Ancien narcotrafiquant au Sénat : « La Belgique est un narco-État »

Le lieu est solennel. Une commission parlementaire. Des sénateurs écoutent. En face, un homme au parcours criminel assume. Son témoignage — rapporté par la chaîne YouTube « Pépite » — dure près d'une heure. Pas de notes, pas de documents officiels. Juste sa parole. Une parole qui glace.
Commençons par le commencement. Selon « Milou », l'avenir de l'Europe se joue au Liban. Là-bas, le Hezbollah produit du Captagon. Une drogue de synthèse. Puissante. Dangereuse. Au départ, dit-il, c'était pour les émirs du Golfe : « pour la fête, pour les danseuses ». Puis la production a explosé. Aujourd'hui, Israël est inondé. Et demain ?
« Ça va venir à Marseille, ça va venir en Europe. C'est déjà en Hollande, c'est déjà en Belgique. Il y en a pas mal ici à Paris et à Marseille ça commence. »
Les sénateurs prennent des notes. Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.
Un lance-roquettes qui passe « comme dans du beurre »
Ce n'est pas tout. La guerre en Ukraine a ouvert une nouvelle porte — pas une porte diplomatique, une porte aux trafiquants. « L'Occident, il envoie des armes. Tous les voyous, sans exception, ils attendent que les Roumains leur livrent des armes à l'Est. »
« Milou » décrit un flux ininterrompu. Des armes sophistiquées. Des lance-roquettes — pas des Kalachnikovs. « Vous savez ce que c'est ? » demande-t-il aux sénateurs. « Il passe un fourgon blindé et croyez-moi, ça fait mal. »
Où passent ces armes ? En Belgique, affirme-t-il. « La Belgique, c'est un grand pays exportateur d'armes illicites. Nous les Marseillais, on va aller en Belgique chercher ces armes. »
« Sans la corruption, il n'y a pas de trafic »
Le témoin ne s'arrête pas aux armes. Il démonte un système. Un système qu'il connaît de l'intérieur. « Moi je vous dis tout net, hein : sans la corruption, il y a pas de trafic. Le trafic est basé sur la corruption. »
Selon lui, la corruption est « naturelle ». Elle gangrène tous les niveaux. Police, douane, administration pénitentiaire. Médecins aussi. « Un docteur, quand un type prend une rafale de mitraillette dans la cuisse… normalement, il doit prévenir la police. Et ben, il a pas prévenu. Il a soigné la dame et le mari et la femme, ils sont heureux encore aujourd'hui. »
« Il y a plus de drogue en prison que dehors », lance-t-il.
Les sénateurs l'interrogent sur le blanchiment. Selon la source, le produit du trafic de drogue en France est estimé entre 4 et 6 milliards d'euros par an. De l'argent liquide en petites coupures. Comment expliquer qu'on ne parvienne pas à remonter les filières ?
« Milou » rit presque. « Vous allez voir un garagiste, vous achetez une Porsche Cayenne, vous dites voilà : 100 000 €, j'ai que du liquide. À Marseille, on vous dira pas non. »
Le sénateur insiste : la loi limite les paiements en espèces à 1 000 €. « Je sais. Et alors ? » répond l'ancien trafiquant. « Vous êtes en train de me raconter la loi… parce que dans cette maison, on la fabrique un peu. »
La phrase claque. « Milou » ajoute : « À Marseille, on pose une question : est-ce que tu as un bon comptable ? Si on a un bon comptable, on lui donne l'argent et lui il se débrouille. »
La méthode du PV truqué
Voilà — ça se complique. Les sénateurs veulent savoir si le système de protection des repentis fonctionne en France. La réponse de « Milou » est un uppercut.
« Vous avez pas besoin de prendre ce système-là. Vous prenez un système où vous dictez des déclarations comme quoi il a pas parlé. C'est un PV. »
Il explique la technique. Un trafiquant arrêté donne tout à la police : complices, planques, méthodes. En échange, les policiers rédigent un procès-verbal qui dit l'inverse. « Il a pas parlé, c'est un têtu, c'est un type qui s'est pas mis à table. »
Résultat : le repenti sort de prison. Ses « associés » le félicitent. « Bravo Milou, tu as pas parlé ! » En réalité, il a tout balancé. Pas besoin de protection. Juste un mensonge officiel.
Une révélation grave. Si elle est vraie, elle implique que des policiers et des magistrats falsifient des PV pour protéger des repentis — ou pour manipuler des réseaux. La vidéo ne fournit aucune preuve de cette pratique. Elle n'en reste pas moins une accusation directe.
La Belgique, un « narco-État » ?
Le mot est lâché par « Milou ». « Il y a des narco-États. La Belgique c'est un narco-État. »
Pourquoi ? Parce que, selon lui, « en Hollande et en Belgique, vous avez des Marocains ». « Ils font rentrer des tonnes et des tonnes et on peut rien faire parce que le roi il protège le Rif. »
« Le Rif, c'est grand comme deux départements. On arrive à bombarder je sais pas qui pour éradiquer. Mais le Rif, on arrive pas. »
Les sénateurs ne le relancent pas sur ce terrain. Pourtant, la phrase est lourde de sous-entendus. Accuser le Maroc de protéger une région productrice de drogue ? Un acte politique. « Milou » n'en a cure.
Sa définition d'un narco-État ? « Un État qui a perdu sa constitution, ses lois. Plus de loi. C'est fini. Tout est gangrené. »
« Il faut le modèle américain »
Le témoin a des solutions. Il les livre sans détour. « Je préconise le modèle américain. Quand un jeune tombe pour la première fois, il faut lui dire : tu vas prendre 5 ou 6 ans et tu vas les faire. Pas de grâce. Rien. »
Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, selon lui, « le jeune, il croit qu'il va faire 3 mois et qu'il va sortir ». Et quand il sort, « c'est un héros ». Il n'a pas parlé. Il a tenu. « Il se crée une image. »
« Milou » veut inverser la logique. « Il faut leur dire : si tu balances pas, tu prends 5 ans. Donc il faut balancer, à l'américaine. »
Il critique aussi la police française. Pas frontalement — « je suis mal placé, j'ai fait 17 ans de prison ». Mais son constat est sans appel. « La police, elle s'est fonctionisée. Le policier d'avant, il passait la nuit, il calculait pas les heures supplémentaires. Aujourd'hui, un policier arrive au commissariat, lit son journal, boit son café. »
Il raconte sa dernière arrestation. « Je les ai regardés. Je disais : mais ils sortent d'où ? Du Club Med ? Ils font plus peur. »
La douane, seul rempart
Un point le distingue. « Milou » ne critique pas les douaniers. Au contraire. « Les douaniers sont plus intelligents que les policiers. Ils sont patients et instruits. »
Il décrit une méthode qu'il utilisait. « On montait une société au Brésil pour acheter du froid, des langoustes ou du poulpe. Et on faisait rentrer la cocaïne dans ce froid. C'était facile. Aujourd'hui, les douaniers regardent telle société : qui l'a montée ? Depuis combien de temps ? »
Sa proposition ? « Embaucher des douaniers. Et surtout, la coordination entre les douaniers en Europe. S'il y a pas la coordination en Europe, attendez-vous à des lendemains difficiles. »
Un témoignage sans preuves
Faut-il tout croire ? « Milou » parle de l'intérieur. Il a été condamné. Il a purgé sa peine. Il est repenti. Mais la vidéo ne montre aucun document. Aucune preuve matérielle. Aucun nom cité. Pas de montant précis, pas de date, pas de lieu.
Le reste relève de son témoignage. Puissant, mais seul.
Qui protège le Rif ? La Belgique est-elle vraiment un narco-État ? Des policiers falsifient-ils des PV ? Les réponses ne sont pas dans cette vidéo. Les questions, elles, sont sur la table.
Sources : Témoignage oral de l'ancien narcotrafiquant « Milou » devant une commission sénatoriale (extrait diffusé par la chaîne YouTube « Pépite »).
📰Source :youtube.com
Par la rédaction de Le Dossier
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