Assureurs français : l'explosion des risques climatiques, cyber et émeutes menace l'assurabilité

Tempêtes Pedro et Nils : 1,2 milliard d'euros de dégâts
Janvier 2026. La France tremble sous les coups de boutoir des tempêtes Pedro et Nils. Des vents à 150 km/h. Des pluies diluviennes. Des inondations record. Les dégâts ? 1,2 milliard d'euros. Un chiffre colossal. Mais rien d'étonnant pour Mathieu Godard, directeur général d'Axa France. "Le coût des catastrophes naturelles triple tous les dix ans. Dans les années 2010, c'était 4 milliards par an. Aujourd'hui, on est à 6 milliards. Et ça ne fait que commencer."
Les assureurs sont en première ligne. Face à l'urgence, Axa a déployé ClimAgir, un dispositif de prévention. SMS d'alerte. Conseils pratiques. Relogement d'urgence. "On ne peut pas empêcher les tempêtes, mais on peut limiter les dégâts. C'est ça, la prévention." Une prévention qui coûte cher. En 2025, les primes d'assurance habitation ont augmenté de 20 euros. Les assurances auto, de 10 euros. "C'est inéluctable. Sans ça, le système ne tiendra pas."
Le retrait-gonflement des argiles : un tsunami silencieux
Les fissures apparaissent d'abord discrètes. Puis elles s'élargissent. Les murs craquent. Les maisons se disloquent. Le phénomène ? Le retrait-gonflement des argiles. Un mouvement de terrain causé par l'alternance de sécheresses et de pluies. En France, 61,5% des maisons individuelles sont exposées. Soit 12 millions de logements. Les dégâts ? 1 milliard d'euros par an depuis 2016. Un chiffre qui pourrait tripler d'ici 2050.
Face à l'urgence, l'État a mobilisé 30 millions d'euros pour financer des travaux de prévention. Mais pour Alain Franck Béchad, expert en géotechnique, c'est une goutte d'eau. "Les maisons fissurées, on ne peut pas les sauver. Il faut agir en amont. Couper les arbres trop proches. Réparer les tuyaux percés. Éloigner l'eau des fondations. Sinon, dans deux ans, la maison sera cassée en deux."
Cyberattaques : le nouveau cauchemar des assureurs
- Les cyberattaques détrônent les risques climatiques dans le baromètre de France Assureur. Pourquoi ? Une explosion des incidents. Les grandes entreprises sont bien protégées. Mais les PME ? Seulement 10% sont assurées. Les petits commerces ? Encore moins. "C'est comme avec une voiture. On ne peut pas assurer quelqu'un qui n'a pas son permis. Une entreprise sans protection cyber, c'est la même chose", explique Adrien Couret, directeur général d'Agora.
Les assureurs multiplient les offres. Services d'audit. Formation des salariés. Kit de prévention. Mais le risque reste colossal. "On est attaqués des milliers de fois par jour. Sans une armée d'ingénieurs et d'experts, on ne tiendrait pas." Les polices cyber facultatives aujourd'hui pourraient devenir obligatoires demain. Une évolution inéluctable.
Émeutes : la France dans le même classement que le Nigeria et l'Afrique du Sud
- Les émeutes urbaines après la mort de Naël. 2024. Les violences en Nouvelle-Calédonie. Les assureurs paient. Mais jusqu'à quand ? Les réassureurs estiment que la France a désormais un niveau de risque comparable au Nigeria et à l'Afrique du Sud. "On peut couvrir les conséquences des émeutes, mais pas indéfiniment. Si l'ordre public n'est pas respecté, le système va craquer", alerte Adrien Couret.
La crise des gilets jaunes a marqué un tournant. Les assureurs ont indemnisé des centaines de millions d'euros de dégâts. Mais la doctrine de l'ordre public française pose problème. "Laisser la casse se faire pour éviter des drames humains, c'est compréhensible. Mais pour nous, ça devient une ligne rouge."
Santé : le mur démographique qui pèse sur les assureurs
Les dépenses de santé en France augmentent de 4 à 5% par an. Pourquoi ? Le vieillissement de la population. Une santé dégradée. Moins de diagnostics. Moins de vaccinations. "On nous demande de mieux couvrir une population qui va de moins en moins bien", regrette Adrien Couret. La France consacre deux à trois fois moins d'argent à la prévention que ses voisins européens. Un échec cuisant.
Les assureurs appellent à une politique publique ambitieuse. Sur le modèle de la prévention routière, qui a divisé par trois le nombre de morts sur les routes en trente ans. "Il faut créer une grande association France Prévention Santé. Et mettre le paquet sur quelques thématiques prioritaires. Sinon, le système ne tiendra pas."
Conclusion : un monde encore assurable, mais à quel prix ?
Les fonds propres des assureurs français s'élèvent à 200 milliards d'euros. L'équivalent du plan "quoi qu'il en coûte" pour le Covid. Une puissance financière colossale. Mais pas inépuisable. "Le monde de demain est encore assurable, à condition de s'attaquer aux racines des problèmes", assure Adrien Couret. Arrêter de construire dans les zones inondables. Aménager le territoire. Investir dans la prévention. Et protéger l'ordre public.
Les Français vont devoir payer plus cher pour être assurés. Mais ils ont encore le choix. Entre un monde où les primes explosent et un monde où les risques deviennent inassurables, la marge est étroite. Le temps presse. Les assureurs ont tiré la sonnette d'alarme. À l'État maintenant de réagir.
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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