Dernière minuteLe parquet national financier ouvre une information judiciaire sur les contrats McKinsey de l'Élysée
LE DOSSIER
FinanceMediapart·

Panama Papers : trois ans après, impunité totale pour les élus français

Résumé

Dix ans après les révélations des Panama Papers, Mediapart fait le bilan judiciaire pour la France : sur les dizaines de parlementaires et ministres impliqués dans des montages offshore, à peine une poignée a été inquiétée par la justice. La majorité a bénéficié d'une prescription, d'un non-lieu ou d'une amnistie déguisée via des régularisations fiscales discrètes.

L'enquête met en lumière le deux poids deux mesures de la justice fiscale française. Pendant que des petits évadeurs fiscaux font face à des poursuites pénales, les grands détenteurs de comptes offshore ont pu régulariser leur situation auprès de Bercy moyennant des pénalités négociées, sans aucune publicité ni poursuites pénales.

Le parquet national financier, créé précisément pour traiter ces dossiers, reconnaît en off être submergé et manquer de moyens. Plusieurs magistrats instructeurs témoignent anonymement de pressions hiérarchiques pour ne pas aller trop loin dans certains dossiers politiquement sensibles.

Points clés

  • Moins de 5% des Français identifiés dans les Panama Papers ont été poursuivis pénalement
  • Des régularisations fiscales secrètes ont permis à des élus d'échapper aux poursuites
  • Le PNF manque de moyens humains et fait face à des pressions hiérarchiques
  • Les montages offshore utilisés sont devenus illégaux mais les faits sont prescrits
  • Plusieurs cabinets d'avocats français ont facilité ces montages en toute impunité
  • Les paradis fiscaux concernés (Panama, BVI, Caïmans) n'ont pas coopéré avec la justice française
  • La liste complète des Français impliqués n'a jamais été intégralement publiée

Conclusion

Les Panama Papers ont ouvert une brèche dans le secret bancaire mondial, mais la France n'a pas su — ou voulu — en tirer toutes les conséquences judiciaires. Ce qui est établi : des centaines de millions d'euros ont échappé au fisc français via des montages illégaux. Ce qui reste dans l'ombre : les réseaux de complicités qui ont rendu tout cela possible et continuent de fonctionner.


🔍Analyse de la rédaction

L'impunité fiscale des élus français n'est pas un accident de procédure — c'est une politique. Quand Bercy négocie des régularisations en catimini avec des parlementaires qui votent la loi fiscale, le conflit d'intérêts est absolu et la corruption du système démocratique est totale.

La création du PNF était censée changer la donne. Elle a surtout créé l'illusion d'une volonté politique sans lui donner les moyens correspondants. Un parquet de 15 magistrats pour traiter la délinquance financière d'un pays de 67 millions d'habitants : c'est une blague, sauf que personne ne rit.

Dix ans après les Panama Papers, la leçon est amère : en France, on peut frauder le fisc à grande échelle si l'on est suffisamment bien connecté. Les règles du jeu sont connues de tous ceux qui comptent. Ce n'est pas de l'injustice — c'est du système.

— La rédaction de Le Dossier