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PolitiqueÉpisode 3/3

Affaire Rafale : le dîner secret de Hollande avec le milliardaire indien

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-06-24
Illustration: Affaire Rafale : le dîner secret de Hollande avec le milliardaire indien
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Le film qui valait 7,8 milliards

Commençons par le commencement. Avril 2015. La France décroche un contrat colossal : la vente de 36 avions Rafale à l'Inde. Le montant ? 7,8 milliards d'euros. Une négociation d'État à État, menée sous la présidence de François Hollande.

Neuf mois plus tard, le 24 janvier 2016, un communiqué tombe. Le groupe indien Reliance, dirigé par Anil Ambani, annonce sa contribution au financement d'un film. Ce film s'appelle Tout là-haut. Il est réalisé par Serge Hazanavicius. Et il est coproduit par Rouge International — la société de Julie Gayet, compagne du président de la République.

Le timing interroge. Ce communiqué est publié la veille de la signature du protocole d'accord du contrat Rafale, lors de la visite officielle de François Hollande en Inde.

Selon les documents judiciaires consultés par la chaîne, Reliance a apporté près de 16 % du budget du film. Une somme que le réalisateur dit avoir découverte au générique. « Moi, je pense que le nom de Reliance, c'est ça, je crois que j'ai dû le découvrir quand on a fait le générique », confie Serge Hazanavicius aux enquêteurs. « Quand j'étais à la police, ils m'en ont parlé. J'avais complètement même oublié. »

Retenez ce détail : le réalisateur ignorait qui finançait son film.

Le choix qui intrigue

En 2016, Reliance est choisi comme principal partenaire indien de Dassault Aviation pour le contrat Rafale. Le groupe d'Anil Ambani n'a quasiment aucune expérience dans l'aéronautique. Ses activités principales ? Les télécommunications et les médias. Ajoutons à cela la mauvaise santé financière du groupe Reliance, qui ne l'apparaît pas comme l'acteur le plus évident pour être la contrepartie de ce contrat.

Pourtant, Reliance a évincé le constructeur historique indien avec qui les Français négociaient depuis des années. Comment ?

L'ONG anticorruption Sherpa, à l'origine de la plainte qui a déclenché l'enquête du PNF, pose la question ouvertement. « Ce qui nous alerte, c'est un même acteur qui revient plusieurs fois, à la fois comme bénéficiaire d'un gros contrat et d'autre part comme mécène d'un film produit par la compagne du président de la République. Ça, oui, effectivement, ça allume des voyants. »

« Ce qui pose véritablement un problème si c'est établi, c'est le fait qu'un film a été financé en contrepartie de décisions publiques prises en faveur d'un intermédiaire. Ça, c'est problématique et c'est interdit en droit français. »

La version qui change

Interrogé par Mediapart en septembre 2018, François Hollande livre une première version. « Nous n'avions pas notre mot à dire à ce sujet. C'est le gouvernement indien qui a proposé ce groupe. » Il ajoute : « Nous n'avons pas eu le choix. Nous avons pris l'interlocuteur qui nous a été donné. »

Puis, face à une caméra, pour la première fois, il change de version. « C'est une discussion d'État à État. Les Indiens, le gouvernement indien, dans le cadre de la négociation que nous avons, ont dit : "Nous, nous voulons que Dassault puisse avoir des partenaires industriels indiens." Et à ce moment-là, c'est Dassault qui choisit ce partenaire. »

Le journaliste insiste : « Ah donc c'est Dassault ou c'est les Indiens ? » Réponse : « Ah, c'est Dassault. »

« Ça, vous avez changé de version ? » demande le journaliste. « Oui, parce qu'on m'avait interrogé suite à une information qui venait de l'Inde, puisque l'opposition indienne disait que c'était l'Inde. Moi, j'avais le souvenir que c'était Dassault, voilà, et que l'Inde avait peut-être pu jouer un rôle, mais je me suis trompé. C'est Dassault qui a choisi et pas le gouvernement indien. »

Une information confirmée par le groupe Dassault lui-même.

La rencontre au Bristol

26 avril 2016. Julie Gayet rencontre Anil Ambani à l'hôtel Bristol. Cinq mois avant la signature du contrat Rafale. Trois mois après l'annonce du financement du film.

Une photo de cette rencontre existe. Elle a été publiée par Mediapart. Elle a été prise par l'associé de Julie Gayet.

Que s'est-il dit ? Julie Gayet raconte aux enquêteurs : « Aucun sujet politique français n'a été abordé pendant cette conversation. Il n'a pas prononcé le nom de François Hollande, mais je me souviens qu'il a fait une blague qui suggérait qu'il était au courant de ma relation avec le président. »

Le réalisateur Serge Hazanavicius, présent ce jour-là, livre un témoignage différent. « Ambani s'en foutait de moi. Dans la conversation, il ne m'a pas dit deux mots. Il n'a parlé qu'à Julie. » Il ajoute : « Je me suis vite aperçu qu'il se moquait de ce que je pouvais lui raconter sur mon film. Il était en représentation auprès de la compagne du président. »

Quel était le but réel d'Anil Ambani ? Rencontrer les coproductrices du film ou rencontrer la compagne du président Hollande ?

Le dîner à l'Élysée

12 juin 2016. Quatre mois avant la signature finale du contrat. Anil Ambani est invité à dîner dans les appartements privés de l'Élysée. Cette fois, François Hollande est présent.

Autour de la table : Julie Gayet, Anil Ambani et son fils, la chanteuse Elnaï et son mari, Vincent Frèrebeau et sa femme. Ce producteur de musique, ami du couple Hollande-Gayet, accepte de raconter cette soirée.

« C'est plutôt le souvenir que j'ai, c'est plutôt pour moi une conversation qui ne part pas quoi. C'est ce que... on a beau être à la télé, c'était un dîner chiant. » Il précise : « En miroir des autres dîners que je peux avoir avec François Hollande et Julie Gayet, qui sont rarement qualifiés de cette manière. On s'amuse beaucoup. »

Le sujet des Rafales a-t-il été évoqué ? « Peut-être, honnêtement, peut-être. Peut-être pas, j'en sais rien. Je m'en rappelle plus. » Il ajoute : « Ça vous paraît dingue, ça, hein ? Et vraiment, je ne m'en rappelle plus. Mais je pense pas, en vrai. Je pense pas, parce que c'était pas la teneur de cette conversation. »

Face aux policiers, Julie Gayet affirme avoir invité Anil Ambani comme elle le fait souvent avec les partenaires de ses films. Elle n'a pas souhaité répondre à une interview filmée, mais elle a accepté d'échanger par téléphone puis par mail.

« C'était dans nos appartements privés. Je vivais une semaine sur deux avec mes enfants dans le 11e et avec François de manière discrète, sans jamais aller du côté officiel de l'Élysée. Cela tombait cette semaine-là, ce n'était pas lié à François. Nous avons parlé de cinéma, de musique, de tout et de rien. »

Son regard sur l'affaire ? « Cette situation pour moi est totalement incompréhensible. L'important pour moi était de faire un bon film. »

La défense de Hollande

François Hollande, lui, ne voit aucun problème. « On a parlé football, puisque ce qui l'intéressait, pour vous dire, c'était d'obtenir ce que Julie Gayet d'ailleurs lui a obtenu, parce qu'elle connaissait le président de la Ligue de football : lui obtenir des places pour la demi-finale de l'Euro. »

Le journaliste insiste : « Vous avez parlé des Rafales ou non ? » Réponse : « À aucun moment. Et en plus, il y avait là une chanteuse, un producteur de variété justement. Et à aucun moment cette question. »

Pouvait-il ignorer qu'Anil Ambani allait devenir le partenaire de Dassault ? « Je ne l'avais pas rencontré, sauf peut-être dans une délégation. Je sais qui il est, que c'est un grand industriel et un grand producteur de cinéma, mais je ne sais pas exactement ce qui va être son rôle dans le contrat Dassault. »

Le journaliste le presse : « Vous, ce 12 juin 2016, vous êtes président de la République. On imagine que les gens avec lesquels vous dînez sont passés au crible. Comment est-ce que vous pouvez vous retrouver avec un chef d'entreprise impliqué à ce niveau-là d'un contrat public lors d'un dîner ? »

Réponse de Hollande : « À cette date, il n'est pas impliqué. Il n'y a pas de contrat. Il est en cours de discussion. Il n'est pas en cours de discussion avec moi, pas avec le ministre de la Défense, pas avec les acteurs du débat. »

Question finale : « Au vu des questions qu'on se pose, est-ce qu'il y a une forme d'imprudence, de légèreté de votre part sur ce dîner ? » Réponse : « Non, je ne me suis jamais senti en défaut. J'ai fait beaucoup de dîners à l'Élysée avec des patrons qui étaient bien plus impliqués dans des négociations que ce monsieur Ambani, qui n'était pas du tout à ce moment-là dans mon viseur. »

Michel Sapin et la loi

Michel Sapin, l'ami de François Hollande et l'auteur d'une loi anticorruption emblématique, livre son analyse. « Ce qui est important, c'est de voir quelles étaient les intentions des uns des autres. Est-ce que l'intention était d'obtenir une faveur et est-ce que l'intention de l'autre côté était d'accorder cette faveur ? J'ai aucun doute sur ce point. »

Il ajoute : « Après, c'est pas à moi de juger. S'il doit y avoir un jugement, c'est pas à moi. Il y a des magistrats qui sont là pour ça. Le PNF est parfaitement armé et parfaitement compétent pour démêler ce qui est un risque et ce qui est un délit. »

L'enquête en cours

Le Parquet National Financier a ouvert son enquête en juin 2021. Elle porte sur des soupçons de corruption et de trafic d'influence passif visant Julie Gayet. L'ONG Sherpa est à l'origine de la plainte.

Selon les documents judiciaires consultés par la chaîne, Julie Gayet a été entendue par les enquêteurs en octobre 2024. Elle affirme ne pas être à l'origine de la relation avec Reliance. « C'est la société coproductrice du film qui a fait entrer Reliance dans le plan de financement », confirme l'ensemble des témoins.

« Je ne suis pas du tout à l'origine de la relation avec Reliance », dit-elle aux policiers. « Moi, je n'ai pas vraiment fait le lien. Je n'étais pas du tout au courant de la vente des Rafales, pas plus que de la politique internationale de la France. »

Anil Ambani et son groupe ont refusé de s'exprimer.

Le dossier est loin d'être clos. L'enquête du PNF se poursuit. Les questions, elles, restent entières. Un milliardaire sans expérience dans l'aéronautique devient le partenaire principal d'un contrat d'armement de 7,8 milliards d'euros. Le même milliardaire finance à 16% le film produit par la compagne du président. Et il dîne à l'Élysée quatre mois avant la signature.

Coïncidence ? Faveur ? Corruption ? La justice tranchera.

Sources

  • Documents judiciaires consultés par la chaîne
  • Auditions révélées par Libération
  • Mediapart
  • Témoignage de Vincent Frèrebeau
  • Interview de François Hollande
  • Interview de Michel Sapin
  • ONG Sherpa

📰Source :youtube.com

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