L'affaire Boulin : Un crime d'État révélé après 46 ans de silence
Robert Boulin, ministre français, assassiné en 1979. Des documents et témoignages explosifs révèlent l'implication des services secrets et de figures politiques gaullistes. Une affaire qui continue de faire trembler l'État.

Robert Boulin est mort le 30 octobre 1979. Officiellement, un suicide. En réalité, un assassinat. Quarante-six ans plus tard, des témoignages et des preuves accablantes révèlent l'implication des services secrets français et de figures politiques gaullistes. Une affaire qui reste une plaie ouverte dans l'histoire de la République.
Une mort trop commode
Robert Boulin, ministre du Travail, est retrouvé noyé dans un étang de Rambouillet. Suicide, disent les autorités. Une version rapidement mise à mal. Colette Boulin, son épouse, n’y croit pas. Et pour cause. Dès 1980, elle acquiert la conviction que son mari a été assassiné. Elle n’est pas la seule. Plusieurs proches et journalistes partagent cette certitude.
En 1983, la famille Boulin porte plainte. Mais l’affaire est étouffée. Pourquoi ? Parce que les coupables ont des noms. Et des titres. Jean-Pierre Mayon Limode, avocat, est identifié comme l’un des acteurs-clés. Il était "protégé par les flics et par les services secrets" selon Elio d'Armon, témoin clé. Photographié en 1980 en compagnie d’un policier des RG, Mayon Limode aurait mené des missions d’élimination pour le compte des services français. Une double casquette : avocat et tueur à gages. "Il avait une série de meurtres à son actif", confie d’Armon.
Les questions restent sans réponse. Pour l’instant.
Le témoin sous pression
Elio d’Armon est un homme ordinaire. Jusqu’en janvier 2025. À 78 ans, il se confie à la juge Naon à Versailles. Il révèle le nom du tueur : Jean-Pierre Mayon Limode. Il livre aussi la plaque d’immatriculation de la Mercedes utilisée lors du crime. Les gendarmes identifient rapidement Henry Géliot, un cafetier de Pigalle lié au milieu. Et ce n’est pas tout. D’Armon confie à la juge que le commanditaire du kidnapping de Boulin serait Charles Pasquis, une figure politique de l’époque.
Quelques jours après cette audition, la juge Naon est mutée. Elle ne sera pas remplacée pendant des mois. Coïncidence ? Pas vraiment. Fin août 2025, d’Armon est victime d’une tentative d’intimidation. Un coup de feu est tiré sur sa maison. "Ils m’ont tiré de dos", raconte-t-il. Les gendarmes lui conseillent de se taire. "Fermez votre bouche, arrêtez de parler à tort et à travers", lui disent-ils. Pourquoi ? Parce que l’affaire Boulin est un scandale d’État. Et que les coupables sont toujours puissants.
Les morts suspectes
Robert Boulin n’est pas la seule victime de cette affaire. Plusieurs témoins clés sont décédés de mort violente. Joseph Fontanet, ancien ministre proche de Boulin, est tué par balle le 1er février 1980. René Journac, le "monsieur Afrique" de Giscard, meurt dans un crash d’avion le 6 février 1980. Charles Bignon, responsable de la commission des conflits du RPR, est écrasé par un camion le 29 mars 1980. La liste est longue. Trop longue pour être une simple coïncidence.
Colette Boulin, elle aussi, est menacée. Achil Peretti, maire de Neuilly et membre du Conseil constitutionnel, lui propose de l’argent pour qu’elle ne porte pas plainte. "Un milliard, deux milliards, trois milliards, comme vous voulez", dit-il lors d’une conversation enregistrée. Elle refuse. Peu après, son chien est retrouvé avec une balle dans la tête. Sa voiture est sabotée. Les pressions sont constantes. Et elles viennent de haut.
Les silences de l’État
Charles Pasquis est réintégré dans les instances dirigeantes du RPR huit jours après la mort de Boulin. Coïncidence ? Pas du tout. Pasquis est soupçonné d’être l’un des commanditaires du crime. Mais l’État ne bouge pas. Pourquoi ? Parce que l’affaire Boulin est un crime d’État. Et que les coupables sont toujours en poste. Les services secrets, les politiques, les juges — tous ont intérêt à ce que la vérité ne soit jamais révélée.
En 2007, Nicolas Sarkozy fait allusion à l’affaire Boulin lors de la campagne présidentielle. "Je n’oublie pas Robert Boulin, victime du mensonge et de la diffamation", dit-il. Mais il ne fait rien pour faire avancer l’enquête. Pourquoi ? Parce que l’affaire Boulin est trop gênante. Elle révèle les dessous d’un système mafieux qui continue de fonctionner. Un système où les politiques et les services secrets s’entretuent pour le pouvoir.
L’enquête continue
Aujourd’hui, l’affaire Boulin reste une plaie ouverte. Les témoins clés sont morts. Les preuves ont disparu. Mais les questions demeurent. Qui a tué Robert Boulin ? Pourquoi ? Et surtout, qui a intérêt à ce que la vérité ne soit jamais révélée ? L’enquête continue. Et elle met en lumière un système où l’impunité est la règle.
Robert Boulin était un ministre respecté. Un homme qui défendait les valeurs de la République. Sa mort n’est pas un simple fait divers. C’est un crime d’État. Et c’est une affaire qui révèle les dessous sombres de la politique française. Une affaire qui continue de faire trembler l’État. Parce que la vérité, elle, ne peut pas être enterrée.
Sources
- Libération
- Le Monde
- TF1
- Enregistrements de Colette Boulin
Quel est le nom de l'avocat identifié comme tueur à gages dans l'affaire Boulin ?
Par la rédaction de Le Dossier
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