est-ce possible ?

Une mémoire sans neurones

Le blob laisse derrière lui une traînée de mucus. Audrey Dussutour a découvert que ce mucus sert de mémoire externe. Elle a réalisé une expérience avec un pont recouvert de sel. Le blob n’aime pas le sel. Le premier jour, il met dix heures à traverser le pont. Au cinquième jour, il traverse aussi vite qu’un blob qui n’a jamais été exposé au sel. Il s’est habitué.

Cette expérience a duré neuf jours. Elle a été répétée 4000 fois. Le résultat est sans appel : le blob apprend. Et il peut transférer cet apprentissage à un autre blob. Comment ? En fusionnant. Le blob est une seule cellule, mais il contient des milliers de noyaux. Quand deux blobs fusionnent, leurs réseaux de veines se connectent. L’information circule. Le blob naïf apprend à aimer le sel.

Le blob, modèle de l’intelligence cellulaire

À Boston, Michael Levin travaille sur la communication cellulaire. Il étudie les planaires, des vers aquatiques capables de régénérer chaque partie de leur corps. En perturbant leurs signaux électriques, il a réussi à faire pousser une deuxième tête à une planaire. Le blob pourrait-il lui aussi être utilisé pour comprendre comment les cellules communiquent ?

Andrew Adamatski, à Bristol, utilise le blob pour développer de nouveaux protocoles en robotique. Il greffe des blobs sur des robots qui bougent au rythme de leurs impulsions électriques. La lumière est un répulsif puissant pour le blob. En l’éclairant avec un laser, Adamatski peut changer la direction du robot.

Les applications potentielles

Le blob pourrait révolutionner plusieurs domaines. En écologie, il pourrait être utilisé pour dépolluer les sols. Un cousin du blob accumule des métaux lourds comme le zinc et le manganèse. En médecine, le blob sécrète des antibiotiques et des antifongiques. Il pourrait aider à découvrir de nouvelles molécules pour lutter contre les maladies.

Hans Gunter Debereiner, à Brême, étudie la création du réseau veineux du blob. Il espère appliquer ses découvertes à la compréhension du cancer. Les tumeurs construisent un système vasculaire similaire à celui du blob. La modélisation informatique du réseau du blob pourrait aider à mieux comprendre comment les tumeurs se développent.

Le blob dans l’espace

Les astrophysiciens de Grenoble veulent envoyer le blob dans l’espace. Le but : étudier comment une cellule réagit à la microgravité et aux rayons cosmiques. Le blob pourrait rejoindre le blob du film de 1958 dans son berceau stellaire. Quelles nouvelles surprises nous réserve-t-il ?

Le blob continue de repousser les limites de la science. Nutrition, déplacement, fusion, apprentissage, mémoire. Cet organisme unicellulaire nous apprend que l’intelligence ne nécessite pas de cerveau. Sa découverte ouvre un nouveau champ scientifique. Celui de l’intelligence cellulaire. Et ce n’est que le début.

Par la rédaction de Le Dossier

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