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Animaux en captivité : 20 millions pour des tigres, 2 millions pour des ours — le business qui rapporte

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-25
Illustration: Animaux en captivité : 20 millions pour des tigres, 2 millions pour des ours — le business qui rapporte
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600 000 visiteurs, 365 espèces, 1 tonne de viande par jour

600 000 visiteurs par an. 365 espèces venues de cinq continents. 200 employés en saison. Et une tonne de viande par jour. Le zoo d'Amnéville, l'un des trois plus grands parcs zoologiques de France, est une machine à nourrir — et à faire rêver.

Le chiffre donne le vertige : 1 000 kilos de bidoche quotidienne pour tigres, lions, ours et otaries. Sans oublier 1,5 tonne de fourrage et 700 kg de fruits et légumes.

Mais le rêve a un prix. L'entrée coûte 36 € pour un adulte, 30 € pour un enfant. Une famille de quatre débourse 132 €. « Un peu trop cher, reconnaît un visiteur. Surtout quand il y a une famille, ça devient exorbitant. »

Pourtant, ils viennent. En masse. Parce que le zoo investit sans compter. En 2015, Tiger World a vu le jour : un spectacle de tigres unique en Europe. 20 millions d'euros. Vingt millions pour huit fauves et un dresseur vedette.

Rémy Flasher a 28 ans. L'un des plus jeunes dresseurs au monde. 2 000 personnes par représentation. Les visiteurs affluent de toute l'Europe. « On adore ce moment », confie une spectatrice. À la fin, les tigres sont ovationnés. Rémy signe des autographes.

Et pourtant.

28 000 signatures contre le spectacle

28 000 signatures en deux ans. C'est le résultat de la pétition lancée en 2015 par Code Animal et Avest France contre le spectacle de tigres. Un chiffre qui monte, mais modeste face aux 600 000 visiteurs annuels.

Franck, président de Code Animal, ne mâche pas ses mots : « Le vrai but d'un parc zoologique, c'est le divertissement. C'est une attraction qui fait gagner de l'argent. » Selon lui, la conservation n'est qu'un prétexte. « Ce sont des associations locales qui font la conservation. Les zoos ont mis la main dessus pour se donner une bonne image. »

Le zoo se défend. En cinq ans, il a versé plus de 2 millions d'euros à une vingtaine d'associations de sauvegarde des espèces. « Ces animaux sont nés en captivité depuis au moins dix générations, explique Rémy Flasher. On ne peut pas les relâcher. Alors concrètement, qu'est-ce qu'on en fait ? »

Question légitime. Il y a plus de tigres en captivité que dans la nature. Les euthanasier ? Les garder ? Le dresseur a choisi son camp : « Je préfère en prendre soin dans les meilleures conditions possibles. »

Mais quelles sont ces conditions ? Trois vétérinaires les suivent, les nourrissent et les soignent. Pourtant, les associations pointent du doigt la captivité elle-même. « Ce sont des animaux fichus, lâche un militant. Il faut trouver le moins pire pour eux, mais surtout éviter qu'ils se reproduisent. »

La contradiction est brutale. D'un côté, le zoo se présente comme un sanctuaire. De l'autre, il admet que ses animaux ne pourront jamais retourner à l'état sauvage. Alors, à quoi sert le spectacle ? Au divertissement, répondent les associations. À la sensibilisation, répond le zoo.

Qui croire ?

2 millions pour des ours, 30 000 € pour des ateliers

Sano et Nella. Un couple d'ours bruns arrivé de Slovaquie. 1 000 km en 72 heures. 2 millions d'euros pour un enclos de 1 300 m². La nouvelle attraction du zoo d'Amnéville : la forêt aux ours.

« On a tous eu un ours en peluche quand on était petit, sourit Hervé, le directeur. Les voir comme ça en immersion, ça touche les gens. » Surtout le jeune public. Les ours sont affectueux, dit-il. Mais aussi imprévisibles. « Après trois jours de voyage, ils peuvent vite devenir agressifs », reconnaît le directeur.

L'arrivée des ours est un événement. Mais l'investissement est risqué. Le zoo n'est pas dans une région touristique. « Il faut vraiment faire venir les gens », explique Hervé. Et la météo peut tout gâcher. « S'il fait trop mauvais, les visiteurs ne viennent pas. »

Pour fidéliser le public, le zoo propose des ateliers « soigneur d'un jour ». Marion, l'animatrice, emmène une dizaine d'enfants dans l'enclos des lions. Ils nettoient les vitres, préparent les repas, nourrissent les ratons laveurs. Succès garanti : il faut réserver un an à l'avance.

Ces ateliers rapportent près de 30 000 € par an. Une goutte d'eau dans le budget, mais une opération de communication efficace. « Ça nous permet de montrer aux plus jeunes la réalité du métier », explique Marion. La réalité ? 5 à 6 postes de soigneur recrutés par an en France. Le métier fait rêver, mais les places sont rares.

Pendant ce temps, le nombre de parcs animaliers a presque doublé en dix ans. Plus de 300 zoos en France. Une concurrence féroce. « On a des budgets colossaux en publicité », reconnaît un responsable. « Le degré d'investissement qu'il faut mettre pour satisfaire les gens est énorme. »

13 millions pour une tournée, 16 millions de chiffre d'affaires

Le cirque Bouglione a misé sur l'itinérance. Après 35 ans d'arrêt, la famille relance une tournée. 13 millions d'euros d'investissement. 40 caravanes, 28 semi-remorques, un chapiteau de 1 800 places.

« Quand on s'appelle Bouglione, il faut que ce soit parfait du début à la fin », explique Thierry Bouglione. La pression est énorme. Les artistes sont payés entre 3 400 € et 1 500 000 € par jour. Oui, vous avez bien lu : un million et demi par jour pour les plus grandes stars.

Le cirque d'hiver à Paris génère 16 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel. De quoi financer la tournée. Le seuil de rentabilité ? 900 spectateurs par représentation. En dessous, la perte. Au-dessus, les bénéfices s'envolent.

Ce soir-là, au Havre, le chapiteau est plein à craquer. « Ça veut dire qu'il faut rajouter des chaises », sourit un employé. Les recettes d'entracte : 1 000 € par jour. Pop-corn, maquillage, produits dérivés, tout est bon pour séduire le public.

« Clairement, si vous payez 50 € la place, c'est compliqué de repayer pour des accessoires », reconnaît une mère de famille. Pourtant, les Bouglione misent sur ces ventes. « Le produit dérivé, c'est une manne », confie un membre de la famille.

Mais le cirque traverse une mauvaise passe. 42 villes françaises refusent désormais les cirques avec animaux sauvages. La France est l'un des derniers pays européens à les autoriser. L'Allemagne, la Belgique, le Danemark ont interdit leur exploitation.

Pourquoi la France résiste-t-elle ? « Le regard du public a changé, explique Pascal Jacob, historien du cirque. Les gens regardent la télé, Internet. Leur regard évolue. » En dix ans, le public est devenu plus exigeant. Les accidents n'arrangent rien.

En 2013, un éléphant s'est échappé et a tué un octogénaire. En 2012, un enfant mordu par un tigre. En 2015, un lion a attaqué son dompteur Tom Gek en plein spectacle. « Il était en chaleur, explique Tom Gek. Les hormones, ça les rend complètement à l'envers. » On a castré le lion. « C'est la seule solution », dit le dresseur.

Huit points de suture pour Tom Gek. « Je n'ai jamais passé une nuit à l'hôpital, donc ça va », ironise-t-il. Jusqu'à maintenant.

2,3 milliards sans un seul animal en cage

Pendant que les uns investissent des millions dans des fauves, un concurrent prospère sans une seule cage. Europa-Park, à 8 km de la frontière, est le deuxième parc d'attractions le plus fréquenté d'Europe. 5,5 millions de visiteurs en 2016. Record.

Et pourtant, pas un seul animal en cage. Pas de tigres, pas d'éléphants, pas d'otaries. Que des manèges, des spectacles, des restaurants. 61 attractions, 15 univers thématiques, 58 restaurants. 3 600 employés. 25 000 visiteurs par jour en saison.

Le chiffre d'affaires estimé ? 2,3 milliards d'euros. Oui, milliards avec un « m ». Sans un seul animal captif.

Comment expliquer ce succès ? « La famille Mack, explique un fan français. Ce sont eux qui ont créé notre passion. » Les Mack sont fabricants de manèges depuis huit générations. En 1975, Franz Mack et son fils Roland ont créé le parc. Aujourd'hui, Michel Mack, le fils aîné, dirige l'entreprise.

« On a travaillé nuit et jour, confie Michel Mack à l'ouverture de la saison. On a construit de nouvelles infrastructures. Je suis ravi que la saison commence. » Le parc mise sur le dépaysement et le familial. Les Français sont devenus accros. « Pour moi, quand je viens ici, je suis ailleurs », dit une visiteuse.

Europa-Park prouve une chose : on peut faire du business sans animaux. Beaucoup de business. Le parc allemand attire les Français par milliers. Pendant ce temps, les zoos français investissent des millions dans des spectacles animaliers pour rester compétitifs.

La question est simple : qui a raison ?

14 millions de spectateurs, 300 zoos, 600 parcs

Le secteur pèse des milliards. 14 millions de spectateurs dans les cirques chaque année. 20 millions dans les parcs animaliers. 600 parcs d'attractions en France.

Mais le modèle traditionnel s'essouffle. Barnum Bailey a fermé en 2017. Benevice aussi. « La situation est de plus en plus difficile pour de nombreuses entreprises, explique Pascal Jacob. Elles ont de plus en plus de mal à trouver un public. »

Le public change. Les associations de défense animale gagnent du terrain. 42 villes françaises refusent les cirques avec animaux sauvages. Certains cirques, comme le Cirque du Soleil ou le Cirque Phénix, ont supprimé les animaux. Ils attirent plus d'un million de spectateurs par an.

« L'avenir du cirque, c'est peut-être ça », suggère un observateur. Les animaux mécaniques remplacent les vrais. Les acrobates remplacent les dresseurs. Le spectacle continue, sans la controverse.

Mais les Bouglione résistent. « Pas question de rompre la tradition », disent-ils. Leur tournée itinérante a été un succès. Les spectateurs sont venus plus nombreux que l'année précédente. « Le public est là, assure Thierry Bouglione. Il faut juste s'adapter. »

S'adapter, oui. Mais jusqu'où ?

Et maintenant ?

Le business des animaux en captivité est à un tournant. D'un côté, les zoos investissent massivement dans des spectacles toujours plus spectaculaires. Tiger World a coûté 20 millions. La forêt aux ours, 2 millions. Les ateliers rapportent 30 000 € par an.

De l'autre, les associations montent au créneau. 28 000 signatures contre le spectacle de tigres. 42 villes qui refusent les cirques avec animaux. Pression croissante sur les élus et les opérateurs.

Au milieu, le public. 600 000 visiteurs par an à Amnéville. 14 millions dans les cirques. 5,5 millions à Europa-Park. Le public vote avec ses pieds — et son portefeuille.

Comparaison internationale : l'Allemagne, la Belgique, le Danemark ont interdit les animaux sauvages dans les cirques. La France, non. Pourquoi ? Lobby puissant ? Tradition forte ? Public pas prêt ?

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Europa-Park fait 2,3 milliards sans cage. Amnéville investit 20 millions dans un spectacle pour attirer 600 000 visiteurs. Le rapport qualité-prix interroge.

Le contribuable français paie 45,4 % de son PIB en prélèvements. Une partie finance des subventions aux parcs et cirques. Bon usage de l'argent public ?

Les entrepreneurs, eux, innovent. Europa-Park montre la voie. Le Cirque du Soleil aussi. Les parcs qui misent sur la technologie et l'immersion plutôt que sur les animaux captifs prospèrent. Les autres survivent, tant bien que mal.

La tendance est claire : le public veut du divertissement, mais aussi du sens. Les animaux en cage, de moins en moins acceptable. Les accidents, les polémiques, les pétitions : tout cela pèse sur l'image du secteur.

Alors, que faire ? Interdire les animaux sauvages dans les cirques, comme l'Allemagne ? Obliger les zoos à se concentrer sur la conservation plutôt que sur le spectacle ? Ou laisser le marché décider ?

Une chose est sûre : le business des animaux en captivité n'est pas mort. Mais il doit évoluer. Vite. Parce que le public, lui, a déjà changé.


Sources

  • Code Animal (association de protection animale)
  • Avest France (association de protection animale)
  • Pascal Jacob, historien du cirque
  • Office de tourisme du Havre
  • Magazine Amusement Today
  • Jean Viard, sociologue

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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