EXCLUSIF: Comment l'Assemblée des quartiers infiltre la gauche à Bagnolet

Bagnolet : Une ville en crise
16,5% de chômage. 30% de personnes sous le seuil de pauvreté. Bagnolet souffre. Les quartiers populaires, comme La Capsulerie et Le Malassis, sont les plus touchés. En 2020, le maire actuel, Tony Di Martin, avait été réélu avec 55% des voix. Mais seulement 36% des électeurs s’étaient déplacés pour voter au second tour. L’abstention est un problème majeur. Les habitants des quartiers populaires se sentent souvent exclus du processus politique.
Regardons les faits. Les services publics manquent. Les médiations avec les bailleurs sont rares. Les familles sont laissées pour compte. La représentativité est faible. Et pourtant, une nouvelle coalition espère changer la donne. Bagnolet Collectif, une alliance entre écologistes, insoumis et militants de l'Assemblée des quartiers, se présente aux élections municipales.
L'Assemblée des quartiers : Une force montante
L'Assemblée des quartiers n’est pas un parti politique. C’est un rassemblement de militants des quartiers populaires. Leur objectif ? Peser dans le débat public et influencer les partis politiques. Ils sont sept sur la liste Bagnolet Collectif. Parmi eux, Laoren Lolo, numéro 2 sur la liste. Ancienne élue de Fusse, elle connaît bien les réalités des quartiers populaires.
"Nous vivons dans nos quartiers. Nous savons ce qui se passe. Nous savons quels bâtiments ont besoin de médiation avec les bailleurs. Nous savons quels bâtiments ont besoin de plus de services publics pour les familles", explique Laoren Lolo. "Il est temps de faire entendre la voix de ceux qui ne sont pas entendus."
Sarab, 20 ans, est un autre membre de l'Assemblée des quartiers. Il a grandi à La Capsulerie avant de s’installer au Malassis. Pour lui, la politique est une question de justice sociale. "Ma ville, c’est là où j’ai grandi, où mes grands-parents sont venus, où mes parents ont grandi. La lutte contre les discriminations, l’égalité, mettre les quartiers populaires au centre de la vie politique : c’est ce qui me motive."
Une coalition improbable
Édouard de Noël, tête de liste de Bagnolet Collectif, est actuellement le 3ème adjoint au maire Tony Di Martin. À 41 ans, ce fonctionnaire brigue le poste de maire pour la deuxième fois. Rien d’un novice sur la scène politique locale. Mais sa coalition avec l'Assemblée des quartiers est une nouveauté.
"Nous avons tissé des liens entre camarades écologistes, insoumis et militants de quartier populaire. Cette habitude de travailler ensemble nous a permis de constituer cette liste très aisément", explique Édouard de Noël. Il assure que les militants ne sont pas là pour faire de la figuration. "La logique de l'Assemblée des quartiers est de se fédérer, de porter leurs idées et de peser dans les différentes listes dans lesquelles ils sont présents."
Mais la gauche française a une longue histoire de récupération politique des militants de quartier. Pour Ilias, un jeune militant, les choses ont changé. "Je pense qu’on en est conscient. Les jeunes de quartiers commencent de plus en plus à s’intéresser à la politique. Ils comprennent que ça a un impact sur leur vie, sur la vie de leurs proches."
Le défi de l'abstention
36% de participation au second tour des municipales en 2020. Ce chiffre est alarmant. L’abstention est particulièrement forte dans les quartiers populaires. Pour remédier à ce problème, la représentativité des listes électorales est cruciale.
"Il faut que les gens se mettent à aller voter, à ne pas attendre qu’on décide pour eux", insiste Laoren Lolo. "Il ne faut pas qu’ils pensent que ça ne changera rien. Si nous tous nous nous y mettons, cela peut faire pencher la bascule."
Mais la représentativité seule suffira-t-elle ? Les problèmes sociaux s’accumulent. Les services publics sont déficients. Les habitants des quartiers populaires sont souvent désabusés. La tâche est immense.
Le soutien des figures emblématiques
Assa Traoré et Sonia Chaouch, membres du Comité Adama, ont soutenu la liste Bagnolet Collectif lors de leur dernière réunion publique le 11 mars 2024. Leur présence est un signal fort. "La politique, c’est le quotidien. C’est connaître les habitants, connaître les rues des villes où on est", a déclaré Assa Traoré.
Ce soutien renforce la crédibilité de la coalition. Mais le chemin sera long. Bagnolet Collectif devra affronter cinq autres listes estampillées à gauche lors du premier tour des élections municipales.
Une nouvelle ère pour la gauche ?
La coalition écologiste et insoumise avec l'Assemblée des quartiers marque-t-elle une nouvelle ère pour la gauche ? Le dossier est loin d’être clos. Les enjeux sont nombreux. La représentativité, l’abstention, les problèmes sociaux : tout est à prendre en compte.
Une date. Un virement. Une question. Dimanche 15 mars 2024, Bagnolet Collectif aura fort à faire. Les habitants des quartiers populaires attendent des résultats concrets. La gauche française sera-t-elle à la hauteur de leurs attentes ? Seul l’avenir nous le dira.
Sources
- Assemblée des quartiers
- Comité Adama
Par la rédaction de Le Dossier
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