Arnaques téléphoniques : les frères Sidbon, têtes d'un système pyramidal

Le piège en trois actes
L'appel arrive. Numéro inconnu. Vous décrochez. Erreur.
Le vidéaste Micode — Michaël de Marliave, 27 ans, né à Pau — a disséqué le mécanisme. Il est toujours le même. Les arnaqueurs ne vous vendent rien. Ils vous proposent un gain. Un chèque énergie. Une prime inflation. Une réduction sur votre mutuelle.
Vous êtes ferré.
Pendant vingt minutes, des questions anodines. Vous tenez bon. Puis, au bout du fil, on vous demande votre IBAN. Vous le donnez. Pourquoi pas ? C'est juste un IBAN. Voilà où ça dérape.
Une fois l'IBAN en poche, l'escroc vous fait signer un document. Vite. Sous pression. Vous ne réalisez pas que vous signez un mandat de prélèvement — un mandat qui videra votre compte, centime après centime.
« Toute l'arnaque consiste à vous mettre la pression pour que vous ne réalisiez à aucun moment que vous signez un compte », explique Micode.
Des milliers d'enregistrements
L'enquête ne se contente pas de témoignages. Micode et son équipe ont infiltré le système. Ils ont parlé avec des dizaines de victimes. Mais le vrai coup de filet ? Un serveur.
Un insider a donné accès au serveur d'un call center au Maroc. À l'intérieur : des milliers d'enregistrements d'appels. Des preuves brutes. On y entend les arnaqueurs à l'œuvre — ils ne suivent pas les scripts officiels. On entend leurs interlocuteurs.
Des personnes âgées, seules. Qui répètent parfois dix fois pendant l'appel : « Je ne veux pas signer. »
Les arnaqueurs ne lâchent rien. Ils insistent. Ils montent la pression. Et quand la victime cède, ils font du montage audio. Ils découpent, ils recollent. Pour faire croire que la victime a accepté.
Retenez ce détail : le montage audio est une pratique courante dans ces call centers.
Un call center à Boulogne
L'enquête ne s'arrête pas au Maroc. Un autre call center a été infiltré. Cette fois, à Boulogne, en France.
Micode s'assoit à côté d'un employé. Il écoute. Il découvre des « fous furieux ». L'employé appelle un numéro. La personne raccroche. Il rappelle. Dix fois en trois minutes. Toujours le même numéro.
« Bonjour monsieur du service conformité Madelin », lance l'escroc.
La victime, excédée : « J'ai des appels comme vous trois fois par jour. »
L'escroc ne cède rien. « Madame, c'est pas du démarchage. »
Il ment. Il le sait. Il continue.
Ces employés savent-ils qu'ils arnaquent ? Oui, selon l'enquête. Les scripts officiels existent. Ils sont propres. Mais en coulisses, les employés se refilent des scripts non officiels. Des scripts qui marchent. Qui rapportent.
Des commissions à 30 %
Combien gagne un arnaqueur sur un appel réussi ? Les chiffres donnent le vertige.
Les commissions peuvent atteindre 30 % du montant extorqué. Sur une arnaque de 5 000 euros — un PER avec des garanties cachées, par exemple — l'escroc empoche 1 500 euros. Parfois 3 000 euros.
« Ça peut être vraiment énorme », commente Micode.
Le système est pyramidal. Les employés sont des mandataires freelance. Ils recrutent d'autres mandataires. Ils touchent des commissions sur leurs ventes. Une structure en cascade, qui dilue les responsabilités.
En haut de la pyramide : une holding. Dirigée par deux frères. Johnny et Moïse Sidbon.
Des sociétés jetables
Les frères Sidbon ne sont pas des inconnus. Selon l'enquête, ils utilisent des « sociétés jetables ». Des coquilles vides, sans employés, sans capital. Dès que les plaintes s'accumulent, ils ferment la société. Ils en ouvrent une autre.
« Ils profitent exactement des limites du système », explique Micode.
Les plaintes sont systématiques. Sur l'ensemble de ces sociétés, des centaines de victimes signalent des prélèvements non sollicités. Des comptes vidés. Des vies brisées.
Où les arnaqueurs trouvent-ils les numéros ? Les fichiers s'achètent et se revendent sous le manteau. Dès qu'un nouveau fichier arrive, les numéros circulent. Les jeunes infirmières sont particulièrement ciblées — pour leur vendre des mutuelles « horribles ».
Un fléau mondial
Les arnaques téléphoniques ne sont pas un phénomène marginal. Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Le Global Scam Intelligence Report 2026 de Bitdefender a analysé 1,4 milliard de messages, 2,8 trillions d'URLs et près de 150 millions d'appels entrants. La conclusion est sans appel : 5,16 % de l'ensemble du trafic SMS présente des caractéristiques frauduleuses (source : Clubic).
En 2025, les escroqueries en ligne ont causé environ 442 milliards de dollars de pertes aux consommateurs dans le monde (source : ZDNet France).
En France, la DGCCRF a recensé 460 000 signalements d'arnaques en 2025 — une augmentation de 70 % en deux ans (source : 1001web.fr).
Près de 1,2 milliard de données alimentent les plateformes de ces arnaqueurs (source : Actu Orange).
Des poursuites judiciaires ?
Les frères Sidbon ont-ils été inquiétés ? Selon l'enquête, ils attaqueraient en justice quiconque les dénonce. Micode le dit : « Ils ont attaqué pour l'instant, on a pas de nouvelles. »
Mais le 12 juin 2026, une information judiciaire a été ouverte. BFMTV confirme que la justice a été saisie. Les détails restent flous.
L'enquête continue.
Comment se protéger ?
Micode donne un conseil simple : ne pas décrocher. Si les appels deviennent envahissants, des applications comme « Ça raccroche » filtrent massivement les numéros.
Mais le problème est plus profond. Tant que les têtes du système — les frères Sidbon et leurs holdings — ne seront pas démantelées, les sociétés jetables continueront de proliférer. Les victimes continueront de tomber.
Le système est rodé. Pyramidal. Impuni.
Jusqu'à quand ?
Sources :
- Enquête Micode (YouTube) — « Arnaques téléphoniques : les frères Sidbon, rois de l'escroquerie »
- Global Scam Intelligence Report 2026 (Bitdefender) — via Clubic
- ZDNet France — « 442 milliards de dollars de pertes en 2025 »
- Clubic — « 5,16 % du trafic SMS frauduleux »
- 1001web.fr — « 460 000 signalements d'arnaques en 2025 »
- Actu Orange — « 1,2 milliard de données alimentent les plateformes »
- BFMTV — « Saisine de la justice le 12 juin 2026 »
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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