Bagnols : l'ancienne municipalité épinglée pour une passerelle à 1,5 million et des spectacles en perte
1 579 000 euros hors taxe. Voilà le prix réel de la passerelle sur la RD 16 à Bagnols-sur-Cèze, selon le maire actuel. Annoncée 400 000 € pendant la campagne, la note a quadruplé. Le maire actuel, sur sa chaîne YouTube Contrechamp politique, dénonce un « mensonge » et une gestion « irresponsable ». Il détaille, chiffres à l'appui, trois dossiers : la passerelle, l'achat avorté d'un cinéma, et des spectacles estivaux dont les pertes frôlent les 82 %. Une addition vertigineuse pour une commune où plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté, selon le maire.
La passerelle : de 400 000 à 1,6 million
« On nous a vendu l'idée pendant la campagne électorale qu'elle ne coûterait que 400 000 € », assène le maire. « C'est déjà beaucoup vu l'état d'endettement de Bagnols. Mais on nous a menti. »
Il révèle avoir eu une réunion de chantier il y a quinze jours. Les chiffres sont tombés : 1 579 000 € HT. « Voilà ce que nous allons tous payer pour faire passer quelques piétons, accessoirement quelques vélos », lance-t-il.
Le marché était déjà signé, les travaux engagés. Impossible de revenir en arrière. « J'ai le grand déplaisir de vous indiquer que nous allons tous payer 1 579 000 € HT, en espérant que l'addition ne soit pas davantage salée. »
La passerelle devait désengorger le pont de la RD 16. « Ça ne désengorgera pas », tranche-t-il. « Les vélos, les piétons, accessoirement les trottinettes. Peut-être les scooters. Mais c'est tout. »
Le maire rappelle que « plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ».
Le cinéma : 850 000 € pour un bâtiment sans parking
Deuxième dossier : l'achat des murs du cinéma municipal. « Ce cinéma que nous aimons tous, avec sa façade si reconnaissable », concède le maire. « Mais c'est un cinéma qui est hors de prix pour Bagnols. »
Le prix d'achat des murs : 850 000 €. Le locataire – l'exploitant actuel – n'a jamais caché son intention de partir pour un multiplexe dans le projet de rénovation des Escanaux. « Si nous avions fait cette opération, nous nous serions retrouvés dans peu de temps avec un bâtiment sans locataire commercial », explique-t-il.
Qui paierait le remboursement de l'emprunt ? « C'est nous tous. S'il n'y a pas de loyer pour compenser. »
Encore pire : le bâtiment est difficilement adaptable. « Ce sont des locaux mono-volants. C'est un bâtiment qui a toujours eu pour vocation d'être une salle de cinéma. » Pour le transformer, il faudrait « jeter encore 400 000, 500 000, voire 600 000 € de travaux ». Et au final, pas de parking. « Vous savez tous très bien qu'aujourd'hui, s'il n'y a pas de parking à proximité, il n'y a pas d'activité. »
La ville aurait donc dépensé entre 1,2 et 1,5 million d'euros pour un bâtiment vide. « Est-ce qu'une ville comme Bagnols peut se permettre ce genre de dépense ? » interroge-t-il. La réponse est non. La nouvelle équipe a renoncé à l'achat.
Les spectacles : des pertes de 60 à 82 %
Troisième volet : la programmation culturelle. Le maire se défend d'être un ennemi de la culture. « J'accepte tout à fait que l'on perde de l'argent sur la culture », dit-il. « Mais entre perdre de l'argent sur des spectacles gratuits pour les enfants ou les personnes âgées, et avoir des pertes abyssales, il y a une marge. »
Il détaille trois spectacles déjà signés par l'ancienne municipalité pour l'été au Mont-Cotton. Impossible de les annuler.
- Ben Mazué : dépense 163 752 €, recette escomptée 51 500 €. Déficit : 68,55 %.
- Hit 80/90 : dépense 94 000 €, recette 16 500 €. Déficit : 82,44 %.
- Hélène Segara : dépense 65 097 €, recette 26 000 €. Déficit : 60,59 %.
« Je vous laisse faire l'addition du gouffre que nous allons tous devoir payer », lance-t-il.
La nouvelle équipe a refusé de signer neuf autres spectacles proposés pour la saison 2026-2027. Le coût total de ces neuf spectacles : 172 735 €, pour une recette espérée de 116 000 €, soit un déficit prévisionnel de 56 735 €. « Ça représente près de 34 % du coût total de l'opération », calcule le maire. Sans compter la mobilisation du personnel, les cachets des intermittents, les régisseurs son et lumière. « Ça gonfle toujours l'addition. »
« Fake news » et « rageurs sur les réseaux »
Le maire actuel consacre une partie de son intervention à répondre aux critiques. « Il nous a été reproché de nous attaquer à la culture », dit-il. « C'est faux. C'est une fake news. »
Il accuse certains médias et « rageurs sur les réseaux sociaux » de diffuser des informations erronées. « Il faut pas toujours croire ce qui est écrit dans les médias et ce qui est publié sur les réseaux sociaux. Il faut aller à l'information, il faut regarder les chiffres. »
Il invite les citoyens à se faire leur propre opinion. « Je vous demande pas votre avis, je vous demande juste de vous faire votre propre opinion. »
Un contexte d'endettement lourd
Le maire rappelle que la commune est « très endettée » et que « plus de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté ». Dans ce contexte, chaque euro compte.
Les dépenses de l'ancienne municipalité – passerelle, cinéma, spectacles – représentent plusieurs millions d'euros.
« Est-ce que ça vraiment c'était utile à Bagnols ? » demande-t-il à propos de la passerelle. « Je pense que non. »
Des questions sans réponse
Le maire actuel ne donne pas de noms. Il parle de « la précédente municipalité », sans la nommer. Les documents – marchés, devis, contrats – ne sont pas rendus publics dans la vidéo.
Le maire actuel promet de la transparence. « Je tenais à faire cette mise au point devant vous », conclut-il.
Et pourtant.
Le dossier est loin d'être clos. Les chiffres sont là, bruts. 1,579 million pour une passerelle. 850 000 € pour un cinéma sans parking. 230 000 € de pertes sur trois spectacles. Une ville endettée, une population pauvre.
Le maire actuel a choisi de parler directement aux citoyens, via YouTube. Une manière de contourner les médias qu'il accuse de partialité.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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