LE DOSSIER

Toute la vérité sur les affaires françaises

Société

Affaire Bétharram : une loi votée, Bayrou mis en cause

Par la rédaction de Le Dossier · 11 JUIN 2026
Illustration: Affaire Bétharram : une loi votée, Bayrou mis en cause
© YouTube

Bétharram : 130 plaintes, des décennies de silence

Au cœur du scandale : l'Institution Notre-Dame de Bétharram. Un collège-lycée catholique fondé en 1837 dans les Pyrénées-Atlantiques. « Humiliations, violences physiques, sexuelles » — des faits commis entre 1957 et 2004, selon la commission d'enquête parlementaire.

Aujourd'hui, plus de 130 personnes ont porté plainte. Ce jour-là, une soixantaine de victimes se sont rendues au palais de justice de Pau pour échanger avec le procureur. « Je suis très ému de voir tous mes camarades derrière moi. C'est très difficile de porter ce dossier », raconte l'un d'eux.

130 plaintes. Pas une, pas dix. Plus de cent trente — oui, vous avez bien lu. Des violences qui ont duré près d'un demi-siècle.

Pourquoi un tel silence ? « Les enfants qui étaient dans l'enseignement privé, catholique ou pas catholique, qui ont eu ce genre d'affaire, on ne les écoutait pas, ni dans l'école ni dans leur famille », explique Maurice Szafran.

La presse s'est d'abord montrée sévère contre le rapporteur de la commission, Paul Vannier (LFI). Trop agressif, disait-on. Un coup politique. Aujourd'hui, le même journalisme lui rend hommage. Les faits ont parlé.

Le rôle de Bayrou : accusations et dénégations

François Bayrou est dans le viseur. Premier ministre dans les années 1990, il est accusé d'avoir été au courant et de n'avoir rien fait. « Vous nous devez, monsieur le ministre, des réponses claires. Si vous avez silencié ces violences, vous devez démissionner », a-t-on lancé à l'Assemblée.

Bayrou a nié catégoriquement. « Jamais, je n'ai été, à cette époque, averti en quoi que ce soit des faits qui ont donné lieu à des plaintes ou à des signalements. Jamais », a-t-il déclaré devant la commission.

Pourtant, l'affaire le poursuit. « Si François Bayrou a caché des choses, il devra en répondre devant la justice si les faits sont avérés », a averti un député. Un autre a ajouté : « Quand on n'a rien fait face à des faits d'une telle gravité, on ne peut pas rester décemment Premier ministre. »

Bayrou a témoigné pendant des heures devant la commission. Les questions n'ont pas de réponse. Pour l'instant.

La commission d'enquête : 56 heures, 55 personnes

Violette Spillebout (bloc central) et Paul Vannier (LFI) ont mené l'enquête pendant quatre mois. « 56 heures au total, 55 personnes interrogées : victimes, associations, politiques », détaille la vidéo. La commission a entendu des témoins clés.

Un ancien gendarme a raconté : « On aurait pu, peut-être, à cette époque-là, entraîner d'autres témoignages. Peut-être qu'il y aurait eu un encouragement à parler. »

Une professeure, qui avait tenté d'alerter en vain, a livré un témoignage glaçant : « La seule personne qui m'a contactée, c'est un représentant du diocèse, qui m'a convoquée dans un bureau d'une école maternelle. Avec beaucoup de courtoisie, il m'a expliqué que je déshonorai ma famille. Qu'il fallait que j'oublie tout ça. »

Le rapport final a abouti à une proposition de loi.

La loi : un consensus fragile

La semaine dernière, l'Assemblée nationale a adopté à l'unanimité une loi visant à renforcer le contrôle des intervenants auprès des enfants dans les écoles et le périscolaire. « Le scrutin est ouvert », a annoncé la présidence. Moment rare de concorde.

« Je remercie tous les groupes de ce dialogue renforcé et, bien sûr, les associations de victimes et les lanceurs d'alerte qui sont encore là, ce soir. On est avec vous », a déclaré un député.

« Il y a des mesures puissantes », assure Paul Vannier. « Un contrôle de l'honorabilité de ceux qui sont en contact avec les enfants. Suivi d'un renforcement des contrôles qui doit permettre à ce qu'il y ait un regard extérieur dans ces établissements. »

Mais une mesure phare a été abandonnée faute de consensus : la levée du secret de la concession. Le Sénat examinera le texte. En parallèle, le site de Bétharram ferme ses portes ce mois-ci.

Témoins et lanceurs d'alerte : des voix enfin entendues

La loi est une chose. La libération de la parole en est une autre. David Delseny, spécialiste de la criminalité sexuelle, rappelle une réalité brutale : « La criminalité sexuelle est une criminalité de masse depuis longtemps en France et dans d'autres pays. Il suffit d'aller dans une cour d'assises. Sur 10 affaires dans une cour d'assises, 8 concernent des viols. »

Il ajoute : « La violence sexuelle, souvent, se passe dans une sphère familiale. La majorité des actes de violences sexuelles sur des enfants se déroule dans un cercle familial. »

« Où est-ce que l'État protège les enfants ? » interroge Christophe Roux. Sylvain Quéméner, journaliste, tempère : « Pas sûr que ça devienne l'un des sujets de la campagne présidentielle. Il y aura d'autres sujets. »

Marie Delahousse rappelle un précédent marquant : l'affaire de pédophilie à Cosne-sur-Loire. Des parents avaient empêché un instituteur incriminé d'approcher leurs enfants. « "Non, tu ne le toucheras pas." Il fallait couper la génération de l'agression. »

Fermeture du site et perspectives

Le site de Bétharram ferme définitivement ce mois-ci. Une page se tourne, mais le chapitre judiciaire est loin d'être clos.

Les victimes attendent des réponses. Le procureur de la République de Pau a échangé avec elles. Le rapport de la commission, lui, est disponible.

« Collectivement, on va s'empresser de fermer le dossier, comme à chaque fois ? Quelque chose de différent se passe ? » demande Christophe Roux.

Sylvain Quéméner n'est pas optimiste sur un impact électoral. Mais la loi est votée. Les témoignages sont consignés. Les plaintes déposées.

Et pourtant. Le silence, lui, a été brisé.

Sources :

  • Commission d'enquête parlementaire sur les violences dans les établissements scolaires, rapport et auditions publiques.
  • Témoignages de victimes, d'un ancien gendarme et d'une professeure, extraits de la vidéo source.
  • Déclarations de François Bayrou, des députés Violette Spillebout et Paul Vannier.
  • Vidéo YouTube source : ljuHvEtvr7w.

📰Source :youtube.com

Par la rédaction de Le Dossier

📬

Ne manquez aucun scandale

Recevez chaque matin les enquêtes que la France préfère oublier. Gratuit, sans spam.

Sur le même sujet