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JusticeÉpisode 2/1

Affaire JeanPormanove : Naruto et Safine condamnés, six mois de bannissement numérique

Par la rédaction de Le Dossier · 2026-08-05
Illustration: Affaire JeanPormanove : Naruto et Safine condamnés, six mois de bannissement numérique
© Illustration Le Dossier (IA)

Les faits

Un direct de douze jours. Devant près de 200 000 abonnés. Selon Mediapart, qui a couvert l'intégralité du procès, les deux hommes ont été reconnus coupables de violences sur Raphaël Graven, alias « JP ». L'été 2025, tout se déroule en live, sous les yeux de milliers de spectateurs.

Le parquet de Nice a parlé, à l'audience, d'« un système de maltraitance humaine, pas un dérapage ou une provocation ». Les vidéos montraient Graven insulté, frappé, tiré par les cheveux, menacé — et même visé sans protection par des projectiles de paintball. « Les violences sont le programme, elles font le scénario », a ajouté la procureure, citée par plusieurs médias.

Le quadragénaire, humilié et tourné en ridicule « car ses colères faisaient rire les spectateurs », est mort le 18 août 2025, au terme de douze jours entiers de direct. « Le simple fait que la mort soit survenue en live traduit la dérive », a souligné le ministère public. Les circonstances exactes du décès restent documentées par l'enquête, mais le lien entre les violences subies et la mort de Graven a constitué le cœur du procès. Voilà.

Le contexte

Derrière les pseudos, deux jeunes Niçois. Owen C., 27 ans, dit « Naruto », et Safine H., 24 ans. Ils animaient la chaîne « JeanPormanove », du nom du personnage incarné par Raphaël Graven. Une chaîne qui avait quitté Twitch pour Kick — plateforme australienne fondée en 2022, réputée pour sa modération laxiste.

Selon le parquet de Nice, les vidéos rapportaient gros. Entre 2021 et 2025, Graven a perçu près de 140 000 euros venus de plusieurs plateformes. Une somme qui interroge : combien de vues, de dons, de revenus publicitaires ces scènes de violence ont-elles générés ?

La défense des deux influenceurs ? Mediapart ne la rapporte pas dans son article. La partie visée n'est pas citée. On ignore donc quels arguments ont été avancés pour justifier ces agissements.

Le traitement judiciaire

Jugement rendu mercredi 5 août 2026. Owen C. écope de vingt-quatre mois de prison avec sursis simple et 15 000 euros d'amende. Safine H. : dix-huit mois de prison avec sursis et 5 000 euros d'amende.

Les deux hommes sont aussi frappés d'une peine de six mois de « bannissement numérique ». Sanction encore rare en France — elle leur interdit toute activité de streaming sur Kick pendant cette période.

La procureure Maud Marty avait requis plus lourd : 30 mois de prison dont un an ferme à domicile avec bracelet électronique et 30 000 euros d'amende contre Naruto, et 18 mois avec sursis probatoire et 15 000 euros d'amende contre Safine. Le tribunal s'est montré plus clément. Il a condamné les deux hommes pour les violences et humiliations infligées à JP et à Stéphane G, une seconde victime dont le rôle n'est pas détaillé par la source.

Ce que ça dit de la France

Au-delà du drame, une interrogation. Le streaming, cette zone grise juridique où des milliers de personnes assistent en direct à des violences sans que personne n'intervienne. Où étaient les modérateurs ? Où était la plateforme ? Où étaient les spectateurs ?

Douze jours de direct. Douze jours de violences filmées, diffusées, consommées. Personne n'a arrêté la diffusion. Personne n'a prévenu les autorités. La mort de Raphaël Graven est survenue devant un public qui regardait, commentait — peut-être même encourageait.

Kick, elle, n'a pas été mise en cause. Elle continue d'opérer en France, avec des règles de modération nettement plus souples que celles de Twitch. Question légitime : quelle est la responsabilité d'une entreprise qui héberge ce type de contenu sans réagir ?

Le « bannissement numérique » de six mois est une première. Mais est-ce suffisant ? (Oui, vous avez bien lu.) Six mois sans streamer, pour des hommes qui ont participé à la mort d'un quadragénaire en direct ? La justice française, avec ses 11 juges pour 100 000 habitants — contre 25 en Allemagne —, a tout de même réussi à juger cette affaire en moins d'un an. Un exploit, au regard des 637 jours de procédure civile moyenne dans l'Hexagone. Mais le verdict interroge : la clémence du tribunal est-elle à la hauteur de la gravité des faits ?

Et maintenant ?

Condamnés, oui. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. La question de la responsabilité des plateformes reste entière. Kick a-t-elle tiré les leçons de ce drame ? La plateforme australienne, qui a attiré de nombreux streameurs français avec des conditions financières avantageuses, va-t-elle renforcer sa modération ?

Le bannissement de six mois est une peine innovante, mais son application concrète reste floue. Qui contrôlera ? Comment ? Et après ces six mois, les deux hommes pourront-ils reprendre leur activité comme si de rien n'était ?

Raphaël Graven, lui, est mort. Mort en direct, devant des milliers de spectateurs, après douze jours de violences et d'humiliations. Sa mort a au moins servi à poser une question que la France refuse trop souvent d'affronter : jusqu'où la liberté de créer du contenu peut-elle aller avant de devenir une machine à broyer des vies ?

La justice a parlé. Reste à savoir si les plateformes, les spectateurs et la société dans son ensemble sauront entendre le message.

Article rédigé à partir des informations publiées par Mediapart le 5 août 2026. Les faits rapportés sont attribués à cette source unique. Les éléments de contexte issus de recherches complémentaires sont signalés comme tels. La présomption d'innocence s'applique aux personnes citées dans cette affaire.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

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