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Affaire Ternique : une corde trop courte, une enquête à la dérive

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-07-21
Illustration: Affaire Ternique : une corde trop courte, une enquête à la dérive
© YouTube

L'instant où tout bascule

Jeudi 3 avril 2003, Sanary-sur-Mer, à 12 km de Toulon. Il est 11h38 quand les pompiers reçoivent une alerte. Une femme vient d'être retrouvée pendue au sous-sol de sa maison. L'un de ses fils jumeaux, âgé de 14 ans, a fait la découverte. La famille habite une grande villa de plusieurs étages dans un quartier résidentiel.

Le chef des pompiers entre par une porte du rez-de-chaussée. L'espace est presque vide, plongé dans la pénombre. Une odeur étrange flotte dans l'air — du gaz, peut-être. Il avance jusqu'à l'escalier qui mène à l'étage. C'est là qu'il découvre le corps de la mère de famille, suspendu à la balustrade. Elle est morte depuis plusieurs heures.

Cette maison, les policiers de Sanary la connaissent. Selon la vidéo, l'inspecteur de police a souvent reçu Chantal au commissariat pour des plaintes contre son mari. À 150 mètres de la villa, il aperçoit la voiture d'Anton Ternique. Ce dernier est énervé, il pleure, il gesticule et traite le policier d'assassin. L'inspecteur fait reconduire Anton au commissariat.


Les faits : une mort dans le silence

L'appartement du rez-de-chaussée est séparé du reste de la maison — un logement pour les vacanciers. Le policier s'approche du corps. Selon son témoignage, Chantal est pendue à une balustrade, le corps balance. Elle a un pied au sol et l'autre sur une chaise en plastique, ses chaussons sont au pied de la chaise bien rangés. Elle porte une robe de chambre avec une ceinture nouée, elle n'est pas décoiffée. Personne ne touche au corps en attendant le médecin légiste.

Dehors, la famille et les amis commencent à arriver. Le père de Chantal, Jean-Antoine Richard, et son frère sont présents. Selon le frère, une dizaine ou une quinzaine de personnes sont rassemblées devant le domicile. Excédé, il se met à hurler sur son père et son beau-frère.

Le médecin légiste arrive dans une ambiance électrique. Il photographie la scène et examine la victime. D'après son témoignage, il n'y a rien d'inhabituel par rapport à tous les pendus. Il vérifie les lividités, les traces de violence : les ongles ne sont pas cassés, rien de particulier. Le sillon laissé par la corde correspond à la position du corps. Il date la mort d'au moins quatre heures, probablement pendant la nuit du 2 au 3 avril.

L'inspecteur de police rend son rapport au parquet de Toulon, expliquant le contexte des plaintes pour harcèlement. Le parquet classe l'affaire sans suite et délivre le permis d'inhumer.


Le contexte : une femme écartelée

Selon les témoignages recueillis par l'émission, Chantal Ternique était une femme d'origine bourgeoise, dont le père avait fait fortune dans l'immobilier. Maître Marie, avocat d'Anton, la décrit comme « un peu toujours malade, peut-être un peu hypocondriaque, toujours tirée entre deux feux : le feu de la famille et le feu de son mari ». Elle rencontre Anton à Heidelberg en 1975. Ils se marient en 1981. Une fille naît en 1982, puis des jumeaux en 1988. Anton Ternique est professeur de mathématiques.

Les relations se dégradent. Chantal dépose plusieurs plaintes pour harcèlement. En 2001, Anton est mis en congé d'office. Chantal demande le divorce. Selon le frère de la victime, un jour Anton s'est montré incontrôlable et agressif, a été interpellé, et Chantal a porté plainte pour coups et blessures. Anton est placé en garde à vue. Lors de son audition, selon l'inspecteur, il était froid et manipulateur, puis s'est mis raide, ce qui a conduit à faire venir un psychiatre. Celui-ci le fait interner d'office pendant deux semaines. Ensuite, Anton n'a plus le droit d'approcher à moins de 150 mètres de la maison.

L'état psychologique de Chantal ne s'améliore pas. Le 24 mars, un psychiatre lui prescrit des antidépresseurs majeurs. Le 31 mars, il ajoute un autre antidépresseur. Mais une semaine avant le drame, selon Maître Marie, Chantal et Anton se sont vus dans un café, tout s'est bien passé, et elle chuchotait qu'ils pensaient à se remettre. À d'autres moments, elle ne voulait plus entendre parler de lui.


Le traitement judiciaire : l'enquête qui déraille

La famille Richard refuse la thèse du suicide. Le lendemain des obsèques, elle dépose une plainte. Une information judiciaire est ouverte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et « provocation au suicide ».

L'enquête révèle des incohérences. Selon la source, la seconde expertise médico-légale (2006) repousse l'heure du décès à l'après-midi du 2 avril, contredisant l'alibi d'Anton. Un skipper, moniteur de voile, examine la corde et le nœud et conclut que la corde est trop courte pour que Chantal ait pu se pendre seule. Le nœud est complexe, à connotation marine. Une amie d'enfance affirme que Chantal était incapable de faire des nœuds simples. Le nœud de la ceinture du peignoir est aussi complexe, et la boucle est du côté gauche alors que Chantal était droitière. Sur la rambarde, des traces d'écrasement suggèrent l'usage d'un outil pour tendre la corde.

Le comportement d'Anton interroge. Le 2 avril, son téléphone portable est éteint entre 13h39 et 15h22 — période où Chantal a été vue pour la dernière fois vivante, après avoir déjeuné avec ses fils. Anton affirme avoir été chez une amie, Thérèse Denis, mais celle-ci dément. Le lendemain, il reste à 150 mètres de la maison sans prévenir les secours, téléphonant longuement. Selon la source, le 1er avril, Anton impose un ultimatum à Chantal : stopper la procédure de divorce, le paiement direct pour non-paiement de pension alimentaire, et la citation directe pour coups et blessures. Ce soir-là, Chantal téléphone à son amie Hélène, paniquée, disant qu'il est là alors qu'il n'a pas le droit.

L'instruction piétine. En mars 2006, Anton Ternique est mis en examen pour meurtre. L'ordonnance de mise en examen est d'abord pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et « provocation au suicide », puis requalifiée en assassinat. En première instance, devant la cour d'assises de Draguignan, Anton est condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour assassinat. Il fait appel.


Le procès en appel

Le procès en appel se tient devant la cour d'assises de Nice. Cette fois, la défense prend l'offensive. Maître Mary, avocat d'Anton, s'attaque à la personnalité de Jean-Antoine Richard, le frère de la victime, suggérant des motivations patrimoniales. La cour s'intéresse à la personnalité de Chantal, écartelée entre les trois hommes de sa vie.

Les enfants d'Anton témoignent. Sa fille démontre que le nœud de la ceinture du peignoir est simple à réaliser, alors que l'expert avait mis un quart d'heure. La défense prouve également que la chaise était trop lourde pour tomber facilement, contrairement à l'affirmation de l'accusation.

Jean-Antoine Richard, le père de Chantal, malade, demande à parler. Il reconnaît s'être mépris sur Anton, admet avoir manipulé sa fille, et dit que lui et Toncheck ont rendu la vie de Chantal infernale.

L'avocat général requiert 20 ans de prison, mais la cour acquitte Anton Ternique. Selon un proche, les enfants, très soudés, sont heureux que le cauchemar soit fini.

L'affaire a duré près de dix ans, de la mort en 2003 à l'acquittement en 2011.


Sources

  • Faites entrer l'accusé (YouTube)

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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