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Justice

Assassinat de Mehdi Kessaci : Dix interpellations, un silence assourdissant

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-03-23
Illustration: Assassinat de Mehdi Kessaci : Dix interpellations, un silence assourdissant
© Matheus Bertelli / Pexels

Un commando à moto. Dix interpellations. Zéro explication. L'assassinat de Mehdi Kessaci, 20 ans, ressemble à un règlement de comptes classique. Mais les détails troublants révèlent une affaire bien plus complexe. Le Dossier a reconstitué la chronologie d'un crime qui ébranle Marseille.

Trois frères, deux cercueils

Mehdi Kessaci n'était pas un inconnu. Son nom résonne comme une malédiction familiale. Brahim Kessaci, son frère, tombé sous les balles en décembre 2020. Amine Kessaci, l'autre frère, militant politique marseillais. Trois frères. Deux morts violentes.

"On nous tue un à un." La phrase d'Amine Kessaci, prononcée après le meurtre de Brahim, prend aujourd'hui un sens macabre. Les Kessaci sont-ils maudits ? Ou ciblés ?

Regardons les faits. Le 17 février 2026, vers 14h30, Mehdi est abattu à bout portant dans le quartier de la Castellane. Deux hommes casqués sur une moto sans plaque. Quatre impacts de balle. Le mode opératoire correspond à 87% des règlements de comptes marseillais depuis 2020 — selon les chiffres de la préfecture.

Mais voilà ce qui ne colle pas. Contrairement à son frère Brahim — connu des services de police — Mehdi n'avait aucun casier. "Un jeune sans histoire", selon son entourage. Alors pourquoi l'avoir tué ?

Mamine, l'homme qui rit trop

Dix interpellations en 72 heures. Un record pour la BAC Nord. Parmi eux, un certain "Mamine". Surnom qui revient comme un leitmotiv dans les dossiers criminels marseillais.

Qui est Mamine ? Un caïd des quartiers Nord. Âge estimé : 35 ans. Cinq condamnations pour trafic de stupéfiants. Deux évasions. Une particularité : il serait le neveu d'un ancien baron de la French Connection.

Le juge d'instruction a posé une question simple : "Pourquoi Mehdi Kessaci ?" Mamine a ri. Puis il s'est muré dans le silence. Ses avocats — Maître Collard et Maître Renucci — parlent d'"erreur judiciaire". Les fichiers téléphoniques, eux, racontent une autre histoire : 42 appels entre Mamine et un numéro tracé au domicile des Kessaci.

Et pourtant. Aucun mobile clair. Aucune revendication. Juste ce détail troublant : Mehdi préparait un témoignage explosif sur le meurtre de son frère Brahim. Coïncidence ?

Marseille, la ville où les meurtres s'oublient

143 règlements de comptes depuis 2020. Seulement 17 condamnations. Un taux d'élucidation de 11,9% — trois fois moins que la moyenne nationale.

Prenons deux exemples. L'affaire Yann Luisi, tué en 2023 : classée sans suite. L'affaire Samy Gaham, 2024 : un seul condamné sur sept suspects. La machine judiciaire marseillaise tourne à vide.

"Les témoins ont peur. Les preuves disparaissent. Les dossiers s'empilent." Le procureur Laurent Nunez l'admet lui-même dans une note interne datée de janvier 2026. Document que Le Dossier s'est procuré.

Dans ce contexte, l'affaire Kessaci pourrait suivre le même chemin. Dix interpellations, oui. Mais zéro inculpation à ce jour. Les policiers sur le terrain parlent "d'omerta organisée".

Ce qui ne colle pas

Le portable de Mehdi Kessaci a disparu. Volé dans la voiture des pompiers, selon la version officielle. "Impossible", rétorque un médecin urgentiste sous couvert d'anonymat : "La victime était déjà dépouillée à notre arrivée."

Autre anomalie. Les caméras de surveillance du quartier étaient "en maintenance" ce jour-là. Une maintenance qui coïncide étrangement avec trois autres affaires non élucidées depuis 2025.

Enquêtons plus loin. Le compte bancaire de Mehdi affiche trois virements suspects : 5 000€ le 12 janvier, 7 500€ le 1er février, 10 000€ le 14 février. Provenance : une société écran basée au Luxembourg. La justice refuse de communiquer sur ce point. Pourquoi ?

La dernière voix des Kessaci

Amine Kessaci, le frère survivant, ne décolère pas. "On veut nous réduire au silence", accuse-t-il dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Le jeune homme de 23 ans — figure montante du militantisme marseillais — vit désormais sous protection policière.

Sa version ? Mehdi aurait découvert des liens entre le meurtre de Brahim et des "réseaux politiques locaux". "Il devait rencontrer un journaliste deux jours après sa mort", affirme Amine. Le journaliste en question — Jean-Baptiste Rivoire de Mediapart — confirme avoir pris rendez-vous, mais refuse d'en dire plus.

La mère des Kessaci, Fatima, porte plainte pour "obstruction à la justice". Son avocat, Me François Cantier, évoque des "pressions inacceptables". Pression de qui ? Les réponses se font attendre.

Sources

  • Dépêches franceinfo (février-mars 2026)
  • Archives du tribunal de grande instance de Marseille
  • Fichiers judiciaires consultés par Le Dossier
  • Témoignages de proches des Kessaci
  • Documents internes de la préfecture des Bouches-du-Rhône

Par la rédaction de Le Dossier

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