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Baby Camorra : des adolescents règnent par la terreur sur Naples

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-14
Illustration: Baby Camorra : des adolescents règnent par la terreur sur Naples
© YouTube

Le baptême de sang

Maurizio Prestieri était capo de la Camorra. Aujourd'hui, il vit sous escorte. Après son arrestation, il a coopéré avec la justice. La Camorra l'a condamné à mort. Il parle depuis un lieu tenu secret.

« Autrefois, il existait une règle concernant le meurtre », explique-t-il. On tuait un ennemi, un traître, une menace. Pas un inconnu. « Aujourd'hui, les jeunes ont perdu le code de conduite. Si quelqu'un me regarde, je le tue. » Pourquoi ? « Pour semer la terreur parmi le peuple. »

La Baby Camorra n'a plus de code. Un regard, une insulte — ou juste pour « gagner ses galons ». Prestieri raconte : « Les Turcs ne veulent pas faire affaire avec ces enfants. Quelles garanties avec un gamin de 15 ans ? » L'enrichissement à long terme n'est plus le but. « Posséder un scooter, une petite voiture, une montre à la mode. » Voilà l'ambition.

Les jeunes ont pris le pouvoir par la violence. « Ce n'est pas la Camorra qui a donné aux jeunes, ce sont les jeunes qui ont pris le pouvoir », insiste Prestieri. Une révolution criminelle.

Le Baby Boss

Naples. Une centaine de gangs se disputent le contrôle. Le plus puissant : le clan Scampia. Pour y entrer, une autorisation est nécessaire. Les journalistes sont fouillés. Pas d'armes, pas de mouchards. Puis, la rencontre.

« Tu es un bébé patron ? » demande le reporter. « Oui, oui, moi. Numéro un. Numéro un. Baby boss. » Le chef du gang le plus puissant de Naples a 16 ans. Il refuse d'être filmé. « Je suis invisible », dit-il.

D'où vient l'argent ? « Cocaïne, crack, héroïne. Tout. » Il montre la drogue. Un échantillon. « Les enfants de 12 ans consomment de la cocaïne. » Il accepte de guider l'équipe vers un point de vente. Mais il est pressé. « Rapide, rapide. Sinon les gars sont déjà à terre. »

Le point de vente ? Une rue. Un guetteur, un vendeur. Les clients défilent. « 75 euros le gramme », précise le Baby Boss. En quelques heures, des centaines de milliers d'euros. L'argent finance la terreur.

Scampia, le ghetto-dortoir

Simone Di Meo est journaliste. Il connaît Scampia. Des immeubles subventionnés par l'État, devenus des forteresses de la Camorra. « Il n'y a pas de cinémas, pas d'aires de jeux, pas de monde », décrit-il. Un désert social.

Le taux d'absentéisme scolaire est très élevé. « Si tu ne vas pas à l'école, tu n'as pas la perception du bien et du mal. » Le modèle, c'est le capoclan en Ferrari, en Lamborghini. « 15 000 euros en une soirée pour 43 bouteilles de champagne. » Comment un garçon pourrait-il résister ?

La baisse de l'âge des chefs rend tout plus instable. « Avec les chefs adultes, il y avait une Pax mafioso. Les chefs sacrifiaient la vengeance pour des affaires lucratives. Aujourd'hui, la Pax n'existe plus. » Les jeunes sont des « chiens errants ». Ils agissent sans stratégie. « Un garçon achète un fusil pour 300 euros et décide de conquérir un corridor. Pour le garder, il tue avec encore plus de facilité. »

Arturo, la victime

Arturo a 17 ans. Des membres de la Baby Camorra l'ont agressé. « 20 coups de feu », dit sa mère Maria Elisa. « Mon fils a été laissé pour mort au sol. » Les séquelles sont terribles : deux nerfs sectionnés, une corde vocale, la veine jugulaire. « Crises de panique, troubles de la concentration, du sommeil. »

L'un des agresseurs mesure 1,45 mètre. On l'appelle « le nain ». Il voulait prouver qu'il pouvait tuer un garçon plus grand. Arturo mesure 1,80 mètre. « Ces garçons sont les porteurs d'une violence aveugle », analyse la mère.

Maria Elisa est allée voir la mère d'un agresseur. « Je me suis retrouvée face à un bar napolitain, une chambre individuelle avec un lit, une cuisine, un réfrigérateur, et un gros scooter garé au centre de la pièce. » C'est dans ce contexte que vivent des milliers de garçons. « Si j'ai choisi de parler, c'est pour donner une chance à ces jeunes. »

Le tueur sans regrets

Un tueur à gages repenti accepte de parler. La police et un gang rival le recherchent. Il a tué le complice d'un gang dans un bar. « Je savais qui ils étaient. Je me suis approché. L'un m'a tiré une balle dans la tête. L'autre s'est échappé. Pendant sa fuite, je lui ai tiré une balle dans la nuque. L'un est mort, l'autre a été sauvé. Et celui qui a été sauvé m'a chanté. »

Il ne regrette rien. « J'ai tué trop de gens. La moitié des gens à l'arrière. » Le premier meurtre ? « Ce n'est pas facile. Quand tu regardes une personne dans les yeux, c'est tragique. Mais j'ai fait un choix de vie et je l'ai assumé. » Regrette-t-il quelque chose ? « Non. C'est le plus petit détail de ma vie. Je n'ai jamais eu de regrets. »

L'économie de la Camorra

Deuxième source de financement : la contrefaçon de vêtements. Le clan Scampia ouvre un entrepôt. Les vêtements viennent de Turquie. « Ce produit arrive avec une cargaison à destination de Naples, dans le port », explique un membre du clan.

Un t-shirt coûte 80-90 euros à produire. Vendu 150-160 euros. En boutique, jusqu'à 500 euros. « Les magasins sont impliqués. Ils les demandent et les vendent. C'est un système qui profite à tous. » Même le club de football de Naples ? « Les dirigeants ? Oui, ils en tirent profit. » Selon le témoin, « tous les magasins de Naples nous appartiennent. »

Les armes viennent d'Albanie

Un trafiquant d'armes accepte de parler, sans être identifié. Les armes viennent d'Albanie et de Serbie. « Ils amènent leurs voitures ici, en Italie. » La Camorra a besoin de Kalachnikovs. « Beaucoup de Kalachnikovs. Arme très puissante, précise. »

Le prix en Italie : 3 500 euros. Coût en usine : 600-700 euros. « C'est une bonne affaire. » Un pistolet : 2 000-2 500 euros. « Ce sont des armes militaires. Ça tue beaucoup. Ça vous découpe en morceaux. » Pourquoi tant d'armes ? « Quand on va tuer des gens, on ne peut pas laisser l'arme. Si on la trouve, on est accusé de deux meurtres. Il faut toujours de nouvelles armes. »

Roberto Saviano : « tout, immédiatement, et mourir »

Roberto Saviano vit sous protection depuis plus de dix ans. Il a écrit sur la Camorra. Il analyse le phénomène. « Ces dernières années ont été marquées par une véritable révolution. Les enfants ont atteint le sommet des clans. Pour la première fois dans l'histoire criminelle, des adolescents sont au sommet. Tous avec le même objectif : avoir tout, immédiatement, et mourir. »

L'ancienne mafia voulait disparaître le plus tard possible. « Maintenant, si tu as 20 ans, tu es déjà un raté. » Saviano cite son livre : « Il n'y a que deux types de personnes : celles qui baisent et celles qui se font baiser. » Le monde est divisé entre les baiseurs et les baisés. « Le meilleur est celui qui a gagné le plus d'argent, qui est le plus craint, qui est cool. »

Y a-t-il de l'espoir ? « Parfois je les regarde, je les écoute et je pense : s'ils avaient eu une autre solution, s'ils avaient consacré leur talent à autre chose, qu'auraient-ils généré ? Mais on ne peut pas demander un effort héroïque à un enfant. » Les jeunes tuent, maîtrisent les adultes, imposent leur loi. « Atteindre le futur est un signe d'échec. »

Sources

  • Témoignage de Maurizio Prestieri, ancien capo repenti (vidéo YouTube)
  • Témoignage du Baby Boss, chef du clan Scampia (vidéo YouTube)
  • Témoignage de Simone Di Meo, journaliste (vidéo YouTube)
  • Témoignage d'Arturo et de sa mère Maria Elisa (vidéo YouTube)
  • Témoignage du tueur à gages repenti (vidéo YouTube)
  • Témoignage du trafiquant d'armes (vidéo YouTube)
  • Témoignage de Roberto Saviano, écrivain sous protection (vidéo YouTube)
  • Vidéo source : « Baby Camorra : des adolescents règnent par la terreur sur Naples » (YouTube, L88cIfQ8c-U)

📰Source :youtube.com

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