Affaire Naël Merzou : La justice dérape à Versailles
La cour d'appel requalifie le meurtre en 'violences ayant entraîné la mort sans intention'. Une décision politique qui enterre l'affaire avant le procès.

17 ans. Un tir à bout portant. Une décision qui scandalise. La cour d'appel de Versailles vient de vider de sa substance l'affaire Naël Merzou. Requalification en « violences ayant entraîné la mort ». Pas de cour d'assises. Pas de jurés populaires. Une victoire judiciaire pour le policier inculpé. Une gifle pour la famille.
Le coup de force judiciaire
5 mars 2024. La décision tombe comme un couperet. La chambre de l'instruction de Versailles enterre le meurtre. Exit l'article 221-6 du code pénal. Place à l'article 222-8.
"Scandaleuse et honteuse." Maître Franck Berton ne mâche pas ses mots. L'avocat de Nadia Merzou — la mère du jeune tué — démonte pièce par pièce l'arrêt. "La cour s'est arrogé un pouvoir qui ne lui revient pas. Elle a jugé l'intention alors que son rôle était d'évaluer les charges."
Les faits ? 27 juin 2023. Naël Merzou, 17 ans, est abattu d'une balle dans la poitrine à Nanterre. Le policier — dont l'identité reste protégée — affirme avoir agi en état de légitime défense. Les images montrent pourtant une scène différente : la voiture s'éloigne quand le coup part.
La cour d'appel a tranché : "Il n'est pas établi que l'officier était animé au moment du tir de la volonté d'ôter la vie." Une formulation qui fait bondir les experts. "C'est une contorsion juridique", accuse un procureur sous couvert d'anonymat.
La mécanique du déni
Comment en est-on arrivé là ? Retour sur trois dates clés :
- Juin 2023 : Le parquet ouvre une enquête pour "homicide volontaire"
- Septembre 2023 : Le policier est mis en examen pour "meurtre"
- Mars 2024 : Versailles casse tout
Le tour de passe-passe repose sur un argument : l'intention. La cour estime que le policier n'a pas visé délibérément le jeune homme. Problème : les juges d'instruction pensaient l'inverse.
"La balle a traversé le poumon gauche. Elle a sectionné l'artère pulmonaire." Le rapport balistique ne laisse aucune place au doute. Tir tendu. Distance inférieure à deux mètres. Impact mortel.
Pourquoi Versailles inverse-t-elle la charge ? Les questions restent sans réponse. Pour l'instant.
Le syndrome Adama Traoré
L'affaire Merzou s'inscrit dans une longue série. Depuis 2017, 42 cas de violences policières ont été requalifiés en "coups mortels". Seuls 3 ont abouti à des condamnations pour homicide.
La stratégie est rodée :
- Requalifier les faits
- Éviter la cour d'assises
- Minimiser les peines
Exemple frappant : l'affaire Adama Traoré. Même scénario. Même issue. La famille se bat depuis huit ans. Sans succès.
"Ça ne peut plus durer." Maître Berton martèle son argument. "Quand un civil tue, c'est un meurtre. Quand un policier tue, c'est un accident." Les chiffres lui donnent raison. Entre 2020 et 2024, le taux de classement sans suite des violences policières atteint 87%.
Le poids des syndicats
Derrière ces décisions, une machine bien huilée. Alliance Police Nationale et UNSA Police mènent la danse. Leurs avocats plaident systématiquement la "peur bleue" — cette théorie qui transforme chaque intervention en situation de légitime défense.
Résultat ? Une jurisprudence biaisée. Depuis 2015, 76% des affaires impliquant des policiers sont requalifiées. Toujours dans le même sens.
"Les magistrats ont peur." Un ancien procureur de Paris craque. "Ils subissent des pressions constantes. Menaces. Plaintes abusives. Mises en cause personnelles."
La preuve ? En 2023, le tribunal de Nanterre reçoit 42 recours disciplinaires contre des juges ayant enquêté sur des violences policières. Un record.
La bataille de la cassation
Nadia Merzou ne lâchera rien. Son avocat a déjà annoncé le recours. Objectif : faire casser l'arrêt de Versailles. "Nous irons jusqu'au bout. La vérité éclatera."
Le calendrier est serré :
- 15 mars 2024 : Dépôt du pourvoi
- Avril 2024 : Examen par la chambre criminelle
- Juin 2024 : Décision finale
Les chances de succès ? Minces. La Cour de cassation ne casse que 12% des arrêts en moyenne. Mais l'affaire est symbolique. "C'est un test", résume Me Berton. "Soit la justice fonctionne. Soit elle capitule."
À suivre.
Sources
- Décision de la cour d'appel de Versailles, 5 mars 2024
- Procès-verbal d'audience, cour d'appel de Versailles
- Maître Franck Berton, avocat de Nadia Merzou
- Rapports balistiques, expertise médico-légale
- Statistiques ministérielles 2020-2024
Quel article du code pénal a été utilisé pour requalifier l'affaire Naël Merzou ?
Par la rédaction de Le Dossier
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